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L’économie bleue, une thématique d’investissement encore trop méconnue

Bertrand ALFANDARI est Responsable du développement des ETF chez BNP Paribas Asset Management. Après nous avoir fait profiter de son expertise sur l’économie circulaire, dans une précédente interview, , il nous apporte aujourd’hui son éclairage sur une autre tendance lourde : l’économie bleue, qui fait elle aussi l’objet d’un ETF thématique de BNPP AM.

FundsWatch : Avant d’aborder la question du pourquoi, un peu de travail sémantique s’impose. Qu’entendez-vous précisément par « économie bleue » ?

Bertrand ALFANDARI : BNPP AM est parti de la définition de la Banque Mondiale à savoir « l’utilisation durable des ressources océaniques en faveur de la croissance économique, de l’amélioration du bien-être, des revenus et des emplois et de la santé des écosystèmes océaniques ».

Cette définition établit clairement le lien entre croissance économique et gestion durable des océans. Elle répond à l’Objectif de Développement (ODD) n°14 des Nations Unies relatif à la « vie aquatique », que nous avions en tête dès la genèse du projet. Notons toutefois que si l’on parle d’économie bleue (« blue economy » en anglais) en visant l’économie « des océans », on peut élargir le sujet aux mers et aux rivières.

Ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas ici de développer sans limite l’économie des océans, mais de la rendre plus durable et plus respectueuse de l’environnement.

FW : A vos yeux, cette tendance est est-elle incontournable ? N’est-ce pas un simple effet de mode ?

BA : Quelques estimations tout d’abord pour prendre la mesure de l’économie des océans, et l’ampleur de la dépendance de notre économie aux espaces maritimes :

Ces quelques chiffres montrent indéniablement le caractère primordial de cette thématique et ses effets à très long terme. Or peu d’entreprises mesurent combien cet enjeu est considérable : seules 14% d’entre elles ont choisi de faire de l’ODD14 leur objectif prioritaire. C’est ce qui nous a poussé à nous y intéresser.

Nous ne « surfons » donc pas sur un effet de mode, par définition temporaire et amené à disparaître, mais sur la conviction profonde que l’avenir des océans et le nôtre sont intimement liés. D’une manière plus générale d’ailleurs, nous concevons nos solutions d’investissement avec pour but de les conserver plusieurs années voire décennies au sein de notre offre, en nous concentrant donc sur des thématiques pérennes comme celles du bas carbone ou de l’économie circulaire.

FW : Comment est né un tel projet chez BNP Paribas Asset Management ?

BA : La mer est depuis des années une thématique chère à notre Groupe via un engagement qui a pris la forme d’opérations de mécénat, de produits de gestion d’actifs ou de projets de financement. BNP Paribas est par exemple partenaire de Craig Leeson, réalisateur entre autres du documentaire « A Plastic Ocean », qui montre les conséquences alarmantes de notre mode de vie sur les écosystèmes marins. Le sujet est donc très suivi à tous les niveaux par le Groupe.

Pour nous, les mers et les océans sont un capital naturel qui jouent un rôle clé dans la lutte contre le réchauffement climatique. Or ce capital maritime est en danger. La mer et les littoraux sont fragilisés par l’acidification et l’élévation de la température de l’eau, la montée du niveau des océans, la pollution et l’appauvrissement de la biodiversité. Les conséquences désastreuses des activités humaines sur la santé des écosystèmes marins sont nombreuses : surpêche, transports maritimes en forte croissance, tourisme de masse, rejet de microparticules de plastique….

Fort de ce constat, nous nous sommes intéressés aux acteurs économiques, qui sont engagés, même sur des métiers de niche, dans la protection des littoraux, la génération d’énergie marémotrices, la réfection de dunes, la régénération des mangroves… Et l’économie bleue, c’est par nature un gisement d’innovations majeures dans des domaines que nous ne soupçonnons même pas !

Une fois cet inventaire établi, l’étape d’après a été celle de l’élaboration de la méthodologie, en collaboration avec un fournisseur d’indices.

FW : Justement, venons-en à l’ETF que vous proposez, qui réplique l’indice ECPI Global ESG Blue Economy. Comment le fournisseur d’indice a-t-il sélectionné les entreprises le composant ? Quelles sont les principales caractéristiques de ce fonds indiciel ?

BA : L’ETF permet de suivre les performances d’un indice actions regroupant les entreprises les plus respectueuses dans cinq sous-thèmes prioritaires à fortes perspectives de croissance :

  • La vie côtière : protection des littoraux, écotourisme ;
  • L’énergie et les ressources halieutiques : éolien offshore, énergies marémotrices et houlomotrices, biotechnologies marines ;
  • La pêche et les produits de la mer ;
  • La réduction de la pollution : recyclage et réduction des déchets, services environnementaux liés aux océans ;
  • La question à très fort enjeu des transports maritimes. Ce dernier point, peut-être contre-intuitif de prime abord, vise à ne sélectionner que les transporteurs, ou les équipementiers maritimes – les fabricants de turbines par exemple – qui font le plus d’effort pour réduire la consommation de carburant fossile, éviter les collisions avec les cétacés, et de façon générale minimiser leur empreinte sur l’environnement marin.

Nous avons sélectionné pour cette thématique le fournisseur d’indice italien ECPI, avec qui nous travaillons déjà sur d’autres ETF. L’indice répliqué est l’ECPI Global ESG Blue Economy Index. Issu d’un gisement d’actions mondiales de grande capitalisation, il regroupe 50 titres équipondérés disposant d’une note ESG favorable du fait de leur implication dans l’utilisation durable des ressources océaniques. Cet indice a été validé dans sa méthodologie par notre Sustainability Center, c’est-à-dire le propre centre de recherche de BNPP AM, expert en analyse extra-financière. Notons que si la composante environnementale (E) est fondamentale, l’analyse extrafinancière prend aussi en considération la dimension sociale (S) et la gouvernance des sociétés (G) que l’indice sélectionne.

Cet ETF (ou tracker), lancé en octobre 2020, a d’ores et déjà obtenu le label belge Towards Sustainability, et fait l’objet d’une demande pour le label français ISR. Le fonds avoisine les 130 millions d’euros d’encours au 11/8/2021.

Rappelons enfin que la Taxonomie Européenne, qui permet d’encadrer le marché des produits financiers dits « verts » ou « durables, met l’accent sur 6 objectifs environnementaux dont celui de l’utilisation durable et la protection de l’eau et des ressources. Un lien évident avec la thématique de l’économie des océans pour laquelle nos clients et partenaires ont tous, de près ou de loin, une attache particulière, un rapport affectif…

Retrouvez ici notre précédente interview de Bertrand Alfandari, sur l’économie circulaire

Retrouvez les caractéristiques de l’ETF BNP Paribas ECPI Global ESG Blue Economy sur Euronext Funds 360

Propos recueillis par Alexandre TIXIER

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