La Grande Crise financière de 2007/08 a débouché sur une « Grande instabilité ». Le risque de changement disruptif est élevé, avec des implications potentiellement majeures pour les investisseurs.

La Grande Crise financière de 2007/2008 bouleversa la façon de gérer les crises économiques, laissant les marchés et les investisseurs aux mains des banquiers centraux et suscitant le débat quant à savoir qui sera à la barre lors de la prochaine récession.

Sir Paul Tucker, chercheur à la Harvard Kennedy School, président du Comité sur les risques systémiques, appelle les élus à assumer leurs responsabilités dans [cette vidéo] enregistrée lors du BNP Paribas Asset Management [Investment Forum].

En ce sens, le changement disruptif – thème phare des premières années de ce siècle et de notre Forum pour l’investissement – est sorti de son cadre initial, comme les technologies et les télécommunications, pour s’immiscer dans les questions budgétaires et monétaires, voire même en politique.

Lorsque la Grande Crise financière grippa les rouages de l’économie mondiale, les banquiers centraux durent prendre les commandes. Ils n’ont eu d’autre choix que de puiser dans tout leur arsenal pour imposer des mesures qualifiées de « non conventionnelles ».

Aujourd’hui encore, le débat fait rage : ont-ils réussi leur mission ou n’ont-ils fait que reporter l’échéance ? Alors que la normalisation est loin d’être terminée, les craintes de récession après une décennie de croissance économique inférieure à la tendance incitent à se demander qui sera amené à prendre maintenant les grandes décisions.

Fin de la période de stabilité : et maintenant ?

La Grande Crise financière est survenue au moment où les banquiers centraux vantaient la stabilité de la croissance et de l’inflation, tout en prônant leur capacité à lisser le cycle économique et à aplanir les sursauts d’inflation à l’aide d’outils monétaires, gérant en fait l’économie en ajustant les taux d’intérêt. Leur modus operandi – qui repose notamment sur une totale indépendance par rapport aux dirigeants et à la politique – a été considéré comme le principal facteur de l’amélioration structurelle de la stabilité économique.

Parallèlement, alors que la circulation des biens, des services, de la main d’œuvre et du capital se mondialisait, que le libéralisme économique remplaçait la régulation et la politique industrielle et que l’autorégulation se substituait à la supervision, un relâchement généralisé des rênes a encouragé les politiques à adopter une l’attitude non interventionniste, ravis de laisser les principaux leviers de la politique économique aux mains des banquiers centraux, soit en réalité à des dirigeants non élus.

Au moment de devoir gérer une grave crise financière mondiale, les élus, à savoir les ministres des Finances, n’ont ainsi pas assumé leurs responsabilités pour sortir de l’impasse et ont préféré confier cette mission aux banquiers centraux, les mandatant de cette lourde tâche et les forçant à adopter des mesures exceptionnelles une fois épuisées les traditionnelles baisses de taux d’intérêt.

La possibilité d’un nouveau sauvetage par les banques centrales est limitée

Comme Sir Paul le souligne dans sa vidéo, vu que les taux d’intérêt sont toujours au plus bas (dans la zone euro) ou à peine quelques points de pourcentage au-dessus de zéro, les économies « ne pourront pas autant compter sur les banques centrales que la dernière fois » lors de la prochaine récession.

La marge de réduction des taux est donc limitée. En outre, les banques centrales détiennent encore des actifs financiers – principalement des obligations – acquis sur le marché en échange d’espèces dans le but de stabiliser les marchés et d’injecter des liquidités. En d’autres termes, leur marge de manœuvre est faible.

Appartient-il à des responsables non élus de prendre des décisions d’achat d’actifs ?

Ces achats d’actifs n’ont pas nécessairement donné aux banquiers centraux un crédit généralisé. Les mesures politiques non conventionnelles ont amené les autorités monétaires dans la sphère politique.

Certains ont considéré les achats d’obligations d’État par les banques centrales comme une forme de financement des déficits publics, créant le flou entre la politique budgétaire et monétaire. En prenant la relève, les banques centrales ont sans doute permis aux gouvernements d’éviter des réformes pourtant indispensables, tout au moins des mesures qu’un gouvernement prend généralement en cas de crise (ex. baisse des impôts ou augmentation des dépenses d’infrastructure).

En outre, les injections massives de liquidités par les banques centrales ont favorisé les détenteurs d’actifs. Les citoyens ordinaires n’en ont pas directement profité, de sorte que les banques centrales ont été accusées de creuser les inégalités financières.

Un cadeau empoisonné : qui aura la lourde responsabilité de gérer la crise ?

Le malaise s’est installé dans le public, qui a eu le sentiment d’avoir dû payer le prix de la crise : augmentation du chômage, baisse de la sécurité d’emploi, stagnation des salaires et pensions, taux d’épargne proches de zéro…bref, une baisse du niveau de vie. Tandis que la rancœur s’est exprimée dans les bulletins de vote, avec un glissement des voix du centre vers les extrêmes gauche et droite, la perception des banquiers centraux a aussi changé après la crise.

Leurs actions suscitent des questionnements quant à savoir si la gestion de la prochaine crise devrait être confiée à des dirigeants nommés plutôt qu’élus et qui ne peuvent donc pas être écartés du pouvoir. Il existe actuellement une trêve fragile entre les banquiers centraux d’une part, dont les responsabilités et pouvoirs ont été prolongés après la crise, et les politiques envers lesquels ils sont au final redevables d’autre part, lesquels doivent faire face à un électorat mécontent.

La procrastination n’est plus une option

Les deux camps disposent de peu de marge de manœuvre. Pour l’heure, l’arsenal des banquiers centraux semble épuisé, tandis que les politiques devront tôt ou tard s’attaquer aux problèmes laissés en suspens, comme le niveau élevé et potentiellement insoutenable de la dette publique, les inégalités (croissantes), les modifications des systèmes d’imposition et des avantages sociaux, ainsi que les pratiques commerciales déloyales.

Ces problèmes non résolus et potentiellement disruptifs, et le risque politique qu’ils représentent pourraient inciter les politiques à laisser la responsabilité de la gestion de crise aux banquiers centraux.

Sir Paul déplorerait une telle fuite des responsabilités :

« Nous devrions moins compter sur des banquiers centraux et des régulateurs non élus et davantage sur des dirigeants politiques élus, comme nous le faisions auparavant ». Le président (américain) Roosevelt nous a sortis de la Grande dépression. Pour une raison ou une autre (lors de la Grande Crise financière), les élus ont brillé par leur absence. Des politiques plus visibles et plus présents, voilà ce qu’il nous faut. »

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