Trois faillites bancaires récentes montrent que la Chine peut supporter un assainissement financier à court terme et ouvrir la voie à davantage de réformes financières.

Trois faillites bancaires récentes montrent que la Chine peut supporter un assainissement financier à court terme et ouvrir la voie à davantage de réformes financières.

  • Les défauts de trois banques chinoises ont fait craindre un effondrement systémique, incitant les spéculateurs à parier sur une crise bancaire. Mais les apparences ont été trompeuses
  • Ces incidents pourraient marquer un tournant
  • Pékin a montré sa détermination à s’attaquer au problème des incitations ; mettre fin à la garantie implicite devrait être structurellement positif pour le prix du crédit.

Le rachat par le gouvernement de Baoshang Bank en mai a marqué la faillite bancaire la plus médiatisée de la Chine depuis vingt ans. Les renflouements subséquents de Bank of Jinzhou et Heng Feng Bank par des banques d’État et le fonds souverain Huijin Central en juillet et août ont attisé toute discussion sur d’autres faillites bancaires.

Pas de risque systémique

Baoshan Bank et Heng Feng Bank ont fait faillite à la suite d’une enquête pour corruption, tandis que Bank of Jinzhou a été sanctionnée pour violations de la réglementation. Les problèmes des banques étaient connus depuis un certain temps, ces dernières ayant « omis » de publier leurs états financiers depuis deux ans.

La banque centrale a réagi résolument en injectant de la liquidité pour éviter que les faillites ne déclenchent un risque systémique. Les taux interbancaires n’ont que brièvement bondi et sont généralement restés bas tout au long de ces faillites.

Le gouvernement a eu recours à différentes formes de sauvetage : Baoshan Bank et Heng Feng Bank ont été nationalisés et Bank of Jinzhou a été secourue par des investisseurs stratégiques appartenant à l’État, dont ICBC, China Cinda Asset Management et China Great Wall Asset Management.

Se sevrer de la garantie implicite

Les acquisitions de Baoshang et Heng Feng pourraient marquer un virage à 90° pour le système bancaire chinois en rompant la politique implicite de garantie. Cela pourrait contribuer dans une large mesure à faire face au risque moral : les investisseurs manquent de prudence dans leurs décisions d’investissement, car ils s’imaginent que le gouvernement viendra toujours à la rescousse.

La banque centrale a offert certaines garanties, mais n’a pas renfloué tous les créanciers de Baoshang, créant un précédent pour les sauvetages de banques ultérieurs.  Elle a opté pour un compromis soigneusement calibré entre prévenir la contagion financière en préservant la confiance du public et éviter le risque moral en injectant une discipline de marché dans le système.

En 2017 déjà, Pékin a autorisé Dongbei Special Steel Group, détenu par l’État, à faire défaut sur le principal de sa dette[1]. Les investisseurs obligataires détenant plus de 500 000 RMB ont subi une décote de 78 %, bien que les petits investisseurs aient été intégralement remboursés. Les défauts subséquents des obligations ont suivi ce précédent.

J’affirme depuis longtemps que le problème de capacité excédentaire de la Chine est dû à une mauvaise allocation du capital résultant de la politique de garantie implicite. Mettre un terme à cette situation est structurellement positif pour le marché obligataire chinois, car cela permet de remédier au risque moral et d’améliorer les prix du crédit.

C’en est fini de la croissance non réglementée

Mais surtout, ces faillites bancaires laissent entendre que l’ère de la croissance rapide et non réglementée pour les petites banques est révolue. Depuis le début des années 2000, les actifs des petites banques et des banques régionales ont enregistré une croissance rapide au détriment des grandes banques. Nombre de ces petites institutions faisaient de l’arbitrage réglementaire par le biais d’activités financières opaques et complexes financées sur le marché de gros : les emprunts interbancaires des petites banques et des banques régionales sont passés de 12 % du financement total en 2015 à 13 % à la mi-2019, contre une moyenne constante de 2 % pour les grandes banques commerciales et les quatre piliers.

Cette croissance rapide a contribué à la réalisation des objectifs politiques de financement des infrastructures locales et à l’amélioration de l’accès du secteur privé au financement. Toutefois, le risque financier pesant sur les petites banques et les banques régionales, y compris les banques parallèles et les institutions financières non bancaires (NBFI), a rapidement augmenté, risquant un choc systémique.[2]

Suite à quoi, dans le cadre de la campagne de désendettement de Pékin, le financement des grandes banques, qui avaient été les principaux prêteurs des petites institutions financières, a été réduit (voir Exhibit 1).

Exhibit 1 : les prêts bancaires aux entreprises et aux NBFI ont fortement chuté depuis le début du désendettement en 2017

Exhibit 1 : les prêts bancaires aux entreprises et aux NBFI ont fortement chuté depuis le début du désendettement en 2017

Source : CEIC, BNPP IP (Asie)

Plus il devient difficile pour les petites banques d’utiliser la croissance rapide pour couvrir de mauvaises décisions de prêt, plus il est probable qu’elles devront être restructurées ou absorbées par des institutions plus grandes et plus fortes. Les exemples de Baoshang, Jinzhou et Heng Feng montrent que la Chine a la capacité de supporter un assainissement financier suffisant à court terme et d’ouvrir la voie à davantage de réformes financières.

[1] Voir « Chi Flas: China Sets Precedent for Debt Default Resolution », 5 septembre 2017

[2] Voir « Chi on China: Where Does China’s Financial Risk Lie? » 23 novembre 2016

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