La crise du coronavirus bouleverse l’économie mondiale. Si le choc sur la demande devrait se concrétiser à court terme par un ralentissement de l’inflation, l’impact à plus long terme dépendra des mutations structurelles de l’économie (réorganisation des chaînes de production et possible renationalisation de certaines activités, politiques de redistribution, politiques des transports et de la concurrence). Il est ainsi possible que certains éléments qui ont pesé sur l’inflation ces dernières années s’inversent partiellement.

Pourquoi l’inflation a été faible sur la dernière décennie

Avant d’étudier l’impact de la crise du coronavirus sur l’inflation, il n’est pas inutile de rappeler pourquoi celle-ci est globalement restée faible dans les pays développés à partir de 2013 malgré les mesures d’assouplissement de grande ampleur prises par les banques centrales. Sa faiblesse a surpris la plupart des économistes et des banquiers centraux eux-mêmes. En 2017, la présidente de la Réserve Fédérale de l’époque Janet Yellen indiquait par exemple que l’inflation basse avait « quelque chose de mystérieux. » En mai 2019, Benoît Cœuré disait la même chose en substance : « L’un des plus grands mystères auxquels sont actuellement confrontées les banques centrales du monde entier est la raison pour laquelle l’inflation n’a pas augmenté de façon plus vigoureuse après des années d’assouplissement monétaire extraordinaireC’est l’un des sujets les plus débattus en macroéconomie, avec peu de réponses définitives. »

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L’impact de la crise du coronavirus sur l’inflation à court terme

A court-terme, la crise du coronavirus aura un effet négatif sur l’inflation. Les mesures de confinement et les restrictions de transport ont conduit à une baisse sans précédent de la demande mondiale de pétrole (de l’ordre de 15 à 20 millions de baril/jour en avril), qui a fait s’effondrer les cours. Le prix du baril de brent est ainsi tombé à son plus bas niveau depuis la fin des années 1990 (baisse de l’ordre de 55 à 60% entre mars 2019 et mars 2020), ce qui va mécaniquement peser sur l’inflation totale pendant plusieurs mois, comme cela avait été le cas lors de la phase de baisse des prix du pétrole de mi-2014 à début 2016.  Aux Etats-Unis, le prix des livraisons de WTI (pour le mois de mai) est même passé en territoire négatif pour la première fois de l’histoire, à cause de la saturation des capacités de stockage.

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L’impact de la crise du coronavirus sur l’inflation à moyen et long terme

D’abord, et comme nous l’avons vu en 2009, il est possible que les prix du pétrole remontent rapidement, une fois que l’activité reprendra. Même si la reprise économique sera progressive, les mesures de baisse de la production des pays de l’OPEP+ (baisse de plusieurs millions de barils/jour jusqu’en avril 2022) pourraient tirer les prix de l’énergie fortement à la hausse, et avec eux l’inflation totale. C’est mécanique : un simple retour du prix du baril de brent à 50 $ représenterait une hausse de 100%… La variation serait encore plus impressionnante avec le WTI. Mais ensuite, l’évolution de l’inflation dans les pays développés sera lourdement déterminée par les évolutions structurelles de l’économie.

La relocalisation comme réponse à la crise ?

La crise sanitaire a mis en avant les effets néfastes de la désindustrialisation qui a touché les Etats-Unis et la plupart des pays européens au cours des dernières décennies. C’est ainsi que pour faire face à l’épidémie, beaucoup de pays se sont trouvés fortement dépendants des importations de matériel médical de première nécessité (masques, blouses, respirateurs), mais aussi de réactifs et de médicaments (par exemple, 60% de la production mondiale de paracétamol et 90% de celle de la pénicilline sont réalisés en Chine). C’est en réaction à cette situation de pénurie et de dépendance que les appels aux relocalisations et à une moindre dépendance à l’économie chinoise se sont faits jour, notamment dans le secteur pharmaceutique.

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Davantage de politiques de redistribution ?

La crise du coronavirus a mis en avant un certain nombre de professions « essentielles » au bon fonctionnement de la société (personnel de santé, hôtes/hôtesses de caisse, livreurs). Plusieurs gouvernements, à l’instar de la France, et plusieurs grandes entreprises ont annoncé des primes spéciales pour certaines catégories de personnels peu payées et particulièrement sollicitées dans la période actuelle. Dans un édito signé début avril, le Financial Times indiquait : « La redistribution sera à nouveau à l’ordre du jour; les privilèges des personnes âgées et riches seront remis en question. Les politiques jusqu’à récemment considérées comme excentriques, telles que le revenu de base et l’impôt sur la fortune, devront être employées ». Mais il faudra ici voir si les actes suivent après les déclarations ambitieuses et les promesses proférées au moment où l’unité nationale est la plus requise. D’ailleurs, il convient de souligner ici que les primes promises seront a priori des mesures exceptionnelles, et pas des hausses durables des rémunérations.

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Conclusion

La baisse des cours du pétrole depuis le début de l’année 2020 exerçait déjà une pression baissière sur l’inflation avant même que la crise sanitaire ne vienne exacerber le mouvement. A court terme, l’amplification du ralentissement de l’inflation semble inéluctable avec l’amplification de la chute des cours du pétrole et la baisse de la demande agrégée. Ainsi, le FMI anticipe que l’inflation mondiale qui s’établissait à 1,4% en fin d’année 2019, devrait baisser à 0,5% en fin d’année 2020. Mais, au-delà de ces facteurs conjoncturels, il semble plausible d’envisager qu’une crise d’une telle ampleur amènera également des changements économiques structurels. Elle viendra questionner des principes qui semblaient généralement acquis, que ce soit sur la façon d’envisager le soutien des Etats à la sphère privée, sur les nationalisations, sur l’organisation du commerce mondial ou encore sur la nécessaire maîtrise des finances publiques. La réflexion sur la revalorisation des salaires dans certaines professions était déjà présente avant la crise du coronavirus et pourrait désormais prendre une nouvelle dimension. Naturellement, il reste à savoir si la volonté politique se traduira par des changements effectifs, ce qui pourrait dans ce cas, générer un retour de l’inflation à moyen terme.

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