Andrea Brignone est un fin connaisseur de la finance comportementale et de la psychologie de marché. Il propose pour FundsWatch son sentiment de marché, après la purge du mois de mars et la tentative de rééquilibrage qui a suivi.

Andrea Brignone:  J’avais vu très largement venir la crise boursière, pas celle de la pandémie proprement dite, évidemment ! Cette dernière a catalysé et renforcé un effondrement des marchés qui était écrit dans les cours. J’ai d’ailleurs déconseillé à toutes les personnes qui me consultaient d’investir au mois de janvier : nous étions alors dans un trading range très haut, avec des signaux très alarmants de moyennes mobiles clefs.

Du point de vue comportemental, le déroulé du krach est historique certes, mais au final parfaitement classique dans son déroulé. Le 24 février, un gap baissier très ample, dit de rupture, en a constitué les prémisses. D’autres gaps baissiers rapprochés sont venus confirmer cette perte totale d’adhérence, et les amateurs de chandeliers japonais auront par ailleurs identifié une combinaison en trois corbeaux les 09, 10 et 11 mars entre deux de ces gaps majeurs. Le tableau technique a été complété par une situation d’épuisement de ce mouvement vendeur brutal, immédiatement suivie d’une légitime restitution d’énergie à l’achat. Les stratégies de couverture des institutionnels ont nourri la brutalité de ces mouvements.

La suite est également classique : la volatilité redescend d’un cran, et le marché se stabilise dans un couloir de navigation horizontale : c’est le trading range des mois d’avril et de mai, dont nous sommes sortis finalement par le haut dès la fin du mois de mai, très timidement d’abord, puis avec davantage de conviction ensuite.

De deux choses l’une, désormais, soit cette cassure de range est durable, et avec l’appui conjoint des cours du pétrole (Brent). L’évolution du Brent pendant le krach, rapporté à celle de notre indice actions, a en effet été riche d’enseignement et pourrait donc le rester par la suite. Ce trading range, dans l’immédiat est franchi, avec l’appui du soutien sans faille et de la Banque Centrale Européenne, et du plan de relance historique proposé par la Commission Européenne. A ce stade, une fédération sectorielle, en lieu et place d’une simple rotation sectorielle, nourrirait davantage l’idée d’une poursuite de la hausse. Les moyennes mobiles nous donnent d’ailleurs des signaux intéressants : la moyenne mobile de 18 jours a coupé à la hausse la moyenne de 40, mais était restée plate jusqu’à ce que les prix s’éloignent du trading range le 27 mai, le prochain obstacle sera au niveau actuel (autour de 5030) où se trouve la moyenne 100 descendante et le comblement du gap du 6 mars autour de 5100 (qui ne serait pas loin d’un retracement de Fibonacci de près de 50 %). Si les cours échouent à ses niveaux, il n’est pas à exclure un retour vers 4450-4400. Sauf mauvaise nouvelle, sur la guerre commerciale par exemple.

Quelques éléments à surveiller: le  Nasdaq a retrouvé ses niveaux d’avant crise. Il sera important de suivre l’indice de volatilité. Les volumes, qui  ont repris leur niveau moyen, ce qui veut dire qu’il y à une certaine divergence entre les volumes au moment de la baisse et maintenant. A surveiller aussi,  l’augmentation des taux d’intérêts, la paire  EUR/USD et naturellement les cours du pétrole.

Attention toutefois à la possibilité d’une fausse sortie par le haut de ce couloir de cotations. Le danger étant un retour à l’achat trop précoce, et agressif, avec le risque de « prendre la porte du saloon », par un effet ciseau malheureux. Dans une approche investisseur de long terme, la nécessité d’être contrariant est cependant beaucoup moindre, et le point d’entrée de marché est quoi qu’il en soit intéressant. A ce titre, une récente étude présentée à Dauphine, conjuguant des travaux académiques et empiriques, montre quelque chose d’intéressant : sur un portefeuille raisonnablement diversifié, sur une période bornée, de 5 ans à Wall Street et 8 ans en France, aucune perte de capital n’est enregistrée.

La volatilité est amenée à progresser sur sortie de range (ce qui n’a pas été le cas pour le moment), d’autant que nous restons dans un marché très technique : les institutionnels arbitrent et font de la couverture, ce qui explique des mouvements, à la hausse comme à la baisse, sur des dossiers à très fort effet d’amplification, comme Renault, Airbus ou Aéroport de Paris. Dans tous les cas, les bancaires seront à surveiller, et leurs velléités de reprise à confirmer, le secteur étant à valeur de baromètre.

 

A propos : Monsieur Andrea Brignone est Docteur en sciences économiques, serial entrepreneur, et a entre autre créé et dirigé pendant 25 ans le groupe Protexarms spécialisé dans la sécurité des systèmes d’information des systèmes bancaires et financiers et dans le conseil et la gestion des risques financiers. Il est l’auteur du Tao de la Bourse et du Trading.

 

Propos recueillis par Alexandre TIXIER

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