La saison des faucons*

La semaine économique a été dominée par l’actualité aux États-Unis, avec 3 thèmes.

(1) La Fed, dans ses commentaires, a indiqué que le feu était au vert pour remonter ses taux directeurs, peut-être dès mars, avec une probabilité implicite de 90%. Seule une évolution défavorable de la diffusion du variant Omicron, qui viendrait heurter l’économie à court terme, pourrait en décider autrement. L’exercice est donc périlleux entre en dire beaucoup et en faire le moins possible pour ne pas casser la dynamique de sortie de crise. Pour 2022, 3,5 hausses de taux (de 25 points de base – pbs) sont anticipées.

(2) Les chiffres de l’emploi, bien qu’en retrait par rapport aux estimations, ne sont pas si mauvais, compte tenu des perturbations liées au Covid. Le taux de chômage repasse d’ailleurs sous les 4%, à 3,9%, comme en février 2020. L’économie américaine a créé 199 000 emplois nets en décembre alors que le consensus tablait sur 450 000, contre 249 000 en novembre, en hausse par rapport à la première estimation de 210 000. Sur l’ensemble de l’année 2021, les Etats-Unis ont créé en moyenne 537 000 emplois par mois.

(3) Le pic d’inflation est sans cesse décalé dans le temps. Le niveau de 7 % devrait être atteint en ce début d’année pour redescendre vers 3 % fin 2022. Cette évolution hypothétique, au regard des craintes sur de nombreux secteurs, constitue le facteur d’incertitude le plus important pour le scénario de croissance alors que l’on vise toujours 4 % en 2022.

Dans le reste du monde, la problématique de hausse des prix est très présente également. En Eurozone, l’indice PPI a progressé de 23,7 % sur 12 mois, l’inflation en Allemagne de 5,3 % en décembre, et l’inflation en Eurozone (estimation) a franchi le cap des 5 %.

Au niveau de l’activité, on note en Chine le redressement de l’indice Caixin PMI. En Europe, les indices PMI résistent bien dans le secteur manufacturier (58) mais le secteur des services corrige (53,1), soulignant les perturbations liées à la pandémie.

Sur les marchés, après un début d’année bien orienté, les investisseurs, qui semblent faire fi du variant Omicron, ont été rattrapés par les taux d’intérêt qui, après avoir stagné ces derniers temps autour de 1,5 % pour le taux à 10 ans américain, ont pris le chemin de la hausse (1,762 % au 07/01). Le taux allemand à 10 ans tend vers la positivité (-0,043 % le 07/01), niveau inconnu depuis mai 2019.

Les marchés actions ont corrigé en fin de semaine en conséquence, sans excès. Les performances restent positives sur l’année, notamment en zone Euro, mais on retiendra en ce début d’année la forte rotation sectorielle, favorisant les valeurs financières et cycliques, et défavorisant les valeurs technologiques (impact de la hausse des taux réels). Le Nasdaq a d’ailleurs chuté lourdement sur la semaine (-4,5%). Les valeurs « growth » sous-performent les valeurs « value ».

(*) Parmi les membres de la Réserve fédérale (banque centrale des Etats-Unis), il est d’usage de les classer entre « faucon » (« hawkish » – privilégiant la stabilité des prix) et « colombe » (« dovish » – privilégiant un soutien à la croissance et à l’emploi).

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