Pour rééquilibrer ses échanges avec la Chine, Donald Trump est prêt à tout, y compris à déclencher une récession… voire une guerre des changes. C'est le prix à payer, selon lui, pour éviter une submersion économique des Etats-Unis par l'Asie.Mathilde Lemoine.

Par Mathilde LEMOINE (professeur à Sciences Po Paris et chef économiste du groupe Edmond de Rothschild)

Publié à 07h12

Procéder à de nouvelles hausses de droits de douane en pleine négociation montre la détermination des Américains à ceux qui en doutaient encore. Le risque de récession mondiale qu’engendrerait une hausse des droits de douane sur la totalité des échanges sino-américains ne pèse pas face à l’objectif de rééquilibrage structurel des rapports de force entre les deux géants.

Après avoir dû faire face à l’intégration européenne puis au développement chinois, l’administration américaine avait pointé du doigt le risque de submersion économique des Etats-Unis par l’Asie. La création du marché unique puis celle de l’euro ont permis à l’Union européenne de rester un acteur commercial de premier plan. Ses exportations représentent encore un tiers des exportations mondiales. Ensuite, grâce à l’entrée de la Chine à l’OMC et à sa politique de régionalisation, l’Asie a pris un poids considérable dans le commerce mondial. Ses exportations représentent désormais 31 % des exportations mondiales contre 23 % avant la crise financière.

Sa contribution à la croissance des exportations mondiales est passée de 18 % entre 2001 et 2008 à 54 % depuis 2009 alors que celle des exportations européennes et américaines n’a été que de 10 % et 11 % respectivement depuis 2009. Ce renforcement de l’Asie n’est pas dû à l’effondrement conjoncturel des économies occidentales, mais à son développement intrinsèque. La valeur ajoutée de l’Asie, hors Japon et hors fluctuations de court terme, a progressé de 5,2 % contre 3 % pour le reste du monde, selon nos estimations économétriques fondées sur les flux bilatéraux de 15 pays asiatiques avec plus de 180 partenaires commerciaux. Parallèlement à l’« asiatisation » du monde, le président chinois a réaffirmé lors de sa réélection son objectif d’accroissement de la part de marché de la Chine en revenant sur ses engagements de libéralisation de l’économie. Les enjeux technologiques et le respect des droits de propriété sont centraux dans les négociations, mais les deux leaders partagent la même conviction : le caractère déterminant du poids des économies dans le rapport de force.

Tant que la confrontation reste dans le champ économique, les conséquences macroéconomiques sont plus faciles à appréhender. Non seulement chaque relèvement des droits de douane pèse un peu plus sur le commerce bilatéral. Mais surtout, la croissance américaine n’est plus en phase d’accélération, ce qui aura un impact récessif sur le volume d’importation. Même chose en Asie où le ralentissement chinois limite l’activité économique et donc la possibilité de reconfiguration des flux de commerce. Les Américains auront plus de difficultés à compenser la chute de la demande chinoise par celle des pays du Sud-Est asiatique comme ils l’ont fait jusqu’à présent.

Les Etats-Unis souhaitent pousser la Chine à adopter les règles de fonctionnement des économies de marché par la confrontation.

Après avoir vécu l’« européanisation » des échanges, l’émergence des émergents, puis l’« asiatisation » du monde, une nouvelle phase se dessine. Les Etats-Unis souhaitent pousser la Chine à adopter les règles de fonctionnement des économies de marché par la confrontation. L’Union européenne pense pouvoir imposer ses valeurs en protégeant ses citoyens et en multipliant les déclarations d’intention. La Chine, quant à elle, veut redevenir l’empire du Milieu. Dans le meilleur des cas, chacun se repliera sur sa sphère d’influence et la régionalisation se renforcera avec l’éruption de pôles financiers et monétaires européens et asiatiques. Mais les Américains dominant la finance, ils ne vont pas se laisser écarter sans réagir. La guerre des changes pourrait être la prochaine arme dégainée par Donald Trump.

Mathilde Lemoine est professeure à Sciences Po Paris et cheffe économiste du groupe Edmond de Rothschild.

Source : Les Echos

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Le groupe Edmond de Rothschild est indépendant, à capital familial, spécialisé dans la Banque Privée et l’Asset Management. Il est également présent dans les métiers de Corporate Finance, de Private Equity et d’Administration de Fonds.

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