Quand tout est compliqué autour de nous et que l’écheveau des dynamiques en cours est difficile à démêler, porter le regard vers l’horizon est un moyen de repérer les lignes de force de l’environnement économique, financier, social et politique de demain. Des transformations, parfois considérables, paraissent se dessiner. L’investisseur doit s’y intéresser ; simplement pour se préparer.

Comment l’épidémie de coronavirus va-t-elle transformer l’environnement économique ? On ne sait évidemment pas bien répondre à cette question. On peut néanmoins s’appuyer sur deux observations. D’abord, les historiens nous disent que les guerres et les épidémies sont souvent des vecteurs de changement au sein des Sociétés. Ensuite, comment ne pas remarquer qu’au cours du confinement les comportements et les regards sur l’environnement personnel et collectif ont évolué ?

Les Rencontres Economiques Aix en Seine se sont déroulées en fin de semaine dernière, non dans la ville provençale, mais grâce aux moyens modernes de communication. D’où sans doute ce nom bizarre qui évoque une décentralisation translatée et, par-delà, re-centralisée ! C’est dans ce cadre que  la société de Conseil, PWC, a présenté une intéressante synthèse sur notre environnement demain, tel qu’on peut l’appréhender dans le cas français en écoutant un certain nombre de leaders d’opinion, issus des milieux économique, social ou intellectuel. L’approche donne une série de repères. Ils pourront être utiles à l’investisseur.

Le point de départ est un double sentiment de brutalité dans le déroulé de la crise et d’instabilité tant qu’un vaccin contre le COVID-19 n’aura pas été trouvé. Il en résulte des craintes quant à d’éventuelles conséquences sociales et politiques que le pays aurait du mal à supporter. Il ressort de ces regards une sorte de hiérarchie : l’humain avant l’économie. Opérationnellement, cela veut dire se mobiliser pour éviter les faillites, les conflits sociaux et plus généralement les fractures au sein de la Société. Une écoute et un dialogue entre toutes les parties concernées s’imposent.

La préparation de ce monde d’après s’organise autour de quatre axes.

  • 1- Le retour au « local », dicté par une nécessaire reprise de souveraineté et par l’aspiration à se procurer des biens de consommation en circuit court. Pourtant, la relocalisation apparaît comme une illusion. Comment concilier coûts sans doute plus élevés et contraintes de pouvoir d’achat et comment éviter les dérives nationaliste et protectionniste ?
  • 2- La transformation digitale de l’économie s’impose; au risque sinon pour les entreprises, qui ne s’inscriraient pas dans ce mouvement, de disparaitre. Mais quid de la souveraineté numérique, du risque de cyber-attaques, du respect des libertés publiques, de la perspective de disparition de nombreux métiers et de la « fracture » numérique.
  • 3- Le besoin de protection sanitaire sortira réévalué de la crise en cours. Améliorer le système hospitalier et réduire la dépendance de l’industrie de la santé aux inputs venant de très loin là-bas s’imposent. L’effet sur la croissance économique sera positif ; mais comment assurer le financement de ces transformations ?
  • 4- Un retour vers l’essentiel, qu’il s’agisse des valeurs ou des comportements économiques. Vers un recentrage sur les besoins essentiels (dont l’alimentation, l’habitat, l’éducation et l’énergie) et une aspiration à un modèle plus solidaire ?

Ces lignes de force s’imposeront aux entreprises. Leur utilité sociétale sera questionnée. Créer de la valeur pour l’actionnaire ne suffira plus. Il deviendra nécessaire d’intégrer un partage de la valeur-ajoutée différent (prendre en compte toutes les partie-prenantes à l’activité productive et toutes les implications de celle-ci aujourd’hui et demain) et de se montrer soucieux du devenir des collaborateurs, surtout en période de crise. Un profond travail de transformation s’imposera le plus souvent. Lé résilience sera au bout d’un chemin dont les étapes principales seront assurer la solvabilité, s’extraire du court terme et se réorganiser en faisant la part belle au télétravail.

Quid alors de l’environnement des entreprises ? Trois vœux sont faits.

  • 1- Un Etat plus efficace, avec sans doute une décentralisation poussée plus avant, Dans tous les cas, la crise interroge son rôle dans la Société demain.
  • 2- Une Europe qui monte en maturité, avec une capacité à la fois à s’opposer à la Chine et aux Etats-Unis et à éviter la dérive protectionniste (une souveraineté davantage partagée entre pays-membres de l’UE que centrée sur l’Etat-Nation).
  • 3- Un système financier qui doit être centré sur son rôle, tout aussi essentiel que quotidien, au servie de l’économie réelle. Si maintenir sa stabilité est nécessaire, ce qui peut impliquer une vigilance par rapport aux activités spéculatives, il doit être en mesure de jouer un rôle majeur dans l’investissement de l’après-crise.

Il me semble que ce rapport de PWC est une pierre de plus sur le chemin qui mène à une meilleure compréhension du monde de demain. L’accent est ici mis avant tout sur les acteurs de l’économie, leurs attentes et les évolutions de leurs comportements. On le sent ; pour que tout s’enclenche de la façon la plus harmonieuse, un point de départ, proche d’un état de confiance des uns envers les autres, serait un facilitateurCar il y aura beaucoup de compromis à passer. Certains pays sont mieux préparés que d’autres. En Europe, l’Allemagne probablement plus que la France. L’extrême polarisation politique et sociale aux Etats-Unis ne rendra pas la démarche facile. Face à cette introspection des démocraties libérales, qui dans un premier temps peut affaiblir l’efficacité économique, les régimes autoritaires (avant tout la Chine) auront comme ambition de pousser leur avantage.

Quittons cette géographie économique pour revenir au jeu d’acteurs et plus spécialement au partage de la richesse crééeIl se pourrait bien que les entreprises, singulièrement les plus grandes et donc leurs actionnaires, aient davantage a contribué au financement d’une société plus harmonieuse. De nouveaux équilibres macroéconomiques et macro-financiers pourraient en résulter. Au point de réveiller l’inflation ? Peut-être. Finissons en disant deux mots de l’« idéologie dominante » et de la régulation qui en découle. L’ère Thatcher – Reagan pourrait toucher à sa fin. Les marchés de capitaux en ont bien profité. L’indice MSCI monde total return a été multiplié par plus de 40 depuis l’arrivée de la première au 10 downing street en mai 1979. Fera-t-on aussi bien au cours des quarante prochaines années ?



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