L’épidémie de coronavirus constitue un nouvel aléa baissier sur la croissance et il n’est pas possible à l’heure actuelle d’évaluer précisément les conséquences sur l’économie mondiale de cet événement dont l’irruption était imprévisible. L’annonce officielle par les autorités chinoises le 21 janvier de la transmission interhumaine du virus de cette pneumonie aiguë marque le début de la baisse des actions.

Même s’il est tentant d’établir un parallèle entre l’épidémie actuelle de Covid-19, due au coronavirus SARS-CoV-2, et l’épidémie de SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) de 2003, les deux situations sont différentes à plus d’un titre. En premier lieu, la préoccupation principale reflétée par les marchés il y a dix-sept ans était liée à la situation géopolitique à l’occasion de l’intervention américaine en Irak. Ensuite, l’économie chinoise représente désormais 17 % du PIB mondial contre seulement 4 % en 2003 et, surtout, 40 % du commerce mondial (5 % en 2003). La taille du marché boursier chinois a bien sûr considérablement augmenté. Il est logique d’en conclure que les impacts économiques sur le reste du monde seront importants alors que le choc du SRAS était resté essentiellement régional.

Les réactions observées sur les marchés financiers à l’époque peuvent néanmoins apporter quelques enseignements sur l’évolution possible dans les prochaines semaines.

Sans surprise, les indices boursiers fortement pondérés sur les secteurs du voyage et des loisirs et, plus généralement, sur les valeurs de consommation, ont sous-performé. Etant donné que le SRAS a frappé Hong Kong alors que les actions mondiales progressaient, les taux longs américains se sont tendus et l’or a baissé. Un tel comportement est bien loin de traduire un comportement de fuite vers la sécurité.

Parmi les actions chinoises, le secteur de la pharmacie a surperformé (+11 %) pendant la crise (12 mars – 23 avril 2003) en raison de la demande accrue de médicaments. Pendant la phase de rebond (23 avril – 26 mai 2003), trois des cinq secteurs qui avaient fortement sous-performé ont rebondi (aéronautique, services financiers et software).

Les spécificités des marchés en 2020

L’épidémie de Covid-19 survient à un moment où les investisseurs n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent : la conjoncture mondiale a montré des signes d’amélioration fin 2019 qui valident le scénario d’une croissance modérée mais réelle ; les banques centrales ont fait comprendre qu’elles maintiendraient des politiques monétaires accommodantes ; la saison des résultats des entreprises a réservé peu de surprises.

En outre, les actions avaient nettement progressé depuis début octobre si bien que les valorisations des grands indices paraissent désormais légèrement tendues. Le coronavirus a ainsi pu être utilisé par les investisseurs comme un prétexte pour déclencher une correction alors qu’en 2003, la baisse en début d’année sur fond d’incertitudes avant la guerre d’Irak avait ramené les multiples de valorisation à leur moyenne.

Ces éléments expliquent peut-être pourquoi l’épidémie de Covid-19 a déclenché une phase d’aversion pour le risque (« risk off »), et que des mouvements typiques de fuite vers la sécurité ont été observés.

Graphique 1 : fuite vers la sécurité (performances des classes d’actifs entre le 17 janvier et le 25 février en %)

Données au 25/02/2020. Source: FactSet, BNP Paribas Asset Management

Pour les actions, les baisses ont, dans un premier temps, été observées soit sur les secteurs exposés à la demande intérieure, soit sur les secteurs liés aux transports. Une fois le point bas atteint pour les actions, il faudra déterminer si les multiples de valorisation auront retrouvé des niveaux attractifs ou simplement leur niveau moyen.

Cette évaluation ne pourra pas être faite dans l’immédiat puisqu’elle suppose d’estimer l’impact de l’épidémie sur les croissances bénéficiaires des entreprises. Il nous semble toutefois que l’impact sur les profits devrait être temporaire : soit la demande est simplement reportée (tourisme, produits de luxe), soit elle est assurée par les mesures de relance (aciéries), soit une nouvelle demande émerge (pharmacie).

Conséquences sur les entreprises

Pendant l’épidémie de SRAS en 2003, les croissances bénéficiaires de l’indice MSCI Hong Kong ont baissé de 8 % et de bien davantage pour les activités les plus exposées comme l’hôtellerie et la restauration. Elles sont redressées en quelques trimestres. Une fois de plus, les marchés actions ont surréagi à un facteur susceptible de peser sur les profits des entreprises alors que leur profitabilité à long terme n’a pas varié.

Quel catalyseur pour un rebond des actions ?

Lors de l’épisode du SRAS, le catalyseur du rebond des actions a été l’annonce par les autorités hongkongaises d’un plan de relance de l’économie. Cette annonce n’est pas intervenue à n’importe quel moment puisque le nombre de cas avait commencé à se stabiliser.

Aujourd’hui, alors que le nombre de cas de Covid-19 en Chine montre des signes de stabilisation, les experts médicaux craignent une accélération de l’épidémie ailleurs. Les autorités chinoises, et en particulier la banque centrale (PBoC) ont déjà pris des mesures significatives de soutien à l’activité (baisses des taux directeurs, liquidités assurées pour le secteur bancaire, baisse de la TVA). Un rebond des marchés nous paraît improbable avant une amélioration de la visibilité sur le plan sanitaire.

Graphique 2: l’évolution du nombre de nouveaux cas va être un élément déterminant pour les actions -Nombre total de cas avérés en milliers– en cumulé depuis le début de l’épidémie à Hong Kong (SRAS – Echelle gauche) et dans le monde (Covid-19 – Echelle droite)

Données au 25/02/2020. Source: OMS, Worldometer, BNP Paribas Asset Management

Le nombre de cas de Covid-19 est largement supérieur au nombre de personnes infectées par le SRAS à l’époque mais les marchés actions ont beaucoup moins baissé jusqu’à présent. Un mois après le début de la phase baissière, les actions des compagnies aériennes locales ont perdu 16 % alors qu’elles avaient baissé de 25 % lors de l’épidémie de SRAS. Pour l’ensemble de la cote, la baisse ressort à 7 % (contre 9 % en 2003 juste avant le rebond du marché).

Quel scénario après le recul de l’activité au premier trimestre ?

Grâce aux efforts faits pour limiter la contagion en Chine et aux mesures prises pour compenser la baisse de l’activité économique, les actions devraient retrouver le chemin de la hausse assez rapidement. Le coronavirus devrait porter un sévère coup au PIB chinois au premier trimestre 2020, lequel sera suivi d’un rebond rapide (en forme de V) si le pic de l’épidémie est observé à la fin du premier trimestre.

Le risque d’un « profil en U » n’est pourtant pas à négliger alors qu’il n’est pas pris en compte dans les cours des actions à l’heure actuelle. L’élément déterminant sera la volonté ou non du gouvernement de respecter l’objectif de doubler le PIB par habitant entre 2010 et 2020. Cet objectif implique de réaliser une croissance de 6 % en 2020 et donc de mettre en place des mesures drastiques pour assurer un rebond au cours des trois derniers trimestres de 2020.

A plus long terme, cette crise sanitaire a fait prendre conscience de la trop grande dépendance des chaînes de production mondiale à l’activité en Chine. Certaines entreprises pourraient revoir leur implantation en Chine dans les prochaines années. Cette réflexion était déjà engagée suite au conflit commercial sino-américain et le processus de relocalisation pourrait à présent s’accélérer.

Notre allocation d’actifs

Dans nos portefeuilles diversifiés, nous maintenons la surexposition que nous avons mise en place le 3 février en achetant des actions américaines et émergentes. L’économie mondiale semble en effet à même de résister à un choc temporaire et des mesures de soutien pourront être décidées le cas échéant, en particulier de nouvelles baisses des taux directeurs de la Fed (qui sont désormais reflétées dans les contrats à terme sur les fonds fédéraux).

Notre scénario « Goldilocks » ou « Boucles d’or » (croissance modérée, inflation faible, politiques monétaires accommodantes) paraît toujours d’actualité.

Nous sommes plutôt enclins à considérer les phases baissières comme des opportunités d’achats (et donc de renforcement de notre exposition aux actions) puisque, si les prochains événements ne viennent pas remettre en cause le scénario consensuel d’un rattrapage rapide après le premier trimestre, la confiance devrait rapidement revenir.

Dans ce contexte, d’un point de vue sectoriel, les transports, le tourisme, les loisirs et le luxe devraient connaître les plus fort rebonds. Les obligations gouvernementales américaines pourraient enregistrer une correction alors que les taux longs viennent d’établir des nouveaux points bas historiques à des niveaux qui correspondent à une récession à brève échéance, ce qui n’est pas notre scénario.

Bien sûr, tout élément laissant au contraire imaginer une crise sanitaire plus longue pèserait davantage sur les actifs risqués et sur le sentiment de marché.


Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de la publication ; elles sont fondées sur les informations disponibles et sont susceptibles de changer à tout moment. Chaque équipe de gestion de portefeuille peut avoir une opinion divergente et prendre des décisions d’investissement différentes selon les clients.

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs sont susceptibles de ne pas récupérer leur investissement initial.

Les investissements dans des marchés émergents ou dans des secteurs spécialisés ou restreints sont susceptibles d’afficher une volatilité supérieure à la moyenne en raison d’un haut degré de concentration, d’une plus grande incertitude résultant de la moindre quantité d’informations disponibles, d’une moindre liquidité ou d’une plus grande sensibilité aux évolutions des conditions de marché (situation sociale, politique et économique).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Pour cette raison, les services de transactions de portefeuille, de liquidation et de conservation pour le compte de fonds investis sur les marchés émergents peuvent être plus risqués.

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BNP Paribas Asset Management est le métier gestion d'actifs de BNP Paribas, une des institutions financières les plus importantes au monde. Fort d'un encours sous gestion et conseillé de 557 milliards d'euros au 30 septembre 2018, BNP Paribas Asset Management offre une gamme complète de solutions d'investissement actif, passif et quantitatif, dans un large spectre de classes d'actifs et de zones géographiques.

Avec plus de 700 professionnels de l'investissement et près de 600 collaborateurs dédiés à la relation clients, BNP Paribas Asset Management s'adresse aux particuliers, aux entreprises et aux institutions dans 70 pays. Depuis 2002, BNP Paribas Asset Management est un acteur majeur de l'investissement durable et responsable.

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