Durant la pandémie de COVID-19, on a pu observer une diminution spectaculaire des émissions de polluants atmosphériques.

Durant la pandémie de COVID-19, on a pu observer une diminution spectaculaire des émissions de polluants atmosphériques. Les mesures de confinement ont eu des effets positifs immédiats en termes d’amélioration de la qualité de l’air, de réduction des polluants à courte durée de vie dans l’atmosphère et de retour de la faune dans certaines régions. Il est intéressant de noter que les matières particulaires, les fines particules en suspension dans l’atmosphère, semblent avoir diminué moins que prévu. Si le trafic et l’industrie ont ralenti en raison du confinement, l’activité s’est poursuivie dans le secteur agricole. Cela signifie que nous sous-estimons peut-être l’impact global de l’agriculture sur certains polluants tels que les matières particulaires, tout au moins sous le climat printanier ensoleillé que nous avons connu durant la période de confinement en Europe.

À plus long terme, les mesures de confinement auront peu d’effet sur le climat. Le dioxyde de carbone est un gaz qui reste longtemps dans l’atmosphère. Il aurait fallu que le confinement soit maintenu sur une période beaucoup plus longue pour apporter un changement quantifiable. Cela étant, la crise de la COVID-19 présente une occasion indéniable pour les sciences du climat. Dans le domaine de la recherche, il nous manque souvent ce qu’on appelle un monde contrefactuel, c’est-à-dire une vision du monde sans activité humaine ni émissions de CO2. Les modèles nous permettent de supprimer l’influence humaine et de construire ce monde contrefactuel, mais ils ont leurs limites. Grâce au confinement, nous avons pu observer un monde dans lequel l’activité humaine était nettement moins intense. Dans la plupart des pays, le confinement a duré plusieurs mois. Il s’agit d’une période suffisamment longue pour tirer des conclusions sur nos interactions, en tant qu’êtres humains, avec l’environnement. Au-delà des changements observés au niveau des polluants atmosphériques que nous avons déjà évoqués, il est probable que le ralentissement économique actuel aura un impact sur l’exploitation des ressources naturelles dans les pays pauvres. Il serait extrêmement utile de comprendre les interactions entre dégradation de l’environnement et économie pour élaborer des politiques climatiques résilientes.

« Il serait extrêmement utile de comprendre les interactions entre dégradation de l’environnement et économie pour élaborer des politiques climatiques résilientes. »

Sur la question de la santé, il existe des synergies manifestes avec les politiques de lutte contre le changement climatique dont nous devrions profiter. Réduire les émissions de gaz à effet de serre contribuerait également à protéger la biodiversité et à renforcer notre propre santé. Le confinement a mis en évidence une corrélation entre la réduction des émissions de CO2 et l’amélioration de la qualité de l’air, un bienfait pour les personnes souffrant de maladies respiratoires. L’alimentation est un autre exemple : consommer moins de protéines animales et davantage de fruits, de légumes ou de légumineuses serait non seulement bénéfique pour l’environnement, mais aussi pour la santé humaine.

Il faut également être conscient du fait qu’il y a aussi des compromis à faire dans la mesure où tout ce qui est bénéfique pour le climat ne l’est pas automatiquement pour nous ou pour les écosystèmes naturels qui nous entourent. L’élimination du dioxyde de carbone de l’atmosphère en est un exemple. Le faire par des moyens biologiques nécessite beaucoup de terres, lesquelles sont alors en concurrence avec l’agriculture. La solution consiste alors à intensifier l’agriculture, mais au risque de devoir recourir à davantage d’engrais. De même, l’hydroélectricité peut nuire à la biodiversité dans la mesure où elle implique la construction de barrages dans les estuaires ou en montagne. Les énergies renouvelables sont quasiment exemptes de CO2 et se développent, mais elles peuvent occasionner d’autres dommages à l’environnement. Il s’agit là d’équations compliquées. En général, nous comprenons ces arbitrages, mais ils ne sont pas exposés de manière suffisamment explicite dans notre débat public ou dans nos politiques économiques ou climatiques.

Il ne fait aucun doute que la pandémie a sensibilisé les populations au changement climatique. Nous devons exploiter cette situation avant qu’elle ne disparaisse. Il est possible que le comportement des gens change et qu’ils se mettent à moins consommer ou à consommer différemment de façon à réduire leur empreinte carbone. Dans le cadre de l’Accord de Paris sur le Climat, l’objectif des nations est de limiter le réchauffement à un niveau « nettement inférieur à deux degrés » d’ici 2030. Personnellement, je serais satisfait si nous pouvions atteindre cet objectif de +2 °C. Bien qu’il soit urgent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, le calendrier des politiques de lutte contre le changement climatique va bien au-delà de 2030. Si l’on extrapole à la fin du siècle les engagements que les pays ont déjà pris, on obtient une hausse des températures d’environ +4 °C. Ce chiffre est de toute évidence trop élevé et cet écart entre +2 °C et +4 °C doit être comblé.

« Nous devons transformer l’économie et le faire suffisamment rapidement pour protéger l’environnement, mais d’une manière qui préserve également les emplois et les moyens de subsistance. »

Pour cela, nous allons devoir intensifier nos efforts, décarboner nos systèmes de production d’électricité et nos réseaux de transport, améliorer l’efficacité énergétique autant que possible et inverser le processus de déforestation. Les plans de relance économique actuels nous en donnent l’occasion. Aux quatre coins du monde, les autorités injectent davantage de fonds publics dans les économies. Il va de soi que cet argent doit être dépensé d’une manière qui soit non seulement bénéfique pour l’économie, mais aussi pour l’environnement, de sorte que la reprise soit véritablement verte. Certains pays se sont déjà engagés dans cette voie, mais la tentation sera toujours de redémarrer l’économie le plus rapidement possible. Le fait d’associer directement les investissements verts à la relance économique contribue à désamorcer ce problème et il est clair qu’un équilibre doit être trouvé. Avec la pandémie de COVID-19, nous avons vu que la fermeture de l’économie n’était pas la solution pour résoudre la crise climatique. Au contraire, nous devons transformer l’économie et le faire suffisamment rapidement pour protéger l’environnement, mais d’une manière qui préserve également les emplois et les moyens de subsistance.

Olivier Boucher

Membre du conseil scientifique du Fonds AXA pour la Recherche et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Paris (France)

Le Dr Olivier Boucher étudie les propriétés physiques du changement climatique ; ses recherches sont axées sur les effets des aérosols sur l’atmosphère terrestre et les conditions météorologiques. Olivier est fortement impliqué au sein du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Son travail a été récompensé à maintes reprises, notamment par l’Outstanding Young Scientist Award de l’Union européenne des géosciences (EGU) et le prix Harry Otten pour l’innovation en météorologie.

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Avec environ 815 milliards d’euros d’actifs sous gestion à fin juin 2020, AXA IM emploie 2390 collaborateurs répartis dans 20 pays. AXA IM fait partie du Groupe AXA qui compte parmi les leaders mondiaux de la protection financière et de la gestion de patrimoine.

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