Dans un contexte de marché marqué à l’heure actuelle du sceau de l’incertitude, le retour de la question du blanchiment d’argent par quelques grandes banques internationales a pesé sur la tenue des indices boursiers. Quittons les contingences pour s’intéresser aux tendances. Dans un environnement qui change, faut-il privilégier le regard optimiste ou se replier sur une attitude plus pessimiste. Si on fait l’effort de comprendre ce qui bouge et si on a assez confiance dans ce qu’on comprend, alors il vaut mieux voir la « bouteille à moitié pleine » !

La journée d’hier fût bien tristounette sur les marchés de capitaux. Les bourses européennes ont glissé autour de 3,5% et aux Etats-Unis le S&P 500 s’est redressé en fin de séance pour in fine ne perdre que 1,2%. Les raisons ? La combinaison, qui commence à être habituelle, de l’épidémie de COVID qui ne reflue pas, de perspectives économiques incertaines et d’initiatives de  politique économique à la fois attendues et reçues avec une certaine réserve ; auxquelles s’est ajoutée ce rapport du consortium international de journalistes d’investigation sur des opérations de blanchiment d’argent par un certain nombre de grandes banques internationales. Les montants en jeu, sur la période 1999 – 2017 atteindraient 2000 milliards de dollars, dont 1300 milliards pour Deutsche Bank et 514 milliards pour JP Morgan. Si les sommes paraissent énormes, elles ne représenteraient que 0,02% des transactions sur lesquelles le Financial Crime Enforcement Network (FinCEN) du département américain du Trésor se serait penché entre 2011 et 2017 (y a-t-il un problème de concordance des temps ?). Face à la fois à l’importance des capitaux engagés et à la petitesse de l’échantillon, la suspicion se porte sur le secteur bancaire. 

Quittons ces contingences, aussi marquantes puissent-elles être, et intéressons-nous aux tendances. On sait que le niveau de l’activité économique mondiale était en avril dernier de 20% inférieur à celui d’avant le développement de l’épidémie de COVID-19. Il devrait ne l’être plus que de 7% à la fin septembre. Que va-t-il se passer par la suite ? Le consensus est en faveur d’un rattrapage vers le début de 2022. Les économistes se prononcent moins sur le moment de repositionnement de la croissance sur la tendance qui prévalait avant la crise sanitaire. Combien de temps cela va-t-il prendre pour combler ce retard de croissance ? On sait qu’il est difficile de répondre, tant les dynamiques sectorielles repérées sont plus facile à présenter en termes qualitatifs qu’à jauger de façon plus quantitative. Il n’est pas certain que certaines activités de service retrouvent le tempo d’avant le coronavirus. On pense au commerce de détail traditionnel, au tourisme, à l’hôtellerie – restauration ou à l’immobilier de bureau. Bien sûr, d’autres branches vont connaître un développement plus marqué qu’auparavant. On pense à celles liées à l’environnement ou au digital, voire à la santé. Mais quelle synthèse peut-on proposer ? En sachant aussi que ce changement de lignes de force impactera différemment les pays, selon les spécialisations initiales et l’habilité des initiatives prises, qu’elles soient de politique économique ou qu’elles apparaissent dans la sphère privée, marchande ou non.

Alors, doit-on plutôt pencher du côté optimiste ou pessimiste ? Notons, en « regardant un peu par-dessus l’épaule » de Mohamed El-Erian (Cf. Project Syndicate, 15 septembre 2020), un certain nombre d’évolutions comportementales. Elles inciteraient à voir la « bouteille à moitié pleine » ; si tant est que le volontarisme reste d’actualité.

  • L’accélération du rythme de la recherche et la prise de conscience de la nécessité de davantage de coopération (privé – privé ou privé – public et souvent transnationale).
  • L’exploration de nouvelles sources d’informations, pour élargir le champ de l’information et accélérer le processus de compréhension de ce qui se passe.
  • Une meilleure prise en compte des « queues de distribution » et donc des risques extrêmes ; l’analyse avec des scénarios différenciés prend plus d’importance.
  • Dans un environnement compliqué, avec la place qu’il faut donc faire à l’inattendu, gérer et décider doit associer plus de regards ; il apparaît un besoin de mieux associer toutes les « parties prenantes » au double processus de gestion et de décision. 

Si ces changements sont appelés à s’inscrire dans la durée (il est trop tôt pour le dire), alors un certain nombre d’attitudes vont changer ; du genre « tout pour le vainqueur », « le marché a toujours raison » ou « There Is No Alternative ». Avec au final, comme on le voit depuis trop longtemps, plus de dettes, plus d’inégalités et une situation environnementale dégradée. Il est assurément compliqué de déjà percevoir comment ces modifications de comportement tracent leur chemin dans la gouvernance et le management des entreprises. On le perçoit mieux pour ce qui est de la politique économique. En la matière, deux changements sont probablement déjà en cours.

Premièrement, et c’est visible en Europe, le regard sur la dette publique change. Cela part d’une nécessaire distinction entre soutien et relance. Les initiatives de soutien, certes, accroissant l’endettement. Mais ne pas les prendre reviendrait à détruire une partie des capacités d’offre, à réduire le rythme de la croissance potentielle et à rendre moins supportable la dette préalablement accumulée. A ce titre, mais pas seulement à celui-ci, la politique de relance s’impose. Son ambition est de positionner à un niveau plus élevé cette croissance potentielle. Les emprunts, nécessaires au financement des investissements d’avenir devant générer un tempo d’activité plus élevé, y trouveraient la source de leur remboursement. Reste évidemment à ce que l’argent rendu disponible (le plan de relance de Bruxelles, par exemple) aille au « bon endroit » et que tout le monde « joue le jeu » sans tricher.

Deuxièmement, la politique monétaire, même si c’est de façon graduelle, voire un peu « cachée », élargit le champ des objectifs à retenir par les banques centrales. Ainsi les changements climatiques devraient être intégrés à la revue stratégique du cadre de la politique monétaire de la BCE.  De l’autre côté de l’Atlantique, la revue stratégique, dont les résultats ont été présentés le mois dernier, intègre la question des inégalités. Certains diront que ce n’est que de façon indirecte, mais néanmoins …. La recherche d’un taux d’occupation maximum, avec comme corollaire un taux de chômage potentiellement ultra-bas, n’a pas comme unique objectif de « réveiller » une inflation trop faible.  Elle ambitionne d’améliorer le revenu des plus modestes d’entre les Américains.

Le monde et les temps changent ; et avec elles progressivement les régulations publiques et privées. N’extrapolons pas de façon systématique les attitudes d’hier. Cela serait alors de plus en plus le temps passant au risque de se tromper !

Finissons en évoquant les votes d’hier en Italie. La conclusion à en tirer est probablement double : la réduction du nombre de parlementaires réduit le risque d’une élection générale anticipée et le gouvernement de coalition, centré sur le mouvement 5 Etoiles et le Parti démocrate, devrait se maintenir. Ce qui ne signifie pas une absence de frictions entre les partenaires !



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