L’électricité renouvelable, associée à la popularité croissante des véhicules électriques, semble vouée à ébranler le modèle de l’industrie pétrolière. Dans cette interview [1], Mark Lewis, Global Head of Sustainability Research, explique pourquoi [2].

L’électricité renouvelable, associée à la popularité croissante des véhicules électriques, semble vouée à ébranler le modèle de l’industrie pétrolière. Dans cette interview [1], Mark Lewis, Global Head of Sustainability Research, explique pourquoi [2].

L’électricité issue de sources renouvelables

  1. a un coût marginal à court terme (CMCT) de zéro
  2. est beaucoup plus propre du point de vue de l’environnement
  3. est beaucoup plus facile à transporter
  4. pourrait facilement remplacer jusqu’à 40 % de la demande mondiale de pétrole si elle était disponible à l’échelle requise.

Quel est votre principal message pour les investisseurs ?

Pour la première fois dans l’histoire, l’industrie pétrolière doit faire face à la concurrence et le changement interviendra bien plus rapidement que ne le pensent la plupart des gens. La raison pour laquelle je dis cela est que nous l’avons déjà vécu dans le secteur énergétique européen. C’est significatif dans ce que cela nous apprend sur l’important potentiel de rupture des énergies renouvelables. La transition énergétique est dores et déjà là. Ce rapport [2] nous dit que les énergies renouvelables arrivent en tant que concurrent sérieux pour l’industrie pétrolière et gazière.

Quels risques le changement climatique fait-il courir aux investisseurs ?

Il existe un risque de transition. Lorsque vous fixez des objectifs en matière d’énergie renouvelable, de réduction des émissions et d’amélioration de l’efficacité énergétique, vous envoyez un signal au secteur privé – entreprises industrielles, secteur financier – indiquant qu’il existe une opportunité d’investir dans ces domaines. Très tôt, des subventions élevées pour l’énergie éolienne et solaire ont attiré beaucoup de capitaux. Une fois que ces capitaux commencent à affluer, vous obtenez des économies d’échelle. Au fur et à mesure que le coût diminuera, les gouvernements fixeront des objectifs plus ambitieux et le cycle se répétera. Au cours des deux dernières années, deux facteurs ont réellement accru la vitesse de la boucle de rétroaction entre la politique et la technologie.

Tout d’abord, il y a la préférence des investisseurs. Les investisseurs s’intéressent de plus en plus au thème de la transition. L’une des nombreuses initiatives est le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat du Conseil de stabilité financière, qui vise à donner aux investisseurs les moyens de poser les bonnes questions concernant l’information financière et la divulgation d’informations sur les risques financiers liés au changement climatique, y compris le risque de transition.

La société dans son ensemble fait montre d’un engagement croissant contre le changement climatique, depuis l’activisme des enfants à l’école jusqu’à Extinction Rebellion – l’« effet Greta Thunberg ». Cela a un impact significatif sur la politique gouvernementale visant à atteindre cet objectif ambitieux de neutralité carbone en 2050. Tous ces facteurs s’accélèrent.

Y a-t-il d’autres risques liés au changement climatique qui importent pour les investisseurs ?

Le risque physique et le risque de responsabilité deviennent de plus en plus importants. Pensez à l’ouragan Dorian, à l’augmentation du nombre de sécheresses et d’inondations. La population est de plus en plus consciente de ces problèmes. Le risque de responsabilité est moins visible, mais il y est indéniable. Un agriculteur péruvien a poursuivi en justice RWE, la compagnie énergétique allemande, et si le tribunal statue en faveur de l’agriculteur, cela créera un précédent. Il modifiera les risques juridiques auxquels sont exposées les sociétés (pétrolières).

Quels sont les obstacles à surmonter ?

« Ils sont nombreux. En moyenne, l’achat d’une voiture électrique coûte, pour l’instant encore, plus cher que l’achat d’une voiture diesel ou essence. Le coût des batteries doit baisser pour permettre une véritable comparaison. C’est l’obstacle le plus important.

L’infrastructure de recharge en est une autre. On parle d’« anxiété de l’autonomie » – la capacité de la plupart des batteries se situe entre 250-400 km. C’est raisonnable pour la plupart des gens, mais les gouvernements doivent stimuler le déploiement de l’infrastructure de recharge. Les économies potentielles sont énormes.

Que peuvent faire les investisseurs pour accompagner la transition énergétique et quels sont les défis ?

Attention à l’allocation sectorielle. Le rapport Redburn publié début septembre indique que le secteur pétrolier va offrir un rendement inférieur sur le long terme. En ce qui concerne le changement climatique, on peut raisonnablement supposer qu’à l’avenir l’action politique ne va que se resserrer  Les investisseurs doivent identifier les secteurs les plus vulnérables, en d’autres termes, le secteur de l’énergie, et commencer à penser aux chaînes d’approvisionnement ainsi qu’à d’autres secteurs.

La transition énergétique ne sera pas un phénomène linéaire. Il y aura de la volatilité. Il y aura certes des occasions de réaliser des bénéfices sur les bases de l’ancien paradigme énergétique, mais ces opportunités seront l’exception. Comme toujours, le défi consiste à équilibrer les tendances structurelles à long terme et la volatilité à court terme.

Il y a deux questions à se poser. Allons-nous décarboner le système énergétique mondial assez rapidement pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris ? Pour l’instant, nous savons que la décarbonation de ce système n’est pas assez rapide et que nous devons accélérer la transition énergétique. En tant qu’investisseurs, nous devons nous poser la question suivante : Est-ce que la transition énergétique progresse à une vitesse à même de provoquer de graves perturbations dans le cours des actions ? La réponse est oui, sans aucun doute. 


[1] Cet article est basé sur une interview qui est parue dans Financial Investigator, n° 6, 2019

[2] Le rapport « Wells, Wires, and Wheels – EROCI and the Tough Road Ahead for Oil» indique que pour une dépense de 100 milliard d’USD dans le pétrole et les énergies renouvelables, de nouveaux projets d’énergie éolienne et solaire en tandem avec les véhicules électriques à batterie produiront une énergie de 6x-7x plus utile au volant que le pétrole à 60 USD le baril pour les VUL alimentées à l’essence, et de 3x-4x plus que le pétrole à ce prix pour les VUL diesel. Ainsi, pour que l’essence reste compétitive en tant que source de mobilité, le point mort à long terme du prix du pétrole devrait être de 9-10 USD le baril. Pour le diesel, il s’agit de 17-19 USD.

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