Le marché broie du noir ; la crise sanitaire se développe inexorablement et les réponses apportées par les politiques publiques sont, peut-être pas insuffisantes, mais pas toujours adaptées. Avec en plus l’impression que la soutenabilité des dettes publiques pourrait être questionnée par l’ampleur des mesures budgétaires à forcément prendre. Attention à l’excès de pessimisme ; il n’est pas toujours bon conseiller.

Le marché n’a pas salué les mesures d’urgence prises par la Fed durant le dernier week-end. Ainsi, aux Etats-Unis, l’indice S&P 500 de la bourse de New York a reculé de 12% au cours de la séance d’hier et le taux à 10 ans a regagné la moitié de la baisse enregistrée dans le sillage de la décision de réduire de 1% plein le taux directeur : 0,97% vendredi soir, 0,64% lundi à l’ouverture et 0,77% ce matin. Le tout dans un contexte de volatilité élevée, voire très élevée.

Alors que se passe-t-il, ou, pour mieux dire, comment comprendre la psychologie actuelle des professionnels de marché ? J’ai l’impression qu’elle trouve son origine dans un double scepticisme : sur la situation sanitaire et sur la politique économique. Commençons par le regard jeté sur la crise mondiale du coronavirus. Investisseurs et opérateurs semblent s’arrêter au constat de la montée en puissance des nouveaux cas en Europe et maintenant aux Etats-Unis. En faisant l’impasse, au moins dans une mesure importante, sur les messages porteurs de davantage d’espérance en provenance d’Asie, Chine comprise. Bien sûr, il est possible de pointer une moindre discipline dans les sociétés occidentales que dans les asiatiques ou de craindre une mutation du virus. Pourtant, le suivi semaine après semaine du développement de la maladie tend à montrer qu’après quatre semaines d’accélération, le ralentissement s’enclenche. Ce fût le déroulé en Chine et ce fût même un peu plus court dans le reste de l’Asie. Doit-on rejeter l’hypothèse que le déroulé puisse être similaire sur l’axe Atlantique ? La charge de la preuve est-elle chez les optimistes ou chez les pessimistes ? On pourrait avoir envie de dire que les récentes décisions prises par moult gouvernements de restreindre les déplacements et les réunions renforcent (ou finiront par renforcer) le camp des premiers.

Passons à la politique économique. Le marché paraît envoyer un double message : l’arme monétaire n’est pas complétement l’instrument adapté au moment actuel de la crise et les initiatives budgétaires sont à la fois difficiles à suivre et porteuses d’un questionnement sur la soutenabilité des dettes publiques. Essayons d’approfondir ces points.

Pourquoi le marché ne salue-t-il pas davantage l’action des banques centrales ? Disons deux choses en la matière. D’abord, la baisse des taux d’intérêt, moyen conventionnel de la politique monétaire s’il en est, ne serait pas la mieux adaptée au moment présent du déroulé économique en cours. Il vaut mieux de façon prioritaire gérer le choc d’offre que préparer les conditions de sortie de la période de « basses eaux » conjoncturelles en dynamisant dès maintenant la demande. Ensuite, et en revanche, il est nécessaire d’assurer l’accès des banques commerciales à la liquidité la plus large et de prévenir le risque de disfonctionnement sur les marchés financiers ; mais n’est-ce pas évident ?

Passons à la politique budgétaire. Beaucoup de « gros » chiffres circulent : par exemple 500 milliards d’euros en Allemagne et possiblement 300 milliards en France. Mais comment faire la distinction entre les garanties offertes aux établissements de crédit, les reports de paiement des impôts et des cotisations sociales et les mesures de soutien à la demande ?

Si on suit une compilation de chiffres, proposée par les équipes de recherche de la banque JP Morgan, l’effort de relance budgétaire au moment d’une récession est de l’ordre de 1 à 2 points de PIB. L’ordre de grandeur serait aujourd’hui respecté en Asie ; ailleurs on serait plutôt autour de 0,5 point de PIB. La vision est-elle trop pessimiste ? Peut-être ou tout au moins incomplète, tant les choses changent vite à l’heure actuelle. Il n’en demeure pas moins qu’une impression de manque de clarté sur un sujet essentiel demeure. Il faut remédier à cela.

Quid du questionnement, qu’on voit poindre, sur le niveau au sortir de la crise sanitaire des dettes publiques ? Il faudrait pouvoir calibrer l’ampleur et la durée du choc de croissance. En intégrant le point que plus la réponse sanitaire et économique sera forte et volontaire, plus vite la crise devrait être mise derrière rapidement. Et c’est bien comme cela que les choses devraient se passer. Au final, les soldes publics vont se dégrader. De combien ? De quelques points de PIB si la reprise intervient à l’été (disons autour de 3 points en première et maladroite première analyse). Si, par la suite, l’activité se repositionne sur le sentier de croissance d’avant crise, la soutenabilité des dettes publiques ne devrait pas être remise en cause. En n’oubliant pas que l’augmentation des programmes de Quantitative Easing participe d’une hausse de la demande de titres d’Etat au moment même où l’offre augmente. N’est-ce pas bien fait !



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