Le vieux continent (environ 10% des émissions mondiales) s’est au contraire particulièrement distingué en se lançant le défi de devenir le champion de l’économie verte au travers d’un plan à double objectif : la relance économique au travers de la décarbonisation. La voie européenne est louable mais risquée. Lutter contre la récession et le réchauffement climatique au travers d’un même plan contrevient à la règle de Tinbergen, premier Prix Nobel d’économie en 1969 selon laquelle allouer plusieurs objectifs à un même instrument peut créer des effets contradictoires qui en limitent la portée. Par exemple, la mise au ban des énergies conventionnelles, moins chères, peut accroître les prix de l’énergie pour l’ensemble des acteurs économiques et peser sur l’objectif de reprise de la croissance. Les plans de subventions sont ambitieux, particulièrement en France, où le gouvernement a déjà débloqué une enveloppe de 800 millions d’Euros destinée à la modernisation de l’outil industriel français et à sa décarbonisation.

Cependant, si plusieurs projets d’investissements industriels ont déjà été relancés, les tensions financières au sein de nombreuses entreprises demeurent. Dans les secteurs les plus cycliques, comme l’automobile et l’aéronautique (particulièrement visés par le gouvernement) l’endettement a progressé afin de reconstituer les réserves de trésorerie et les besoins en fonds propres peuvent freiner les décisions d’investissement. Pour les directions financières, les incitations publiques ne peuvent pas totalement déterminer l’utilisation du capital. La demande des marchés finaux reste clef, or le manque de visibilité sur les carnets de commandes qui ne se redressent que très lentement depuis le paroxysme de la crise rend difficile la mesure du retour sur investissement des nouveaux projets. Les limites des politiques de choc de l’offre sont connues. Penser que l’impératif écologique permet de les contourner relève de l’angélisme politique.

L’Europe dispose cependant d’un atout supplémentaire par rapport au reste du monde : son marché carbone, le plus important de la planète. Cet instrument qui permet à une entreprise de vendre des quotas CO2 lorsqu’elle réduit ses émissions (notamment par l’investissement) ne concerne aujourd’hui qu’un nombre limité d’industries (acier, génération d’électricité …). Plus libéral par nature, il peut habilement compléter la politique de subventions proposée par les gouvernements. Le temps est peut-être venu de l’étendre à l’ensemble des secteurs…

Texte achevé de rédiger le 18 septembre 2020 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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