Mégatendances chinoises : l’évolution des politiques économiques – poursuite de l’ouverture ou repli ?

L’économie chinoise est passée d’une croissance tirée par les exportations à une croissance portée par la demande intérieure, les exportations nettes n’ayant pas contribué à la croissance du PIB depuis 2009[1] (voir graphique 1). Le total des échanges (exportations plus importations) et les exportations de la Chine représentent environ un tiers et 18 % du PIB, respectivement, contre 64 % et 35 % du PIB, respectivement, à leur point culminant en 2006 (voir graphique 2). À peu près au même moment, l’exposition extérieure totale de la Chine vis-à-vis du monde entier avait atteint un niveau record, avec des excédents extérieurs qui s’élevaient à plus de 10 % du PIB (voir graphique 3). La consommation intérieure contribue à plus de 60 % du PIB depuis 2015 et la tendance de cette contribution est à la hausse, quoiqu’à un rythme très lent (voir graphique 4).

Mégatendances chinoises : l'évolution des politiques économiques - poursuite de l'ouverture ou repli ? (partie 2)

Mégatendances chinoises : l'évolution des politiques économiques - poursuite de l'ouverture ou repli ? (partie 2)

Mégatendances chinoises : l'évolution des politiques économiques - poursuite de l'ouverture ou repli ? (partie 2)Mégatendances chinoises : l'évolution des politiques économiques - poursuite de l'ouverture ou repli ? (partie 2)

Sources: CEIC, BNPP AM (Asie)

Certaines données semblent indiquer une perte d’élan de l’ouverture de la Chine, ce qui suscite des craintes de voir Pékin privilégier une politique de repli sur soi à l’avenir. Après son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, la Chine a réduit de plus de moitié son taux moyen de droit de douane, le ramenant de 16,0 % à environ 7,0 % en 2014. Cependant, en 2016, cette moyenne est remontée à 8,0 %, soit plus du double de celles des États-Unis et de l’Europe (voir graphique 5). Les barrières invisibles aux investissements étrangers, en particulier dans le secteur des services, sont restées élevées, et, en 2015, le gouvernement a lancé une politique industrielle ambitieuse, le plan « Made in China 2025 », qui spécifie des préférences pour les conglomérats nationaux dans onze des vingt-trois secteurs hautement prioritaires.

Mégatendances chinoises : l'évolution des politiques économiques - poursuite de l'ouverture ou repli ? (partie 2)

Sources: CEIC, BNPP AM (Asie)

Préoccupation de sécurité nationale de la Chine et risque pour l’économie mondiale

La Chine a de plus en plus perçu dans la politique « America First » du président américain Donald Trump l’expression d’une hostilité à l’égard de son ascension au sein du système mondial. D’un côté, cela pourrait avoir une conséquence inattendue[2] en apportant au président Xi davantage de soutien intérieur à ses efforts de rééquilibrage structurel. De l’autre côté, les partisans d’une ligne dure pourraient utiliser cette impression d’hostilité pour appeler à protéger la sécurité nationale et à faire marche arrière dans la politique d’ouverture.

Le risque est qu’une politique extérieure agressive des États-Unis provoque une très forte résistance de la Chine qui pourrait avoir des répercussions mondiales négatives[3] en déclenchant une spirale de contraction des échanges mondiaux et de l’investissement. La montée des tensions commerciales sino-américaines fait déjà craindre qu’un ralentissement de la croissance en Chine, en Europe et aux États-Unis cette année n’aboutisse à une récession mondiale[4].

Certains tenants d’une ligne dure sur la question de la sécurité nationale en Chine ont « diabolisé » l’initiative « la Ceinture et la Route » (Belt and Road Initiative, BRI), contraignant Pékin à revoir ses ambitions à la baisse[5]. Le ralentissement de la BRI restreindra inévitablement l’une des rares sources internationales de financement du développement d’infrastructures et de biens publics dans un certain nombre de pays en développement qui en ont cruellement besoin.

Pas de retour en arrière

Néanmoins, le scénario d’une Chine de plus en plus autocratique me semble peu probable, car ce ne serait pas dans l’intérêt du pays. La Chine est un important débouché extérieur de nombreuses économies asiatiques[6] et, en décidant de se replier sur son marché intérieur, elle pénaliserait ses voisins, déstabilisant ainsi son « pré carré ». Ce repli aurait pour effet de contrecarrer l’ambition de l’imposer comme le leader en Asie et comme un acteur influent sur la scène internationale, un des objectifs que le président Xi souhaite atteindre d’ici à 2049 dans le cadre de son « rêve chinois ».

Par ailleurs, une réduction des échanges commerciaux pourrait affecter la dynamique de réforme dont la Chine a besoin pour éliminer les inefficiences au sein de son économie. Face au conflit commercial avec les États-Unis, Pékin a déjà ralenti ses efforts de désendettement et de réformes structurelles depuis juillet 2018 afin de protéger la croissance. Si le pays était contraint de soutenir à nouveau son secteur domestique afin de compenser les pertes commerciales induites par une politique de repli, cela pourrait faire dérailler ses plans de réduction de la dette et de réforme. Un isolement saperait également les actions liées à la concurrence étrangère qui ont été engagées pour réformer les entreprises d’État, dont le rendement des fonds propres est inférieur de moitié à celui observé dans le secteur privé.

En dépit des craintes que la Chine suscite pour le leadership technologique mondial des États-Unis, force est de constater qu’elle reste tributaire des technologies étrangères. Plus de la moitié de ses importations technologiques proviennent de seulement trois pays (États-Unis 27 %, Japon 17 % et Allemagne 11 %), malgré les efforts déployés pour stimuler l’innovation nationale. Une politique de repli réduirait ces importations technologiques et limiterait les investissements et le savoir-faire des multinationales implantées en Chine (y compris les coentreprises), qui emploient quelque 14 millions de Chinois et représentent environ 40 % des exportations du pays. En particulier, les entreprises étrangères produisent plus de 85 % des produits électroniques et près de 60 % des machines de la Chine. Il s’agit des secteurs les plus touchés par le conflit commercial sino-américain.

En bref, une marche arrière dans le processus d’ouverture de la Chine affecterait tous les pays, y compris les États-Unis, via un effet d’entraînement sur les liens commerciaux et d’investissement. Une perte d’accès aux marchés, aux flux de capitaux et aux compétences de la Chine se traduirait par un ralentissement de la croissance et un renchérissement des prix dans les pays développés et émergents. Le coût serait beaucoup trop élevé pour tout responsable politique chinois doué de bon sens.

Accélération du processus d’ouverture et de réforme

D’ailleurs, la Chine s’emploie à accélérer son processus d’ouverture et de réforme depuis que son conflit commercial avec les États-Unis s’est intensifié en juin 2018. Au second semestre 2018, les autorités ont approuvé d’importantes opérations d’investissement, autorisant plusieurs multinationales à installer des usines détenues en pleine propriété en Chine ou à acquérir une participation majoritaire (75 %) dans leurs coentreprises chinoises. De hauts responsables chinois, dont le Premier ministre Li Keqiang, ont soutenu ces accords.

En s’engageant dans ces opérations ambitieuses, en s’opposant aux intérêts acquis et à un appareil bureaucratique réticent, Pékin semble assurer qu’il ne retardera pas et ne reviendra pas sur ses promesses d’ouverture des marchés chinois, comme il l’a fait par le passé. Dans certains cas, les politiques autorisant ces opérations n’avaient pas encore été complètement entérinées, mais le gouvernement a fait en sorte qu’elles soient lancées. Par exemple, si les règles permettant aux sociétés d’assurance vie étrangères de détenir une participation majoritaire dans leurs coentreprises chinoises ne sont pas encore finalisées, les négociations en ce sens sont déjà en cours. Ainsi, fin novembre 2018, le régulateur du secteur de l’assurance a autorisé un assureur allemand de premier plan à lancer la première holding d’assurance à capital 100 % étranger.

Ces développements semblent indiquer que la Chine a finalement pris conscience de la « lassitude » des investisseurs étrangers face à ses promesses et qu’elle s’emploie à y remédier. Les initiatives récentes s’accompagnent d’autres mesures, comme le renforcement de la protection de la propriété, qui visent à répondre aux doléances des pays développés concernant le comportement structurel de la Chine.

 Pour lire plus d’articles de Chi Lo, cliquez ici >


[1] Voir « Chi on China: Structural Rebalancing – Part I: The External Sector », 3 juillet 2013,

« Chi on China: Structural Rebalancing – Part II: The Domestic Sector », 16 juillet 2013,

« Chi on China: Progress on China’s Structural Rebalancing and Reverse Migration », 8 novembre 2017.

[2] / [3] Voir « Les conséquences inattendues du conflit commercial sino-américain (partie 1) », 8 novembre 2018.

[4] Voir « The Making of a 2020 Recession and Financial Crisis », Nouriel Roubini et Brunello Rosa, Project Syndicate, 13 septembre 2018.

[5] Voir « L’initiative « la ceinture et la route » fait ressurgir le spectre du piège de la dette », 16 octobre 2018.

[6] Voir « La parité dollar/renminbi risque de franchir le seuil de 7. Et alors ? », 22 novembre 2018.


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus grande à l’évolution du contexte de marché (social, politique et économique).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent comporter un risque plus élevé.

BNP Paribas AM

BNP Paribas AM

BNP Paribas Asset Management est le métier gestion d'actifs de BNP Paribas, une des institutions financières les plus importantes au monde. Fort d'un encours sous gestion et conseillé de 557 milliards d'euros au 30 septembre 2018, BNP Paribas Asset Management offre une gamme complète de solutions d'investissement actif, passif et quantitatif, dans un large spectre de classes d'actifs et de zones géographiques.

Avec plus de 700 professionnels de l'investissement et près de 600 collaborateurs dédiés à la relation clients, BNP Paribas Asset Management s'adresse aux particuliers, aux entreprises et aux institutions dans 70 pays. Depuis 2002, BNP Paribas Asset Management est un acteur majeur de l'investissement durable et responsable.

Pour plus d'information, rendez-vous sur bnpparibas-am.com

Voir toutes les publications


Newsletter

En renseignant votre adresse mail, vous acceptez de recevoir nos newsletters quotidiennes. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment en cliquant sur le lien de nos mails ou à l’adresse contact@fundswatch.fr

Le fonds du jour

L’agenda de l’AM

novembre

21novToute la journée22Actionaria 2019Palais des Congrès L'organisateur: Infopro Digital

décembre

05decToute la journéeSommet BFM PatrimoineCESE - PALAIS DE IENA L'organisateur: BFM Business

janvier

Pas d'évènement

X