Fort de son expertise sur les petites et moyennes capitalisations, Pierre SCHANG, a intégré les équipes de TOCQUEVILLE FINANCE en qualité de gérant, il y a deux ans. Il fait le point pour Fundswatch sur les performances récentes du segment des small & midcaps, sur sa stratégie de gérant expert de ce segment de marché, en s’appuyant sur la politique de gestion d’ACTYS 1, fonds smallcaps tricolores qu’il gère avec Matthieu TASSY.

FundsWatch : ACTYS 1 se distingue par ses performances. Quel est l’indice de référence permettant d’apprécier ces performances ?

Pierre SCHANG: Dans le cadre de la gestion d’ACTYS1, investi dans les petites capitalisations françaises, nous allons utiliser, comme indice de référence, le CAC Small (CACS), l’indice qui reflète le mieux cette classe d’actifs. En dépit d’un puissant rebond post abdication sur le dernier tiers du mois de mars, l’indice affiche une baisse de plus de 11%, avec un écart énorme entre les points bas (6 746 points) et les sommets annuels (11 435 points). Le fonds ACTYS 1, affiche à titre de comparaison une performance positive depuis le 1er janvier, de l’ordre de 4%. Soit 15% d’alpha « year to date ».

Le CAC 40, indice phare de la Bourse parisienne, affiche pour sa part un reflux d’environ 15% depuis le 1er janvier. Deux constats chiffrés : les smalls font donc un peu mieux que les très grosses capitalisations, et ACTYS 1 surperforme le CAC Small.

FW : Quel panorama dressez-vous sur les performances récentes des smallcaps ? Quelles perspectives entrevoyez-vous ?

PS : Pour nous, il y a une date-pivot, qui est mai 2018. Sur les 10 années qui l’ont précédé, les smalls ont largement surperformé les large caps, sur le critère de la performance boursière. Elles ont tout simplement fait 3 fois mieux. Et après cette date charnière, nous avons assisté à un décrochage du segment. Mai 2018 a été le point de départ d’une décollecte sur les fonds actions. Avec par nature, des conséquences plus importantes sur les smallcaps que sur les large caps. Et ce jusqu’à septembre 2019, nous avons eu une phase de sous-performance très prononcée des petites valeurs. Depuis septembre 2019, la tendance est au rééquilibrage, voire un retour à la surperformance. Nous avons en particulier assisté à un retour en force des OPA, moteur structurel de surperformance pour les smallcaps.

Trois thématiques sont moteurs dans cette bonne tenue des smalls depuis le début de l’année : la santé naturellement, ainsi que deux autres incontournables dans l’univers des smallcaps : l’économie verte au sens large et la transformation digitale. A l’inverse, il y a eu des dossiers perdants, en l’occurrence un certain nombre d’actions d’entreprises en lourde difficulté, comme Solocal, Technicolor et Europcar, cette dernière étant devenue smallcap par la force des choses avec la dévalorisation boursière.

Côté perspectives, notre point de vue sur l’impact de la crise « Covid » sur la classe d’actifs est le suivant : la crise ne change pas fondamentalement la vie des gens, mais influence à la marge quelques éléments comme le télétravail. Beaucoup de managers de PME cotées sont dans une phase de réflexion stratégique : celle de devoir investir pour répondre à ces changements, au risque de décevoir le marché. Des sorties de la cote sont donc possibles, on le sent déjà avec une première vague d’OPA de la part des top managers, qui rachètent leur propre société avec l’aide de fonds. Nous avons l’exemple récent de DEVOTEAM (avec l’aide de KKR), ou encore GROUPE OPEN (avec le fonds français Montefiore).

Nous pensons qu’il va y avoir davantage d’OPA sur les PME, et nous devons le prendre en compte, d’autant que la prime peut être généreuse. Autre élément important : l’arrivée de la loi pacte en octobre 2019. Le seuil de retrait obligatoire est passé de 95% à 90%. Ce changement, loin d’être anecdotique, peut faire la différence dans de nombreux cas dans un processus de sortie de la cote. Parallèlement à ces OPA qui vont sortir des PME de la cote, l’augmentation du nombre de nouvelles  introductions en Bourse (IPO) va contribuer à réalimenter le marché.

Par ailleurs, la crise de la mondialisation se traduit, sur un certain nombre de marchés, par des dynamiques de relocalisation, à un désir d’indépendance vis-à-vis des grandes puissances -Chine en tête-,  et à la préférence pour le circuit court. Ces grandes tendances sont par nature favorables aux PME et à l’émergence de champions locaux. Nous envisageons un engouement croissant des investisseurs pour ces champions nationaux de demain. C’est un point d’inflexion qui est en train de se dessiner, à nous d’avoir toujours un coup d’avance.

FW: Vous êtes gérant, avec Matthieu TASSY, du fonds ACTYS 1. Pouvez-vous nous en dire davantage sur la stratégie de gestion et la philosophie du fonds ? Sur son processus de sélection de titres ?

PS : Précisons tout d’abord qu’ACTYS 1 a été créé dans le cadre d’un dispositif qui date de 1998 (assurance-vie DSK), dont le but était d’orienter l’épargne de l’assurance-vie vers les petites et moyennes entreprises. Amendés en 2005 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, alors Ministre des Finances, ils deviennent les fonds NSK. Le FCP est un fonds Banque Postale AM, dont la gestion est déléguée à Tocqueville Finance.

Parmi les critères du fonds, il y a celle de la taille de capitalisation des sociétés : elle doit être inférieure à 150 Millions d’euros à la date d’achat de la ligne. On parle forcément de petites capitalisations. Dans le segment de la santé, côté smallcaps, on peut trouver en schématisant les biotechs, les services à la santé et les medtechs. Nous n’investissons pas sur les premières, dont le comportement boursier est très difficile à appréhender. Pour les medtechs, nous intervenons, mais à dose « homéopathique ». En revanche pour les services, notre investissement est beaucoup plus dynamique. A titre d’exemple, dans les principales pondérations, nous trouvons Bastide Le Confort, Vétoquinol, ou encore Valneva.

Dans ce segment de marché, les micro et smallcaps, il faut savoir qu’il y a beaucoup de dossiers illiquides et/ou de mauvaise qualité. Il faut donc être ultra-sélectif dans les choix d’investissement. Il s’agit d’un véritable travail d’orfèvre. Une fois la ligne construite, du fait du manque de liquidité, nous sommes obligés de rester dessus. La stratégie qui s’impose est donc celle du Buy & Hold. Une fois que 30 ou 60 lignes sont présentes en portefeuille, le travail va constituer à alléger progressivement les dossiers qui paraissent complètement valorisés. A l’inverse, il faut acheter les dossiers sous-valorisés, ou qui nous paraissent comme tels, ainsi que les thématiques nouvelles en privilégiant toujours les tendances de long terme.

FW : En qualité de gérant, comment avez-vous traversé la crise boursière de mars, dont le mouvement de capitulation a fini par tout emporter, tous secteurs et tailles de capitalisation confondus ? Quels sont les sentiments qui dominent lors des différentes phases de marché, en mars notamment ?

PS: Du début d’année jusqu’au 21 février, nos investissements en petites capitalisations se portaient bien. Puis lorsque les premiers cas d’infections au COVID-19 ont été révélés chez nos voisins italiens, le repli s’est engagé puis s’est accéléré sur les marchés, repli qui a tourné à l’abdication puis à la capitulation (16 mars). Sur ACTYS 1, nous avions alors une part en cash qui était importante (15%), ce qui nous a mécaniquement permis de surperformer dans cette phase de marché. Par la suite, entre la mi-mars et la fin du mois d’avril, nous avons réinvesti plus de 1 Million d’euros (soit 5% du fonds), avec notamment le renforcement de quatre lignes, qui sont LA FRANCAISE DE L’ENERGIE, CATANA, EASYVISTA, et EKINOPS.

Au plus fort du krach, la psychologie de marché, en l’occurrence la panique, affecte naturellement notre moral. D’autant que nous ne pouvons qu’être spectateurs, sur un certain nombre de séances de mobilisation massive des vendeurs. Nous avons toutefois entendu le discours volontariste des autorités monétaires et des différents gouvernements pour relancer au plus vite l’économie, ce qui nous a incités à profiter de la baisse des marchés pour investir.

FW : Pouvez-vous donner un exemple-type de valeur qui a permis à ACTYS 1 de surperformer ses indices de référence depuis le début de l’année ? Ainsi que d’autres dossiers sur lesquels votre conviction est forte ?

PS: Le succès, dans cette stratégie Buy & Hold, passe par la capacité à avoir en portefeuille quelques dossiers qui soit « moteur », et qui génère l’essentiel de la performance. C’est toute la difficulté de gestion de ce type de fonds, mais c’est ce qui en fait tout l’intérêt. Chaque année, nous nous devons de détenir des valeurs qui explosent à la hausse.

Sur le cru 2020, citons MCPHY (pionnier de l’hydrogène au service de la transition énergétique), valeur qui jusqu’alors végétait, avait du mal à décoller. Nous avions pourtant des convictions fortes sur le titre. Avec l’ambition affichée des principales puissances économiques dans la technologie de l’hydrogène, MCPHY, un des rares titres de la cote parisienne clairement positionné sur cette source d’énergie zéro carbone, a bénéficié d’un afflux massif d’investisseurs. Le titre a pris près de 550% depuis le 1er janvier.

Citons quelques autres exemples de valeurs : le spécialiste de la sécurité informatique VERIMATRIX (ex INSIDE SECURE), BASTIDE LE CONFORT sur la thématique des services de santé, VALNEVA (spécialisée en vaccins du voyageur), CLARANOVA (groupe technologie spécialiste du Web-to-Print), et WALLSTREET ONLINE (informations boursières et plate-forme de trading) pour jouer l’effet de l’afflux de nouveaux investisseurs particuliers en Bourse.

Pour en savoir plus sur le fonds ACTYS 1, rendez-vous sur EURONEXT FUNDS360

 

Propos recueillis par Alexandre TIXIER

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