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César Perez Ruiz, responsable des investissements et CIO, chez Pictet Wealth Management : « Nous travaillons la volatilité comme une classe d’actifs »

Les gérants doivent actuellement composer avec une volatilité intense sur les marchés financiers. César Perez Ruiz, responsable des investissements et CIO chez Pictet Wealth Management, apporte son expertise aux lecteurs de FundsWatch à la lumière de l’agression militaire russe en Ukraine, et de ses conséquences.

FundsWatch : Alors que les tensions géopolitiques entre Russie et OTAN ne redescendent pas, et qu’elle ne risque pas de redescendre de sitôt avec l’invasion russe en cours en Ukraine, le marché est en phase d’incertitude qui se double d’une inflation chronique. Un relèvement de 50 points de base des taux fédéraux est-il possible en mars ? 

César Perez Ruiz : Une hausse de 50 points de base en mars est devenue beaucoup moins probable qu’auparavant. Les dernières publications de dynamique des prix ont confirmé que les pressions inflationnistes continuent de s’élargir, mais le conflit Russie/Ukraine est susceptible de remettre en cause les plans de resserrement monétaire de la Fed. En particulier, la flambée des prix de l’énergie déclenchée par le conflit accroît la menace de stagflation. Plus l’incertitude sur le marché dure, plus le ralentissement de la dynamique économique sera important, créant un environnement difficile pour la Fed. Le marché a pratiquement exclu une hausse des taux de 50 points de base à ce jour, et il est peu probable que la Fed risque d’ajouter de l’huile sur le feu avec une décision surprenante.

La Fed continuera de surveiller les perspectives d’inflation au sens large, y compris par le biais des salaires et des anticipations d’inflation (qui sont au demeurant toujours conformes aux niveaux historiques). En ce qui concerne le plus long terme, il convient de noter que le marché obligataire évalue toujours un scénario de type “tout va bien qui finit bien” avec des swaps d’inflation à terme à 5 ans en ligne avec leur moyenne à long terme d’environ 2,5 %. En d’autres termes, les marchés estiment que les forces désinflationnistes mondiales devraient reprendre le dessus dans les années à venir.

FW : Sur ce thème de la volatilité, quels sont les outils utilisés par vos gérants pour travailler dans cet environnement périlleux ? Concrètement, comment allez-vous « jouer la volatilité » comme une classe d’actifs ? 

CPR : La façon la plus simple d’utiliser la volatilité pour protéger les portefeuilles est d’acheter des options de vente (put). Mais elles sont devenues chères, et nous proposons donc d’investir dans des stratégies de put spread (1), qui offrent une protection attractive à moindre coût que les options seules, et sont bien adaptées à une éventuelle aggravation de la situation actuelle. Bien que la volatilité ait augmenté, nos convictions à long terme restent fortes, les conditions de marché créant des points d’entrée attrayants pour une sélection prudente de titres. Nous pouvons également vendre de la volatilité dans les portefeuilles via des reverse convertibles (2), qui offrent la possibilité d’augmenter l’exposition aux entreprises que nous aimons à un prix inférieur à celui d’aujourd’hui si la situation se détériorait temporairement.

FW : A quand estimez-vous le pic de stress, et la normalisation de la volatilité

CPR : Deux facteurs importants continueront d’alimenter la volatilité du marché, et tant que nous n’aurons pas plus de visibilité sur l’un d’eux, le stress du marché restera élevé. Le premier est bien sûr le conflit en Ukraine. Notre scénario principal est que les tensions avec l’Occident resteront aiguës même si les forces russes envahissent l’Ukraine et installent un gouvernement pro-russe. Ce scénario, ainsi que celui, moins probable, d’une extension du conflit à d’autres endroits en dehors de l’Ukraine, maintiendra une volatilité élevée dans les semaines à venir, avec le risque que de nouvelles sanctions soient imposées à la Russie. Une autre source de stress est la pression que ce conflit exerce sur l’énergie, notamment en Europe. Le deuxième facteur de volatilité est la possibilité que des événements géopolitiques fassent dérailler les plans de resserrement de la Fed. La volatilité restera élevée jusqu’à ce que nous ayons plus de visibilité sur la trajectoire des hausses de taux. Mais la croissance devrait encore s’améliorer au second semestre de cette année et le pic d’inflation sera derrière nous à mesure que les effets de base se manifesteront et que les perturbations du côté de l’offre s’atténueront.  (1) Stratégie de put spread : combinaison de l’achat et de la vente de deux puts, qui ont les mêmes caractéristiques sauf leur prix d’exercice.(2) Produit structuré de la famille des produits de rendement, ce dernier augmentant avec la volatilité.

Propos recueillis par Alexandre TIXIER

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