Le Brexit commence à ressembler à une mauvaise comédie. Mais laissons cela de côté pour un moment afin d’examiner les conséquences possibles d’une « séparation de biens ». Quatre questions à Wouter De Geest, CEO de BASF et président du Voka, et à Hans Bevers, économiste en chef de Degroof Petercam, dans un double entretien.

Quelles sont les principales préoccupations à court terme des entreprises flamandes, belges de manière plus générale, par rapport au Brexit ?

Wouter De Geest : À court terme, il s’agit des :
• droits d’importation après le Brexit
En cas de Brexit dur (pas d’accord sur les nouvelles relations entre le Royaume-Uni et l’UE), les échanges devront à nouveau se conformer aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. La conséquence la plus concrète sera la réintroduction des droits d’importation sur les marchandises européennes entrant au Royaume-Uni et vice versa. Dans la semaine du 5 mars, le Royaume-Uni a publié les nouveaux droits d’importation par catégorie de produits ; 87% des importations en seraient exemptées. Pour les 13% restants, seraient exposés d’importants secteurs d’activité qui affecteraient plus particulièrement les entreprises du Nord du pays. En particulier, les industries alimentaire et automobile qui seront soumises à des droits d’importation.
• goulots d’étranglement logistiques liés au Brexit
En cas de Brexit, les temps d’attente aux frontières risquent d’augmenter ; ce qui pourrait constituer un goulot d’étranglement pour les entreprises qui dépendent d’une gestion en mode just-in-time. Aujourd’hui, les échanges avec le Royaume-Uni s’inscrivent dans le cadre des « quatre libertés » (libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes). Comme les normes des marchandises sont très souvent fixées au niveau européen, il n’est pas nécessaire, par exemple, d’effectuer des contrôles de conformité aux frontières, ni de contrôler la perception des droits à l’importation évoqués ci-dessus. En outre, les marchandises sont souvent livrées par camions, avec des chauffeurs européens qui ne sont pas soumis à des contrôles stricts en matière de passeport. Le Brexit pourrait remettre ces échanges fluides totalement en question.

De quelles préoccupations parle-t-on sur le long terme ?

WDG : sur le long terme, la principale préoccupation porte sur la divergence réglementaire. Les biens et les services devront se conformer à deux ensembles différents de règles et de règlements. Dans le pire des scénarios, cela signifierait que les entreprises ne seraient plus en mesure de desservir à la fois le marché de l’UE et le marché britannique avec la même unité de production. C’est déjà un peu le cas dans les échanges commerciaux entre l’UE et les États-Unis. Les entreprises alimentaires, par exemple, ne peuvent pas toujours exporter leurs produits vers les États-Unis en raison des différences au niveau des exigences phytosanitaires. Dans l’industrie automobile, il est également difficile, voire impossible, pour différents types de véhicules de desservir le marché américain à partir d’un site de production européen. Ce même scénario pourrait se produire si le Royaume-Uni opte résolument pour une « réglementation britannique » et rejette l’approche européenne. Cependant, le Royaume-Uni se tirerait une balle dans le pied, car il est également très dépendant de ses exportations vers l’UE.

Hans Bevers : Le Royaume-Uni est beaucoup plus dépendant de l’UE pour ses exportations que l’inverse. Alors que 7% des exportations européennes partent vers le Royaume-Uni, 44% des exportations britanniques sont destinées à l’UE. L’impact négatif sur la croissance est logiquement plus important pour le Royaume-Uni, mais l’incidence sur l’UE est loin d’être négligeable. Dans le fond, personne n’y gagne.

Le Brexit a-t-il un impact plus important sur certains secteurs ou régions que sur d’autres ?

WDG : En termes de pertes potentielles d’emplois, les industries alimentaire et du textile sont les plus exposées. En termes de valeur ajoutée, c’est l’industrie chimique. Au niveau régional, le port de Zeebruge subira un impact supérieur à la moyenne, car environ 50% de son trafic va au Royaume-Uni ou en provient.

HB : Une analyse réalisée par l’Université de Louvain fin 2017 tente de quantifier l’impact macro-économique et fait la distinction entre un Brexit doux et un scénario dur. Par Brexit doux, on entend un scénario dans lequel les droits d’importation resteraient nuls, mais où les barrières non tarifaires passeraient à 2,77%, comme c’est actuellement le cas pour la Norvège. Un Brexit dur serait soumis aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (tarifs d’importation sensiblement plus élevés), tandis que les barrières non tarifaires dépasseraient 8%. Selon cette étude, un Brexit doux pourrait coûter 10.000 emplois belges, un chiffre qui pourrait monter à plus de 40.000 en cas de Brexit dur (0,92%). Ce dernier scénario correspond à une perte de valeur ajoutée de pas moins de 2,35%. Pour la Flandre, l’impact se chiffrerait à 2,5%, ce qui en ferait une des principales perdantes. Mieux vaut donc éviter un Brexit dur. Soyons bien clairs : il s’agit d’estimations d’impact à long terme par rapport à un scénario dans lequel le Royaume-Uni resterait membre de l’UE.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le type d’impact ?

WDG : Le Royaume-Uni est un pays où le textile est encore très populaire, et le marché britannique est donc très important pour le secteur textile flamand. L’affaiblissement de la livre sterling, et maintenant le déclin de la croissance au Royaume-Uni, menacent d’y éroder le pouvoir d’achat et par conséquent la demande pour ce type de biens. L’alimentation est également un secteur très réglementé qui est souvent traité de manière protectionniste. Par conséquent, un Brexit dur créerait de nombreuses barrières supplémentaires ; les produits alimentaires, par exemple, devraient être assortis de certificats phytosanitaires. En outre, certains produits alimentaires pourraient retomber sous le régime des taxes d’importation. Enfin, dans l’industrie chimique, le règlement REACH, très important, ne serait plus d’application. Cela pourrait également avoir un impact majeur sur le fonctionnement des entreprises dont la chaîne d’approvisionnement passe par l’UE, y compris le Royaume-Uni.

HB : Il faudrait aussi tenir compte des effets indirects (via les pays tiers). Pour la Belgique, petite économie ouverte, l’impact indirect du Brexit est estimé à environ 20% de l’impact total. Bien sûr, il y a de grandes différences selon les secteurs. Pour la sidérurgie belge, par exemple, la plupart des pertes seront indirectes, tandis que le secteur automobile subira principalement des conséquences directes.

Le Brexit créera-t-il des opportunités pour (certaines) entreprises ?

WDG L’excellente situation géographique de la Belgique nous offre une belle opportunité en termes de commerce. Notre pays doit donc afficher l’ambition de devenir la plaque tournante du commerce anglo-européenaprès le Brexit. Un élément clé de la réussite de ce défi sera l’existence de nos ports maritimes et de nos aéroports, ainsi que de tous les organismes publics chargés des contrôles aux frontières. Avec ces acteurs, la Belgique doit développer une stratégie bien réfléchie, puis les aider à se doter des capacités nécessaires pour faire du pays un carrefour des échanges anglo-européens. L’ambition de faire de la Belgique une plaque tournante du commerce anglo-européen doit également être activement promue sur le marché par une campagne adéquate. Par exemple, les entreprises britanniques qui souhaitent maintenir leur accès au marché unique européen doivent être persuadées d’ouvrir une succursale en Belgique. Inversement, les entreprises de l’UE devraient également être encouragées à choisir la Belgique comme point de transbordement pour le transit de leurs marchandises vers le Royaume-Uni.

Degroof Petercam

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