Briser les vieilles tables du passé…

79 ans, c’était précisément l’espérance de vie aux Etats-Unis avant la pandémie. Et c’est, si on l’achète aujourd’hui le temps qu’il faut pour amortir 100% de son capital sur le S&P500, en ne tenant compte que du dividende.
Funds Watch

A 1,27% le rendement brut de l’indice des 500 plus grandes capitalisations américaines n’a jamais été aussi faible depuis le début des années 1970, à l’exception de la bulle des années 2000 (1,19%). Si Berkshire Hathaway (150 milliards de cash disponible !) préfère racheter ses propres actions plutôt que d’investir, l’allocation médiane des gérants, elle, reste très agressive : les fonds n’ont jamais été autant investis en actions depuis sept ans.

A l’instar des marchés américains, les marchés européens progressent depuis six semaines. Cependant, bien qu’à des niveaux records, ils traitent avec une décote historique par rapport aux actions cotées à New York : sur la base de son PER des douze prochains mois (19,6x), le MSCI Europe est valorisé 30% moins cher que le S&P500, du jamais vu depuis 2005.

Par rapport au potentiel économique de l’Europe en 2022 (+4,2% de croissance du PIB), les projections de croissance bénéficiaire du marché, + 8% l’an prochain, paraissent timorées. Malgré ces perspectives prudentes, le rendement bénéficiaire (l’inverse du PER) en Europe dépasse déjà les 5%. Avec un taux de distribution du résultat net en dividendes de près de 60% (un niveau de payout classique pour les entreprises matures), c’est un détachement en espèces sonnantes et trébuchantes presque trois fois supérieur à celui des actions américaines. Surtout, l’écart entre le rendement du dividende des actions et le taux réel servi par les obligations allemandes à 10 ans n’a jamais été aussi élevé : ce spread ou prime de risque s’élève aujourd’hui à plus de 540 points de base !

Certes, historiquement, les entreprises européennes ont toujours souffert d’une décote relative.

En raison d’avantages compétitifs (cadres juridique, fiscal et linguistique uniques) et d’un différentiel de croissance plus favorable (dynamisme démographique, ressources naturelles abondantes, gains de productivité grâce à un bassin d’innovation inégalé dans le monde), les retours sur capitaux des entreprises américaines ont été structurellement plus élevés. On sait également combien le risque politique européen (crise de l’euro, instabilité économique des « PIIGS », séparatisme, Brexit…) a joué en défaveur du vieux continent. On constate à ce titre que les plaies passées ne sont pas encore pansées : la volatilité implicite longue (juin & septembre 2022 sur l’Eurostoxx50) commence déjà à se tendre, en prévision des échéances électorales de mi-année…

Mais pour une fois, l’Europe pourrait croître plus vite que les États-Unis, où la croissance réelle du PIB est attendue sous les 4% l’an prochain. Il est un adage boursier selon lequel en fin d’année, il convient à titre de protection d’acheter des actions américaines à parité avec du Bund… Mais quand il faut plus d’une vie de dividendes contre une trentaine d’années en Europe pour retrouver sa mise, et qu’en face d’une inflation de 5%, le rendement à 10 ans allemand reste négatif (-0,34%), il est peut-être temps en 2022, comme dirait le plus célèbre des philosophes allemands, « de briser les  vieilles tables du passé »…

Texte achevé de rédiger le 19 novembre 2021 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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