Les prix du pétrole sont inhabituellement stables depuis quelques mois, il semble aussi qu’un prix d’équilibre à long terme plafond de plus en plus bas apparaisse pour le pétrole. C’est aujourd‘hui le D-day auto-imposé par le Royaume-Unis pour la fin des négociations sur le Brexit, date qui sera repoussée ; on s’achemine vers un accord à géométrie variable. D’après le FMI le stock de dette souveraine atteindra un très haut niveau, la répression financière est donc là pour longtemps.

Point de marché : le pétrole entre crise coronavirus et ajustement structurel

Les cours du pétrole semblent s’être stabilisés depuis juin. Le Brent par exemple yoyote dans une fourchette étroite de 40-45 dollars. Une ampleur inhabituellement faible sur une période de plus de quatre mois. Oublié donc l’effondrement des prix au pire de la crise et l’épisode rocambolesque des cours du WTI temporairement négatifs.

Toutefois ce calme apparent cache un changement des évolutions de fond beaucoup plus importantes. Le graphique ci-dessous montre que les contrats futurs à 5 ans sur le Brent ont lentement mais surement baissés depuis 2015. Ils étaient même au-dessus de 100 il y a dix ans à la sortie de la grande récession, ils sont passés sous les 50 dollars ces dernières semaine. Il faut voir ces chiffres comme une mesure du prix d’équilibre de long terme du pétrole.

Prix du Brent

Pourquoi cette baisse ? Elle a beaucoup été attribuée à l’exploitation du gaz et pétrole de schiste qui permettait non seulement d’exploiter des ressources à des prix de l’ordre de 40-50 dollars, mais aussi qui permettait d’avoir une offre beaucoup plus flexible à court terme.

Cet argument, s’il a une pertinence indiscutable, est de plus en plus difficile à tenir. D’une part un cours d’équilibre en dessous de 50 dollars mettrait très sérieusement en danger la rentabilité d’un bon nombre d’exploitations dans le bassin Permien au Texas et au Nouveau-Mexique qui a représenté jusqu’à près de la moitié (46 %) de la production totale de pétrole de schiste aux États-Unis.

Autre sujet, les faillites dans le secteur pétrolier ont rebondi. D’après le cabinet d’avocats spécialisés Haynes & Boone, le montant des faillites s’est élevée à 53 milliards au troisième trimestre de cette année, deuxième pire trimestre depuis que les statistiques existent. Si en 2016, date du pire trimestre, les faillites étaient dues à un faible niveau des cours, on pouvait s’attendre à un rebond avec un prix du Brent attendu à plus de 60 dollars à terme. Dans le cas actuel, avec donc une tendance sous les 50 dollars à long terme, l’histoire est beaucoup plus difficile à raconter.

Montant annuel des faillites dans le secteur pétrolier

L’argument d’une offre pléthorique est donc beaucoup moins convaincant. Il y a peut-être un autre argument tout aussi important qui met un plafond aux prix du pétrole. Le graphique ci-dessous montre le coût de production de l’énergie solaire. La baisse des coûts a été impressionnante même récemment : une baisse de 41% sur les 5 dernières années ou de 84% sur la dernière décennie. La tendance est similaire pour l’éolien : d’après le Department of Energy, le coût de l’éolien aux Etats-Unis est inférieur à celui du gaz. Il existe donc de plus en plus une alternative économiquement viable au pétrole et cela constitue le plafond pour les prix pétroliers. Un plafond d’ailleurs qui baisse régulièrement.

Electricité solaire : coût et volumes installés

Brexit : D-Day

On y est ! C’est aujourd’hui la date limite, auto-imposée par le Royaume-Uni, pour finaliser les discussions sur le Brexit. En revanche, sur l’accord, on n’y est pas du tout ! Et la date limite va être repoussée ; Boris en a parlé et les négociations vont donc se prolonger. La livre sterling s’est d’ailleurs appréciée sur la nouvelle à 0,903 contre euro ce matin, un niveau qu’elle n’avait pas vu depuis un mois.

On s’achemine tout droit vers un accord « à géométrie variable » ou « à minima », où la Grande-Bretagne sortirait avec un accord sur certains secteurs alors que d’autres feraient l’objet d’une sortie non négociée. Une solution quelque part entre le « hard Brexit » et la sortie avec un accord en bon et due forme.

A lire sur le sujet une étude très complète de la BCE qui vient de sortir. « A review of economic analyses on the potential impact of Brexit ».

En particulier, le papier contient le tableau suivant qui résume les études principales sur le coût économique du Brexit.

Effets de long terme de divers scénarios sur le Brexit

Il y a plusieurs conclusions à tirer de ces travaux :

  • L’impact sur le RU est considérablement plus important que sur l’Union Européenne.
  • La variation des estimations est très large car elle liée à un nombre de variables, notamment politiques.
  • La variation des estimations est aussi, et surtout, liée au degré de sortie. Plus la sortie est négociée, moins elle est douloureuse, plus on se rapproche du « hard Brexit », plus les effets sont disruptifs.

La dette mondiale au plus haut

D’après le dernier Fiscal Monitor du FMI, la dette souveraine mondiale atteindrait 124,7% du PIB l’année prochaine. Il faut remonter à 1946, la sortie de la guerre pour voir des niveaux similaires.

Tout comme à l’époque, il semble qu’on s’achemine à grand pas vers une solution où les taux restent artificiellement bas ce qui permet non seulement d’assurer la soutenabilité de la dette mais aussi de l’éroder graduellement.

Le problème n’est alors pas celui de la soutenabilité de la dette mais celui de la « répression financière », le fait que les investisseurs se retrouvent confrontés à des rendements insuffisants pour protéger leur épargne. C’est de facto une taxe implicite sur l’épargnant. Et c’est certainement la solution la moins douloureuse pour gérer cette sortie de crise.

Volume d'emprunts souverains à taux négatif en milliards de dollars



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