Yo Takatsuki , responsable de la recherche ESG et de l’Actionnariat actif , Julien Foll , analyste Investissement Responsable

Le financement de la lutte contre le changement climatique doit passer à la vitesse supérieure et évoluer. Depuis l’introduction des obligations vertes, les marchés financiers ont fait des progrès considérables au cours des dernières années pour assurer le financement de projets luttant contre le réchauffement planétaire. Mais cela ne suffit pas. Il reste encore beaucoup à faire.

Chez AXA Investment Managers, nous voulons en faire plus, nous préconisons un nouveau type d’obligation – différent des obligations vertes – que nous appelons les « transition bonds ».

Bien que les obligations vertes s’adressent aux émetteurs qui souhaitent financer des projets favorables à l’environnement, nous pensons que les investisseurs ont un rôle à jouer pour générer un impact réel pour les sociétés qui n’ont pas encore atteint ce stade.

Nous souhaiterions mettre en place un système de financement pour les sociétés à forte intensité carbone qui aspirent à une transition vers des énergies respectueuses de l’environnement. Cela concerne les sociétés qui n’ont pas la possibilité d’émettre des obligations vertes aujourd’hui, parce qu’elles n’ont pas de projets suffisamment verts. Les obligations de transition sont destinées à fournir des financements à ces sociétés, ce qui est le cas de la majorité des entreprises dans le monde aujourd’hui. Nous pensons que cette nouvelle forme de financement peut jouer un rôle vital pour soutenir la transition vers une société bas carbone.

Les directives que nous présentons ici visent à amorcer un dialogue entre les émetteurs, les banques d’investissement, les investisseurs, les décideurs politiques et les autres parties prenantes.

Nous tenons à être au centre de ce dialogue et nous attendons vos réactions. Ces directives annoncent la création d’un nouveau marché du financement de la transition.

Transition : le chemin du changement

La transition climatique part du postulat que pour faire évoluer le mix énergétique actuel de manière à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré, il faudra du temps et avancer étape par étape.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a souligné que pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré, l’investissement moyen dans les systèmes énergétiques devait être d’environ 2 400 milliards de dollars par an entre 2016 et 2035, soit environ 2,5 % du PIB mondial*.

D’ici 2050, l’investissement annuel dans les technologies à faible intensité carbone et éco-efficientes doit être multiplié par cinq environ à compter d’aujourd’hui. Dans le secteur de la production électrique par exemple, les combustibles fossiles doivent être réduits et la part des ressources renouvelables propres doit être accrue dans le bilan global.

D’après le scénario de développement durable de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), un plan accéléré de transition vers les énergies propres qui permettrait de tenir le cap des objectifs liés au changement climatique (accès universel et air pur) impliquerait une baisse des besoins en charbon de plus de 50 % d’ici 2040**.

Par conséquent, la part des combustibles fossiles dans la production d’électricité doit passer de près de 40 % à moins de 10 % en 2040. À notre avis, les obligations de transition sont destinées aux sociétés qui sont :

  •  dans des secteurs fortement émetteurs de gaz à effet de serre comme les matériaux, l’industrie extractive, les produits chimiques et les transports
  •  dans des secteurs qui ne possèdent pas à l’heure actuelle (et qui à l’avenir ne posséderont peut-être pas) suffisamment d’actifs verts à financer, mais qui ont des besoins de financement en vue de réduire l’empreinte carbone de leurs activités commerciales, de leurs produits et de leurs services

Définition des obligations de transition

Les obligations de transition sont un type d’instrument obligataire destiné à financer ou refinancer totalement ou partiellement des projets de transition nouveaux et/ou existants, en phase avec les principes d’investissement des obligations de transition.

Nous encourageons un haut niveau de transparence et nous proposons de suivre les approches et principes d’investissement existants appliqués aux obligations vertes, aux obligations sociales et aux obligations durables. Notre approche des obligations de transition repose sur quatre composantes principales :

1.      Utilisation des sommes collectées
2.      Processus d’évaluation et de sélection des projets
3.      Gestion des sommes collectées
4.      Reporting

Utilisation des montants collectés

La caractéristique clé des obligations de transition est l’utilisation des fonds collectés pour financer des projets précis liés à la transition climatique. Les projets de transition appartiennent à plusieurs catégories, et notamment :

Energie

  •  Centrales de cogénération (production combinée de chaleur et d’électricité (CHP) à l’aide de moteurs à gaz)
  •  Stockage du CO2
  •  Modification des infrastructures de transport consommatrices de gaz pour tendre vers une empreinte carbone plus basse
  •  Remplacement du charbon par le gaz comme combustible dans certaines zones géographiques avec des émissions de CO2 réduites
  •  Transformation et réutilisation des déchets en énergie

Les transports

  •  Bateaux alimentés au gaz
  •  Carburants alternatifs pour l’aviation

L’industrie

  • Investissements dans des ciments, métaux, verres éco-efficients (afin de réduire le ratio de clinker), utilisation de matériaux recyclés bruts, réduction par fusion et recyclage accru

Processus d’évaluation et de sélection des projets

Les émetteurs d’obligations de transition doivent donner aux investisseurs une description claire des actifs, des critères d’éligibilité et de leur processus de sélection. Ils doivent expliquer pourquoi le financement de ces projets est important du point de vue de la transformation commerciale et de la transition climatique. Nous encourageons la communication des détails sur les objectifs environnementaux des projets parallèlement aux résultats et aux impacts escomptés.

Ils doivent également examiner si ces projets peuvent entraîner des externalités négatives qui peuvent nuire à d’autres objectifs environnementaux et sociétaux comme ceux décrits dans les Objectifs de développement durable des Nations Unies.

Gestion des montants collectés

L’émetteur doit posséder un processus solide pour assurer que les sommes collectées sont allouées efficacement aux projets qu’elles financent. Cela signifie que l’obligation de transition doit faire l’objet d’un suivi rigoureux en interne, et d’un audit externe.

Exigences de reporting et principaux indicateurs d’impact

La transparence est fondamentale pour les investisseurs. Les émetteurs doivent tenir informé les investisseurs des dernières actualités sur l’utilisation des fonds collectés. Un reporting régulier doit pouvoir communiquer les données de performances et les contributions aux résultats environnementaux obtenus des projets financés.

Des rapports d’impact détaillées font partie des bonnes pratiques à adopter. Nous considérons que ce type de reporting est nécessaire car il nous permet de mesurer la performance environnementale et l’impact sur nos portefeuilles. Il prouve la capacité d’une entreprise à comprendre l’impact positif de ses activités commerciales sur la société et l’environnement. À cet égard, nous souhaitons demander aux émetteurs d’obligations de transition de publier :

o   la proportion de projets financés et refinancés

o   les projets pour lesquels les fonds collectés ont été alloués (et, le cas échéant, les sommes allouées restantes) avec les montants alloués à chaque projet

o   la performance environnementale et sociale estimée des projets et de leur impact, mesurée à l’aide des indicateurs appropriés. Nous encourageons les émetteurs à utiliser les indicateurs développés par les Principes applicables aux obligations vertes, notamment à travers leur Groupe de travail sur le reporting d’impact (Impact Reporting Working Group). L’explication de la méthodologie qui permet d’évaluer l’impact est la bienvenue. L’indicateur fourni doit agréger tous les composants et, le cas échéant, être présenté en millions d’euros investis dans l’obligation pour permettre aux investisseurs de calculer directement l’impact de leur investissement. Par exemple, il peut mesurer :

  • la prévention des gaz à effet de serre. Il doit être considéré en ligne avec le scénario de l’AIE de trajectoire des émissions de CO2 pour limiter la hausse des températures moyennes de la planète à 2°C, connu comme le « scénario 2°C »
  • les gains d’efficacité énergétique pour les activités industrielles qui consomment beaucoup d’électricité
  • les améliorations dans la disponibilité et l’accès à des énergies plus propres
  • la réduction de l’utilisation des ressources naturelles comme l’eau et les denrées alimentaires
  • la résilience des activités au changement climatique, y compris aux réductions de production et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement

Nous encourageons les émetteurs à certifier ces informations par le biais d’un audit externe et à publier ces informations dans leur rapport annuel.

Stratégie de développement durable de l’émetteur

En complément de l’émission, nous souhaitons mieux connaître les attentes, la stratégie et les pratiques environnementales globales de l’émetteur. Bien que cela ne soit pas explicitement exprimé dans les Principes applicables aux obligations vertes, de nombreux investisseurs (dont AXA IM) en tiennent compte avant d’investir (1). Nous pensons que la prise en compte des pratiques de l’émetteur est particulièrement importante pour légitimer les obligations de transition en tant qu’investissement pour l’environnement.

Les émetteurs d’obligations de transition doivent clairement définir ce que le terme de « transition climatique » signifie dans le cadre de leur modèle économique et stratégie. Les équipes de direction et les conseils d’administration doivent s’engager à faire concorder leur activité avec les objectifs de l’Accord de Paris adoptés lors de la COP21.

Les stratégies de transition des émetteurs doivent être intentionnelles, structurantes pour l’activité et mesurables. Les obligations de transition doivent s’inscrire dans la stratégie de transition de l’entreprise en répondant à des objectifs environnementaux à court et long terme. Les obligations de transition doivent être un outil essentiellement destiné à financer une partie des besoins nécessaires de l’émetteur en vue d’atteindre ses objectifs.

Les émetteurs d’obligations ont de plus en plus tendance à annoncer les objectifs environnementaux à horizon 2030 voire 2050. Bien que les objectifs à long terme soient les bienvenus, nous demandons des objectifs quantifiés à plus court terme, afin de mesurer les avancées réalisées par l’émetteur sur son propre scénario de transition. Nous encourageons les émetteurs à expliquer à leurs équipes dirigeantes le processus décisionnel stratégique et les dépenses d’investissement nécessaires pour atteindre ces objectifs. Ils doivent s’assurer que leurs pratiques globales de développement durable – notamment leurs politiques et leurs programmes – sont en mesure de contribuer à atteindre ces objectifs.

De cette manière, nous espérons qu’un nouveau marché des obligations de transition se mettra en place. Nous pensons que les obligations de transition peuvent d’offrir aux sociétés une nouvelle source de financement pour la transformation de leurs activités commerciales, qu’elles peuvent représenter une nouvelle classe d’actifs attrayante pour les investisseurs et, enfin, qu’elles peuvent accélérer la lutte contre le changement climatique.

Source :

(1) Pour en savoir plus, voir la Politique relative aux risques climatiques d’AXA Investment Managers.

* Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – 2018

** Agence internationale de l’énergie

* La mention des entreprises citées dans cet article ne présente pas un conseil en investissement de la part d’AXA IM.

Avertissement

Ce document est exclusivement conçu à des fins d’information et ne constitue ni une recherche en investissement ni une analyse financière concernant les transactions sur instruments financiers conformément à la Directive MIF 2 (2014/65/CE) ni ne constitue, de la part d’AXA Investment Managers ou de ses affiliés, une offre d’acheter ou vendre des investissements, produits ou services et ne doit pas être considéré comme une sollicitation, un conseil en investissement ou un conseil juridique ou fiscal, une recommandation de stratégie d’investissement ou une recommandation personnalisée d’acheter ou de vendre des titres financiers. Ce document a été établi sur la base d’informations, projections, estimations, anticipations et hypothèses qui comportent une part de jugement subjectif. Ses analyses et ses conclusions sont l’expression d’une opinion indépendante, formée à partir des informations disponibles à une date donnée. Toutes les données de ce document ont été établies sur la base d’informations rendues publiques par les fournisseurs officiels de statistiques économiques et de marché. AXA Investment Managers décline toute responsabilité quant à la prise d’une décision sur la base ou sur la foi de ce document. L’ensemble des graphiques du présent document, sauf mention contraire, a été établi à la date de publication de ce document. Du fait de sa simplification, ce document peut être partiel et les informations qu’il présente peuvent être subjectives. Par ailleurs, de par la nature subjective des opinions et analyses présentées, ces données, projections, scénarii, perspectives, hypothèses et/ou opinions ne seront pas nécessairement utilisés ou suivis par les équipes de gestion de portefeuille d’AXA Investment Managers ou de ses affiliés qui pourront agir selon leurs propres opinions. Toute reproduction et diffusion, même partielles, de ce document sont strictement interdites, sauf autorisation préalable expresse d’AXA Investment Managers. L’information concernant le personnel d’AXA Investment Managers est uniquement informative. Nous n’apportons aucune garantie sur le fait que ce personnel restera employé par AXA Investment Managers et exercera ou continuera à exercer des fonctions au sein d’AXA Investment Managers.

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