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Eolien : pourquoi des marges si faibles ?

A l’occasion d’une conférence en ligne sur les impacts potentiels de la guerre en Ukraine sur le mix énergétique mondial, Hortense Lacroix, co-responsable de la gestion collective chez Financière Arbevel, est revenue sur une problématique récurrente : quid de la faible rentabilité des producteurs d’éoliennes, les carnets de commandes étant pourtant pleins… La question du pricing power est une nouvelle fois au centre du jeu.

Mme Lacroix reconnaît que le secteur est « extrêmement paradoxal », avec une technologie qui contre intuitivement est finalement « assez sophistiquée », notamment au regard des nouveaux matériaux utilisés, et des tailles de turbines qui n’étaient pas envisageables il y a seulement quelques années. Par ailleurs, il faut considérer le pool d’acteurs comme un « oligopole au niveau mondial », dans un marché de grande taille amené à croitre fortement, avec General Electric, le leader américain et quelques poids lourds européens comme le Danois Vestas, l’Espagnol Siemens Gamesa et l’Allemand Nordex. Les acteurs chinois n’intervenant qu’en Chine, Hortense Lacroix les tient à part dans son raisonnement.

Les marges si basses sont pour la co-responsable de la gestion collective, un phénomène « temporaire », dans une industrie à cycle long. Un producteur d’éolien n’accepte de faire une vente que lorsque la construction du parc d’éolien sera achevée, à savoir à la livraison de la turbine, en fin de chantier. L’engagement est à prix fixe, traditionnellement, puisque depuis le début de l’essor de l’industrie, « nous n’avions pas connu de phénomène inflationniste significatif ». Or cette inflation a bondi, « dans les prix de l’acier et de certains composants notamment pour les pales », et ces prix n’ont pas pu être répercutés, puisqu’il faut attendre 18 mois à 2 ans entre le moment où la commandes est prise et la livraison. Or aucun recours sur les prix n’était contractuellement possible sur les commandes datant de deux ans. De surcroit, les clients ont fait valoir les clauses idoines leur permettant de recevoir des pénalités de retard, en pleine crise logistique mondiale pendant la pandémie de Covid-19… L’industrie étant globale, les pales pouvant être conçues en Europe, produite en Inde par exemple, et installées ailleurs sur le globe, les retards dûs aux congestions dans les ports ont eu des conséquences sur une « année 2021 catastrophique » sur le secteur en termes de marges.

Mme Lacroix reste toutefois convaincue que l’industrie, structurellement, dispose d’un pricing power et que dès la fin de l’année, un beau mouvement de remontée des marges est envisagé.

HORTENSE LACROIX, Co-Responsable de la Gestion CollectiveHortense rejoint Financière Arbevel en 2018, comme Gérante actions Europe et Responsable de la mise en place de l’ISR. Elle est membre du Comité Exécutif. Hortense débute sa carrière en 1996 chez Cheuvreux, comme analyste financier sur les valeurs moyennes, puis rejoint Edmond de Rothschild AM en 2001 pour cogérer les fonds européens valeurs moyennes. Après trois années passées à New York entre 2007 et 2010, elle reprend la gestion d’un fonds thématique transition énergétique au sein de l’équipe ISR d’EDRAM, et contribue au développement de la stratégie ISR, notamment avec la gestion de mandats institutionnels. Elle participe à la labellisation Engagement (Novethic) de Tricolore Rendement, et au lancement du fonds EdR Euro Sustainable Growth. Elle rejoint ensuite la gestion de Tricolore Rendement en 2016. Hortense est lauréate de la section Economie Finance de Sciences Po Paris en 1996. Elle est diplômée de la SFAF et membre du CFA Institute.

Alexandre TIXIER

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