Le Royaume-Uni aurait dû attirer l’attention du monde entier cette semaine. Or, en reportant pour la troisième fois consécutive la date de sortie de l’Union européenne, les membres de la Chambre des Communes en ont décidé autrement.

Le Royaume-Uni aurait dû attirer l’attention du monde entier cette semaine. Or, en reportant pour la troisième fois consécutive la date de sortie de l’Union européenne, les membres de la Chambre des Communes en ont décidé autrement. Puisque « la nature a horreur du vide », ce sont les Etats-Unis qui ont une fois de plus tenu le haut de l’affiche. En effet, tout porte à croire que, pour la troisième fois d’affilée, la Réserve fédérale (FED) va réduire les taux d’intérêt mercredi pour soutenir l’activité. Cela ferait tomber les taux directeurs entre 1,5% et 1,75%. La publication des comptes nationaux du troisième trimestre par le Bureau of Economic Analysis (BEA) devrait ainsi montrer un net ralentissement du rythme de progression du PIB. Après une croissance décevante au deuxième trimestre (2% en rythme annualisé), la croissance du PIB américain devrait ressortir aux alentours de 1,8%, pénalisée principalement par la faiblesse des dépenses d’investissement.

Cette situation ne manquera pas de faire réagir les investisseurs, surtout si la progression du PIB ressort en deçà des attentes du consensus (1,6%). Cela amplifiera les attaques du président Trump contre la FED, une de ses cibles préférées, bizarrement épargnée ces deux dernières semaines sur Twitter. Pas sûr cependant que ce nouvel assouplis-sement monétaire suffise pour porter les indices, surtout si les résultats des entreprises se mettent à décevoir comme on l’a vu après la publication des comptes d’Amazon. N’eut été l’annonce d’avancées favorables dans la « phase 1 » des négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis, l’indice Dow Jones (+0,7% sur la semaine, à 26 958 points) aurait pu finir dans le rouge. En Europe, les marchés actions ont enregistré des progressions plus importantes à l’image du FT100 en Angleterre (+2,43% sur la semaine, à 7 324 points).

Cette nette surperformance des valeurs européennes n’est pas à relier à l’amélioration de l’activité économique qui commence à s’entrevoir dans les indicateurs avancés, mais plutôt aux récents développements de la saga du Brexit. Car en lieu et place d’une sortie avec ou sans accord le 31 octobre prochain, le premier ministre Boris Johnson souhaite désormais des élections générales pour sortir de l’impasse. En fonction du délai d’extension que devrait accorder l’Union européenne, cela éloigne de facto le scénario du « hard Brexit » accidentel redouté par les investisseurs. Dans ces conditions, la baisse de l’aversion pour le risque s’est traduite par une poursuite de la remontée des rendements des emprunts d’Etat. Le taux à 10 ans américain a affiché la plus mauvaise performance (+5 points de base – pbs  – à 1,80%) derrière le taux à 10 ans suisse (+6 pbs, à -0,56%). En Europe, la plus mauvaise performance est revenue au Portugal (+3 pbs, à 0,21% pour le taux à 10 ans), après l’annonce par le nouveau gouvernement d’une hausse du SMIC de 25% étalée sur 4 années.

Cette initiative des socialistes portugais est une bonne chose. Certes, elle ne sera pas suffisante pour ramener l’économie de la zone Euro sur des sentiers de croissance honorables, mais si ce genre d’initiatives qu’appellent de leurs vœux tous les principaux instituts de prévision venaient à se répéter, l’activité offrirait une meilleure mine. Cela serait plus efficace que tous les plans de stimulation mis en place par les banquiers centraux, dont eux-mêmes doutent aujourd’hui de l’efficacité. Cette annonce du gouvernement portugais n’a pas tellement servi l’euro qui s’est déprécié sur la semaine, entraîné à la baisse par la livre.

Karamo KABA, Directeur des études économiques

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