L’industrie musicale n’a pas le blues

Si le marché de la musique enregistrée a joué en sourdine l’an dernier, l’industrie musicale semble avoir trouvé le bon tempo. En dépit du contexte sanitaire qui a contraint de nombreuses salles à garder portes closes et a impacté les ventes de CD, le streaming a généré 83 % des revenus du secteur.

Même si la Covid-19 a conduit à une pluie d’annulations de concerts et festivals, l’industrie a conclu 2020 sur une note fortissimo. Selon la Recording Industry Association of America, son chiffre d’affaires global aurait atteint 12,2 milliards de dollars, bondissant ainsi de 9,2 %. Une croissance reposant en grande partie sur le streaming qui aurait généré 10,1 milliards de dollars (contre 8,9 milliards de dollars en 2019), soit une hausse de 13,4 %. La première place revient aux abonnements payants qui affichent 7 milliards de dollars au compteur, face aux abonnements gratuits qui englobent 724 millions de dollars de recettes. Cette forte progression du streaming sous toutes ses formes vient amortir la baisse des ventes de CD et disques qui s’en sortent avec 9 % des recettes. Alors que les plateformes en ligne rencontrent un succès fulgurant, les téléchargements numériques comptent seulement 6 % des parts. La synchronisation, c’est-à-dire la redevance générée quand une musique est utilisée dans une série, un film, une publicité ou un jeu vidéo, ne représenterait que 2 % des recettes.

Si la transition numérique est plus avancée Outre-Atlantique, en France, les ventes de CD et de vinyles représentent plus d’un quart du chiffre d’affaires. Avec 781 millions d’euros cumulés en 2020, le marché français a été boosté par les ventes numériques (+17,9 % par rapport à 2019). Malgré une dégringolade des ventes physiques (-19,9 %), les ventes de musique enregistrée (hors synchronisation et droits voisins) affichent une progression de 4,1 %. Avec 30 % de Français qui auraient utilisé un service de streaming audio en 2020, la démocratisation du streaming va crescendo : les abonnements payants représentent 53 % du chiffre d’affaires de la musique enregistrée, tandis que le streaming financé par la publicité n’atteint que 8 %. Avec une hausse de 10 %, le vinyle fait également de la résistance et prend sa revanche sur le CD : alors qu’il s’en écoulait moins d’un million en 2015, 4,5 millions d’exemplaires se sont vendus l’an dernier, rapportant ainsi 51,1 millions d’euros.

Dans une industrie qui cherche encore son modèle, certaines plateformes font le pari de se réinventer : SoundCloud prévoit de lancer dès avril un système de rémunération basé sur les durées d’écoute de chaque artiste. Pour garder le contact avec leur public et cultiver le plaisir du direct, de nombreux artistes misent désormais sur les concerts en ligne, en « live streaming ». Apprécier les Symphonies de Mozart ou remonter le temps avec le groupe Dionysos depuis son canapé pour quelques euros, c’est la promesse faite par ces nouvelles formules virtuelles. Si les réseaux sociaux donnent le la, à l’image de TikTok qui est devenu une véritable vitrine pour les talents, de plus en plus de chanteurs et groupes se mettent au diapason des jetons non fongibles, dits « NFT » (Non Fungible Tokens). Même si ces derniers soulèvent quelques interrogations en termes de droits, cet engouement témoigne de l’envie des artistes de monétiser leurs contenus en mode « direct to fans ».

Les cryptomonnaies et les NFT nous feront-ils changer de disque ?

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