[Le marché du lundi] : L’optimisme gagne du terrain

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Vu l’écart de croissance entre les États-Unis (+ 6,4 % en rythme annualisé, soit + 1,6 % sur le trimestre) et la zone Euro (- 2,5 % en rythme annualisé, soit - 0,6 % sur le trimestre) en ce début d’année, on comprend mieux la dépréciation de l’euro face au dollar.

Ainsi, après plusieurs semaines de forts gains, la monnaie commune a connu une semaine difficile (- 0,64 % par rapport au dollar) après qu’Eurostat a confirmé que la zone Euro était entrée en récession. Comme il fallait s’en douter, ce sont les pays qui ont mis en place les mesures de confinement les plus strictes qui ont vu leur activité reculer le plus, à l’instar de l’Allemagne (- 6,5 % en rythme annualisé), de l’Espagne (- 2,0 %) et de l’Italie (- 1,6 %). A contrario, la France a surpris (+ 1,8 %, soit + 0,4 % au premier trimestre 2021) en dépit d’une nette dégradation de la situation sanitaire. Désormais, le PIB de la zone Euro s’établit à - 5,5 % de son niveau pré-COVID-19, très en deçà de celui des États-Unis, revenu à - 0,9 % à son niveau d’avant la crise.

Il faut dire que la croissance de la première puissance mondiale a étonné par sa vigueur pendant le trimestre (+ 6,4 % en rythme annualisé), grâce à une contribution forte de la demande interne (+ 9,9 points) portée par la dynamique des dépenses de consommation (+ 10,7 % sur le trimestre, soit + 7 points de contribution) et d’investissement (non résidentiel : + 9,9 % sur le trimestre et résidentiel : + 10,8 % sur le trimestre). De leur côté, avec une hausse de 6,3 % en rythme annualisé, soit la plus forte depuis 2002, les dépenses publiques ont également contribué à la progression de la demande interne. Les deux motifs de déception sont venus du solde externe et des stocks qui ont ôté respectivement 0,9 point et 2,6 points à la croissance.

Selon toute vraisemblance, la croissance américaine devrait encore accélérer au deuxième trimestre avec l’amélioration de la situation sanitaire puisqu’avec 243 millions doses de vaccin injectées, 43,7 % de la population a reçu au moins une première dose de vaccin. Même si l’on est encore loin du seuil de l’immunité collective (estimé à 70 % de la population), la montée en puissance de la campagne de vaccination est telle qu’un retour à la normale dans un horizon proche n’est plus illusoire. À moins d’une nouvelle dégradation des conditions sanitaires, cette situation devrait faciliter les dépenses des consommateurs. Le Bureau of Economic Analysis (BEA) a d’ailleurs fait état d’une accélération des revenus personnels (+ 21,1 % en mars 2021), boostés par les envois aux ménages des chèques du plan de relance « American Rescue Plan Act ». Dans le même temps, les dépenses personnelles nominales n’ont progressé « que » de 4,2 % en mars, d’où un bond du taux d’épargne, passé de 13,9 % en février à 27,6 %.

Il en faudra plus à la Réserve Fédérale (Fed) qui a laissé à l’issue de son dernier Federal Open Market Committee (FOMC) ses taux directeurs inchangés à l’unanimité de ses membres. Comme à son habitude, le Président Powell a tempéré la remontée des prix, la liant à des effets de base favorables de l’énergie et à l’existence de goulets d’étranglement qui devraient s’atténuer avec le temps lorsque la pandémie sera sous contrôle. Il sera cependant difficile à la Fed de garder ce ton conciliant surtout si, comme nous l’attendons grâce à l’amélioration de la situation épidémiologique, le redressement se poursuit à un rythme soutenu. Ainsi, après une création nette de 916 000 postes en mars, le rapport d’emploi de mai devrait montrer une progression nette des effectifs salariés non agricoles au-delà du million de postes supplémentaires.

En anticipation de ce changement de ton à venir de la Fed, les investisseurs ont poussé à la hausse les rendements obligataires, ce qui a permis au taux à 10 ans de revenir à 1,63 %, en hausse de 6 points de base sur la semaine. Ce mouvement a aspiré à la hausse les rendements en Europe alors que ni la Banque d’Angleterre, ni la BCE ne sont prêtes à une modification de leur politique monétaire. Cela n’a pas empêché les taux de remonter en Allemagne (+ 6 pdb à - 0,19 % pour le 10 ans). Les pays périphériques ont souffert (+ 8 pdb à 0,87 % pour le 10 ans en Italie) mais moins que la France (+ 16 pdb à 0,15 % pour le 10 ans). L’écartement du spread franco-allemand peut s’expliquer par la perspective d’une réouverture de l’économie française mais surtout par un changement d’indice.

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