Alors que le marché tente de se stabiliser après le krach historique de mars, Augustin Picquendar, Gérant de la gamme évolutive et à ce titre gestionnaire numéro 1 du fonds DNCA évolutif, revient avec FundsWatch sur cette séquence noire de capitulation, son rôle de capitaine dans la tempête, et ses convictions d’investissement.

Augustin Picquendar gère, entre autres, DNCA Evolutif, un fonds « tout temps », et il est intéressant, particulièrement dans ces circonstances exceptionnelles, de voir comment il traverse les changements brutaux de temps sur les marchés financiers. Depuis le début de l’année, le fonds affiche une performance de -6,55%, amortissant de façon spectaculaire une baisse du marché de l’ordre de 25% sur les principaux indices actions en Europe.

FundsWatch : Pouvez-vous nous présenter la philosophie de gestion du fonds ?

Augustin Picquendar : DNCA évolutif est par essence un  fond « tout temps », dont le but affiché est de faire bénéficier les épargnants de long terme de deux tiers de la hausse des marchés en phase ascendante, et de ne subir qu’un tiers de la baisse en phase baissière.  La clientèle, privée pour l’essentiel, nous donne carte blanche pour essayer de profiter au mieux de la volatilité pour amortir les phases de baisse, et de panacher le plus judicieusement possible les actifs financiers, plutôt européens au départ, malgré une internationalisation progressive depuis environ un an. Après une longue expérience sur le fonds, j’en ai pris les rennes depuis févier 2019.

FW : Comment expliquez-vous que le fonds ait amorti de façon aussi spectaculaire l’effondrement des marchés sur ce début d’année ?

AP : Il y a deux leviers principaux :

En tout premier lieu, la diversification. Et ce au sens du panachage d’actifs très faiblement corrélés entre eux (actions, obligations, cash). Et au sein même d’une classe d’actifs, les actions en l’occurrence, nous avons, par exemple des sociétés minières aurifères, sans corrélation avec le reste du marché.

Le deuxième levier est celui de la variation de l’exposition actions, grâce à une stratégie de couverture idoine. Nous étions déjà à un plus bas dans l’histoire du fonds en terme d’exposition actions, à 30%, avant la dégringolade des marchés, d’où une relative « sérénité » dans le passage du cyclone, à l’heure de la panique sur les marchés, jusqu’à la capitulation au cœur du mois de mars. Cette variation catégorique de l’exposition actions a été principalement pilotée au travers de la mobilisation de la totalité de notre capacité statutaire de couverture (dérivés).

FW : Quel est votre point de vue de gérant sur les marchés : les points bas ont ils été atteints ?

AP : Il est important se positionner dans un cadre. Historiquement, dans un krach, il y a trois phases :

La première c’est la panique, pendant laquelle tous les actifs finissent par se corréler et fondre.

La deuxième phase – nous y sommes – est celle de la reprise de repères des marchés. En l’occurrence grâce au soutien inconditionnel des banques centrales. Une fois que la volatilité a atteint un niveau extrême, l’expérience montre que l’on a deux ou trois mois pour se stabiliser. Le marché prend alors connaissance des chiffres micro et macroéconomiques. La claque est surpuissante, certes, mais les marchés ne sont plus dans une forme de vertige. Dans cette phase, des épisodes d’euphorie peuvent alterner avec des accès de nervosité.

La troisième phase, la plus dure à appréhender à mon sens, est celle de la vitalité de la reprise. Personnellement, ce ne sont pas les dossiers les plus massacrés pendant la crise boursière que nous venons de vivre qui sont à favoriser, mais plutôt les dossiers qui vont être les gagnants de cette crise.

Quant à la forme que prendra la reprise, les inconnues sont encore nombreuses (quid d’un rebond éventuel de l’épidémie, d’un traitement, d’un vaccin ?), mais je suis plutôt dans l’idée d’une reprise en double creux (W) ou en rebond très progressif (en U). Avec des points bas déjà atteints. J’ai en tous cas du mal à penser que l’on va de nouveau se confronter à ces points bas. Lorsque ces derniers ont été atteints, au cœur du mois de mars, les marchés n’avaient alors aucun repère en provenance des banques centrales. Depuis, les soutiens monétaires apportés ont été si rapides et massifs qu’il me semble que le « momentum » baissier est derrière nous. Attention : on peut encore se faire peur, bien sûr, et traverser des épisodes houleux, mais la panique boursière est derrière nous.

FW : Quels « univers » de valeurs privilégiez vous à ce stade ?

AP : Surtout les valeurs de croissance, au niveau mondial, sur une typologie de sociétés à potentiel de croissance à plusieurs trimestres. Bien sûr, nous aurons des repères plus tranchants avec le bal de la publication des entreprises au deuxième trimestre, avec une lecture beaucoup plus précise des conséquences de la crise du Covid-19.

Une fois défini ce cadre, je privilégie différents « pools » de valeurs, avec un accent prononcé sur la santé, les technologiques, et les biens de consommation. A eux trois, ces secteurs représentent environ 50% du portefeuille global. Je passe au crible les valeurs qui me paraissent à même de mieux passer ce type de crise historique, avec une position de leader sur leur marché et un bilan sain en entrée dans la crise. Et je suis persuadé qu’au sein de ces secteurs, certains grands gagnants vont sortir encore plus forts ; ils seront en particulier à même de faire des acquisitions à bon compte.

Voici quelques exemples, sur chacun de ces secteurs :

Sur le secteur de la santé : le géant pharmaceutique Roche.

Sur le secteur de la « tech » : SAP (progiciels de gestion intégré), ASML (équipementiers pour l’industrie des semi-conducteurs), qui sont des dossiers historiquement forts. J’ajoute TeamViewer (leader européen du télétravail), position acquise – nous avons eu beaucoup de chance ! – juste avant la crise… Mentionnons également Hello Fresh (société internationale de kits de repas livrés à domicile ou au bureau).

Enfin, sur le secteur des biens de consommation, au sens large : nous sommes assez présents sur l’Oréal, LVMH et Puma, avec la conviction d’un effet de « revenge buying » post-confinement, tout particulièrement en Chine. Notez que 20% du chiffre d’affaires de l’Oréal est désormais réalisé en e-commerce, un canal de distribution qui a permis une résilience dans la crise.

Pour la plupart de ces dossiers, nous sommes clairement sur les valorisations élevées, certes, mais ce sont des sociétés qui ont de la croissance, et qui ont pu bénéficié à des degrés divers, de l’effet de confinement. Plutôt que d’essayer de miser sur des titres bradés, nous privilégions les dossiers pour lesquels il n’y a eu aucune remise en cause de leur guidance pour 2020 et 2021, malgré une inévitable et profonde récession de l’économie mondiale.

FW : A l’inverse, identifiez-vous des secteurs à éviter ?

 AP : J’ai  clairement moins de certitudes les cycliques très endettées.

Pour faire un zoom plus précis sur le secteur en souffrance du transport aérien et du « Travel Retail »: je ne vois pas de retour à l’équilibre avant deux ou trois ans. La grande inconnue est celle du vaccin et du traitement contre le Covid-19. Ces secteurs resteront sous forte pression avant que naissent des certitudes sur le front sanitaire. On aura entre-temps à déplorer des faillites sur les dossiers les plus fragiles. Heureusement que les Etats soutient le secteur ! Dans cet univers de valeurs, sous perfusion encore longtemps, il est trop dangereux d’investir dans l’immédiat.

Par ailleurs, cette absence de visibilité est très préjudiciable au secteur des services pétroliers : nous ne sommes pas investis sur ce secteur et nous privilégions celui des renouvelables et des utilities.

Retrouvez le fonds DNCA évolutif sur Euronext Funds 360 

Propos recueillis par Alexandre TIXIER

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