L'actualité des asset managers français et européens.

Modélisation de stress tests de liquidité pour les fonds

Du point de vue de l’Asset Manager, le risque de liquidité correspond à la concomitance de deux événements de marché distincts : d’un côté, une vague de demandes de rachats de parts de fonds d’amplitude significative, et d’un autre côté, des difficultés à vendre les actifs en portefeuille au vu des conditions de marché dégradées.

Les objectifs des stress tests de liquidité

Du point de vue de l’Asset Manager, le risque de liquidité correspond à la concomitance de deux événements de marché distincts : d’un côté, une vague de demandes de rachats de parts de fonds d’amplitude significative, et d’un autre côté, des difficultés à vendre les actifs en portefeuille au vu des conditions de marché dégradées. Les grandes crises financières de ces dernières années (faillite de LTCM, crise des subprimes en 2008, Covid-19, conflit ukrainien) ont vu naître de nombreuses réglementations dont celles relatives au stress test de liquidité. Ceux-ci constituent un outil permettant d’aider le gestionnaire d’un fond à identifier les faiblesses potentielles de sa stratégie d’investissement et à préparer le fond en cas de crise. L’ESMA (European Securities and Market Authority), en cherchant à établir des pratiques de surveillance cohérentes, efficientes et efficaces au sein du système européen de surveillance financière, a publié en 2019 de nouvelles recommandations portant sur les stress tests de liquidité. Plus concrètement, il est demandé aux Asset Managers de mieux évaluer la capacité des fonds à résister à une dégradation brutale de l’environnement financier.

Comment s’effectue la modélisation de la liquidité au passif via la théorie des valeurs extrêmes ?

La méthodologie de l’écoulement à l’actif

La liquidité d’un fond est directement liée aux instruments qui le composent. La liquidité de chaque instrument dépend cependant de deux paramètres importants : le coût de liquidité, qui correspond au coût payé par le vendeur d’un actif pour l’exécution de la transaction, et l’horizon de liquidité, qui correspond au temps nécessaire pour liquider totalement la position à l’actif. Les gestionnaires de fonds doivent ainsi adopter une stratégie bien précise pour liquider l’actif en possession et être ainsi capable d’honorer les éventuelles demandes de rédemptions de la part des détenteurs de parts. Nous avons défini des fonctions de liquidation au regard de la qualité des actifs et de la structure des actifs en portefeuille. Quant à la stratégie de liquidation, nous avons sélectionné une méthode en waterfall, permettant une distorsion du portefeuille en régime stressé. Nous avons testé notre approche sur un portefeuille fictif mais similaires à ce qui peut être observé sur des fonds Multi Asset existants.

La modélisation des rachats grâce à la théorie des valeurs extrêmes

On considère les régimes stressés comme des événements rares et extrêmes. La notion de rachat rare dépend très largement de la nature, de la grille de lecture des risques et de la complexité de chaque fonds, ainsi que de la structure de son passif.

Afin de modéliser ces rachats, on s’intéresse ainsi uniquement aux évènements de queues de distribution qui peuvent compromettre la capacité d’absorption du fond. La théorie des valeurs extrêmes (TVE) fournit une base mathématique rigoureuse sur laquelle il est possible de construire des modèles statistiques permettant de prévoir l’intensité et la fréquence de ces événements. En effet, cette branche de statistique a pour but d’étudier et de caractériser le comportement des valeurs extrêmes d’un échantillon de variables aléatoires. Nous appliquerons la TVE dans l’optique d’estimer les quantiles qui nous permettront de capter les rachats rares, et d’en déduire un Redemption Coverage Ratio (RCR) pertinent. Afin d’intégrer correctement ces stress tests de liquidité au dispositif de gouvernance et de surveillance des risques, les scénarios de rachats seront confrontés aux scénarios de liquidité à l’actif du fonds.

Dans la théorie des valeurs extrêmes, on distingue principalement deux approches : le maximum par blocs et la loi des excès. La première méthode s’intéresse à la loi du maximum (ou du minimum) convenablement normalisée. Elle consiste ainsi à considérer un maximum par bloc d’observations en fixant préalablement sa taille.

La seconde méthode, que nous avons finalement retenue, l’approche par dépassement de seuil, en anglais Peaks-Over-Treshhold approach notée POT, repose sur l’utilisation des statistiques d’ordre supérieur de l’échantillon. Elle consiste à ne conserver que les observations dépassant un certain seuil. En pratique, il s’agit de définir la distribution des extrêmes d’une série temporelle au-delà du seuil en question. Dans un premier temps, le seuil doit être approximé. Puis les paramètres de queue et d’échelle doivent être calibrés grâce à l’estimateur du maximum de vraisemblance du vecteur de variables aléatoires formé par les observations extrêmes. Une fois ces paramètres bien calibrés, la distribution des extrêmes peut être exploitée ; on peut notamment en déduire des indicateurs statistiques en formules fermées : VaR, Expected Shortfall, quantiles. Ces éléments permettent d’avoir une meilleure visualisation du comportement du passif en condition de crise.

Par Ahmed Saadi et Luc Vermot-Gauchy, respectivement consultant et manager Global Markets chez Nexialog Consulting.

LinkedIn
Twitter
Facebook



Newsletter

En renseignant votre adresse mail, vous acceptez de recevoir nos newsletters quotidiennes. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment en cliquant sur le lien de nos mails ou à l’adresse contact@fundswatch.fr

Le fonds du jour
Plus de publications
Lire la suite

Comme un air de panique

Le récent tournant « hawkish » de la BCE, suivi de celui de la Fed qui a relevé son taux directeur de 0,75 % pour mater l’inflation, ont semé la panique sur les marchés la semaine dernière. Obligataires ou actions, les marchés, à l’exception des asiatiques, ont sévèrement chuté dans de gros volumes de transaction, signe d’un mouvement fort.
Lire la suite

Pas de répit

Les marchés financiers ont fait face à d’importantes turbulences cette semaine, dans une actualité dominée par les actions des banques centrales.