La France est l'un des pays de l'OCDE où le taux d'emploi des seniors est le plus faible et où le niveau des compétences se détériore le plus rapidement au cours de la vie active. Deux raisons pour donner un meilleur accès à la formation aux seniors, et in fine à l'emploi.

Les enjeux du vieillissement ne peuvent pas se limiter à  la question des retraites . Il engendre aussi mécaniquement une exclusion du marché du travail et un accroissement des inégalités originelles. En effet, sans politique active de maintien des capacités cognitives et de l’employabilité, les compétences en « littératie » (aptitude à utiliser l’information écrite), en « numératie » (aptitude à utiliser l’information et les idées mathématiques) et la capacité de résolution de problème se dégradent avec l’âge, comme le montrent les enquêtes du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (Piaac).

Ce phénomène est particulièrement marqué en France. Non seulement le niveau moyen des adultes français est inférieur à celui des Allemands, des Suédois et de la moyenne des pays de l’OCDE. Mais il se détériore 40 % plus rapidement en « littératie » et deux fois plus rapidement en « numératie » qu’en Suède au cours de la vie active.

Maintien des compétences

En conséquence, la productivité des salariés français diminue avec l’âge alors que le coût du travail continue de croître, ce qui engendre une sortie précoce du marché du travail. Ainsi, le maintien des seniors en emploi ne peut pas seulement être réglé par l’aménagement du temps de travail et par la prévention, sauf au prix d’une paupérisation. Il est nécessaire de faire du maintien des compétences un objectif partagé entre les acteurs publics et privés. L’abondement prévu dans le cadre du compte personnel de formation pour les moins qualifiés constitue une avancée. Mais l’accès à la formation est pratiquement impossible pour les plus de 45 ans et il est réservé aux formations courtes visant à accroître la productivité au poste de travail.

C’est pourquoi nous avions notamment proposé avec Etienne Wasmer dans un rapport du Conseil d’analyse économique, la mise en place d’un système de bonus-malus sur les cotisations d’assurance-chômage et sur les obligations de reclassement en fonction de la fraction des salariés formés et du caractère diplômant ou certifiant des formations. Le coût « privé » pour les entreprises de la dégradation des compétences étant très inférieur au coût « social », la généralisation des bonnes pratiques des entreprises en la matière ne sera pas suffisante pour qu’elle supporte le coût réel de l’obsolescence des compétences avec l’âge. Selon nos calculs, si le taux d’emploi des seniors était le même qu’en Allemagne, soit 73 % au lieu de 52,7 %, le PIB français serait supérieur de 3 %.

Impact global du vieillissement

Certains sont tentés d’attendre le départ à la retraite des « boomers » en espérant que l’accroissement du nombre de diplômés résolve automatiquement le problème du sous-emploi des seniors. C’est un pari risqué, car les récents travaux économétriques montrent que les diplômes ne protègent pas toujours de l’obsolescence des compétences ni de la perte d’employabilité. De plus, la capacité à absorber de nouvelles technologies est dans certains cas devenue plus importante que l’expérience. La « valorisation de l’expérience » pourrait, elle aussi, s’avérer insuffisante pour accroître le taux d’emploi des seniors.

Si l’impact global du vieillissement est théoriquement difficile à déterminer, le retard pris par la France en matière d’emploi des seniors pèse sur la croissance et la cohésion sociale. Le recours à un accompagnement social ne suffira pas à réorienter les politiques d’entreprises vers, à minima, un maintien de l’employabilité. Les seniors méritent de pouvoir travailler avant de devenir retraités et dépendants… et ainsi de contribuer au financement des retraites et de la dépendance.

Mathilde Lemoine, chef économiste du groupe Edmond de Rothschild.

Source : Les Echos

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Le groupe Edmond de Rothschild est indépendant, à capital familial, spécialisé dans la Banque Privée et l’Asset Management. Il est également présent dans les métiers de Corporate Finance, de Private Equity et d’Administration de Fonds.

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