Quand on regarde l’économie américaine, un contraste apparaît : le couple formé des profits des entreprises et de l’investissement paraît plus solide que celui qui unit l’emploi et la consommation. Ce signe de faiblesse possible de la conjoncture ne peut qu’être accentué par la recrudescence de l’épidémie. De quoi inciter la Fed à annoncer de nouvelles mesures à la mi-décembre ? Probablement oui, mais plutôt a minima qu’à « grande échelle ». L’ambition d’intégrer davantage l’Europe est-elle mise à mal de toutes parts : le militaire après l’économique ? Les débats sont compliqués et les ambitions des uns et des autres, pas totalement alignées ; c’est vrai. Mais l’Europe de la défense avance ; un bon signal pour l’économie !

Faisons un double point sur la dynamique de l’économie américaine au début du quatrième trimestre et sur les évolutions à attendre de la politique monétaire. Côté conjoncture, disons trois choses :

  • l’investissement, qu’il s’agisse du résidentiel ou de celui des entreprises, se porte bien; c’est le message envoyé ainsi par les commandes de biens d’équipement ou par les mises en chantier et les ventes de logements ; en plus de la recherche d’opportunité offerte par le bas niveau des taux d’intérêt, n’y a-t-il pas ici le signe d’une confiance par rapport à l’avenir ?

  • on sent davantage de faiblesse pour ce qui est de l’emploi et du revenu des ménages. Le nombre de nouveaux chômeurs indemnisés a augmenté au 21 novembre pour la deuxième semaine consécutive et en octobre le revenu disponible a reculé de 0,8% ; bien sûr, la baisse du taux d’épargne sert de tampon et permet à la consommation de toujours bien se comporter ; mais attention aux conséquences sur celui-ci d’un marché du travail moins bien orienté ;

  • notons la confirmation par la macroéconomie (les comptes nationaux) de la bonne saison de résultats des entreprises que fût le troisième trimestre.

On le comprend ; le profil de la croissance américaine au cours des prochains mois va dépendre d’abord de l’évolution de l’épidémie et des implications en termes de plus ou moins grande restriction à la mobilité et ensuite de l’orientation du marché du travail et de ses implications sur la confiance des ménages. En sachant que le joker, si tant est qu’il y en ait un, serait à rechercher du côté de la politique économique.

Parlons donc de politique monétaire. Que nous apprennent les minutes, publiées hier, du comité de politique monétaire tenu les 4 et 5 novembre dernier ? Le point central du débat a concerné les achats d’actifs : le calibrage (montant, calendrier et maturité des titres introduits en portefeuille) et le guidage (guidance) à proposer. Il faut probablement comprendre que la Fed annoncerait qu’elle relie d’éventuelles modifications de calibrage à des changements dans l’environnement économique. Ceux-ci seraient détaillés.

Fort de ces quelques indications, que pourraient décider les banquiers centraux quand ils se réuniront à nouveau les 15 et 16  décembre prochains ? Sans doute doit-on en préalable introduire un élément important du débat, à savoir l’évolution de l’économie depuis le début novembre. Comment ne pas noter une probable dégradation du fait de la montée de la deuxième vague épidémique, qui a induit des mesures de restriction aux déplacements dans différents endroits du pays, et aussi les débats infructueux en matière de relance budgétaire. Dans ces conditions, la Fed devrait se sentir tenu de proposer de nouvelles initiatives. Va-t-elle reconsidérer à la fois son calibrage et son guidage ? Je dirais oui, mais avec une version a minima pour cette première dimension ; à savoir un allongement des maturités.

On se souvient de la satisfaction ressentie en juillet dernier par le marché à l’annonce de l’accord, au sein du Conseil européen, pour lancer un important plan de relance, qui plus financé sur ressources propres. On sait hélas maintenant que celui-ci est pour le moment en jachère, bloqué par le refus des gouvernements hongrois et polonais de la contrainte imposé du « respect de l’Etat de droit » en préalable au déboursement des fonds européens à destination des pays-membres. L’espoir de franchir une marche à la hausse en matière d’intégration  est-il remis en cause ? Comme il est difficile de répondre. Disons trois choses, selon un ordre d’importance croissant.

Premièrement, il est probable que l’obstacle mis sur la route par Budapest et Varsovie, sera levé. L’axe formé entre les deux capitales sera rompu ; la Hongrie est probablement le maillon faible. La Pologne ne pourra à elle-seule empêcher le projet de passer. Deuxièmement, il faut garder à l’esprit l’« alignement de planètes » tout à fait exceptionnelle qui a facilité en juillet le compromis obtenu à Bruxelles : l’épidémie de coronavirus, la brutalité de Donald Trump et les manœuvres plus ou moins conjointes de la Chine et de la Russie ; sans oublier un environnement instable du côté de l’Asie centrale, du Moyen-Orient et de l’Afrique. Avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche et l’espoir d’un vaccin très bientôt disponible contre la COVID-19, le sentiment d’urgence s’est émoussé. Troisièmement, la capacité de l’Allemagne et de la France à former un pack européen, au sens rugbystique de l’expression, en matière de défense apparait brusquement comme pouvant être remise en cause. Que s’est-il passé ? Les faits, tels que relaté par la presse, sont les suivants. Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) ministre allemande de la défense, déclare que l’« autonomie stratégique » de l’Europe est une illusion. Ce à quoi le Président français répond, en affirmant son profond désaccord et en pointant  un contresens historique ; rien que ça !

Alors, incompréhension ou ambition d’aller de l’avant remisée une bonne fois pour toute ? Je plaiderais en faveur de la première explication. Il est évidemment très probable que cette vision partagée de la nécessité d’un plus grand effort de défense par l’Europe s’appuie sur un raisonnement différent de part et d’autre du Rhin : préparer l’UE pour le jour où  les Américains prendront leur distance, pour Paris et renforcer le pilier européen de l’OTAN afin de convaincre ces mêmes Américains de rester au sein de l’alliance, pour Berlin. Est-ce que cela empêche les deux partenaires de travailler ensemble pour intégrer plus avant l’Europe ? Non, même s’il ne faut pas cacher les différences d’appréciation qui peuvent contrarier à la fois le degré d’intégration à atteindre et les moyens nécessaires à mettre en place.



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