Les marchés pris dans la tenaille de l’Omicron et d’une moindre liquidité

Le dernier rapport sur l’emploi américain pour le mois de novembre à encore apporté un peu de trouble sur les marchés. En effet, les créations d’emplois ont été bien inférieures aux attentes. L’enquête auprès des entreprises a montré que 210 000 emplois avaient été créés contre 550 000 attendus par le consensus. Le chiffre absolu, même s’il est le plus faible depuis de l’année, est toute de même très important.

Pour rendre la lecture de l’état du marché de l’emploi encore plus difficile, l’enquête auprès des ménages, a indiqué que le taux de chômage était passé à 4,2%, soit le plus bas niveau depuis la reprise et à seulement 0,8 point du plus bas historique atteint en 2019, avant l’apparition du Covid-19. L’indicateur de chômage étendu, c’est-à-dire intégrant les individus faiblement attachés au marché du travail a aussi reculé. Cette dynamique semble conforter l’idée que le plein-emploi, mesuré par le taux de chômage, serait atteinte en 2022, dans l’hypothèse, qui est la nôtre, de poursuite de la croissance.

Etats-Unis : le taux de chômage à moins d'un point du niveau d'avant crise. Le plein emploi dès 2022

Évidemment, des questions se posent sur les messages différents de ces deux enquêtes. En fait, depuis le début de cette crise, nous avons des différences considérables. Les statisticiens ont eu du mal, et on le comprend, à mener certaines enquêtes soit auprès des entreprises ou des ménages ou moment le plus difficile de la crise sanitaire. Néanmoins, il est troublant de voir toujours ces difficultés persister.

Etats-Unis : les effets de la crise ont introduit des fortes différences entre les enquêtes sur le marché du travail

Il faut néanmoins retenir que sur les derniers mois, les révisons à la hausse, et souvent substantielles, des chiffres de créations d’emplois obtenus auprès des entreprises a été la règle sur les derniers mois. Tout porte à croire que le chiffre sera donc révisé à la hausse. Aussi, le chiffre de l’enquête auprès des ménages n’est jamais révisé. L’enquête mensuelle auprès des ménages est définitive.

Le chiffre des créations d’emplois obtenu auprès des entreprises reflète en partie la persistance de la difficulté des secteurs des loisirs et de la restauration de rebondir. Or, c’est sûrement là où le potentiel de créations d’emplois est l’un des plus importants. Le déficit par rapport à la situation d’avant-crise reste considérable. Ainsi, ce secteur n’aurait créé que 23 000 emplois en novembre. Soit, depuis la forte montée cet été des contagions, qui a perturbé l’activité notamment dans la restauration, on a l’impression que le secteur a du mal à retrouver une activité plus normale. On devrait s’attendre à ce que ce secteur voit une accélération dans les mois à venir, avec l’hypothèse, que certains trouveront forte, que la situation sanitaire est contrôlé reste contrôlée par les vaccinations.

Etats-Unis : l'emploi dans la restauration et l'hébergement semble ne plus rebondir dans l'enquête auprès des entreprises

Malgré l’image d’un marché du travail qui se porte très bien, même si les créations d’emplois semblent avoir été moins fortes qu’attendus, reste la question difficile de la difficulté de retrouver le même niveau d’emploi d’avant crise. En effet, le taux de participation au marché du travail des personnes en âge de travailler a du mal à rebondir. Malgré un léger bond à 61,8%, soit le plus haut niveau depuis la reprise, il reste non-seulement en dessous de celui atteint en 2019, qui était légèrement supérieur à 63%, mais reste parmi les plus bas du siècle en dehors évidemment du taux atteint en 2020 à l’arrivée du Covid.

Ce faible taux de participation touche presque toutes les catégories d’âge, mais particulièrement les plus âgés. Outre des explications très conjoncturelles, liées à la crainte de certaines personnes de revenir sur le marché du travail vu la persistance de la circulation du virus, on a constaté des départs à la retraite bien plus importants sur cette période que les évolutions démographiques pourraient le laisser anticiper.

Etats-Unis : le taux de participation reste plus faible qu'avant la crise, notamment chez plus âgés

Il faudra attendre un certain temps pour vraiment savoir si nous sommes en présence d’un changement durable. Aussi, on verra aussi si les mesures que veut adopter l’administration américaine sur la garde d’enfants auraient des effets importants sur le taux de participation.

Quoi qu’il en soit, si le taux de participation reste durablement plus faible, nous pourrions rencontrer des tensions sur les salaires plus durables qu’anticipé, à moins de retrouver des taux de productivité plus élevés. Compliquant potentiellement encore le travail de la Fed, dans son intention de bien ancrer les anticipations d’inflation.

De fait, et rejoignant d’autres indicateurs, les hausses des salaires restent dynamiques, même si sur le dernier mois, on a perçu un léger tassement. Mais au total, le rythme de hausse des salaires reste une des plus fortes que nous ayons connu sur les 20 dernières années.

Etats-Unis : les salaires progressent encore rapidement

Corroborant l’idée que le marché du travail aux Etats-Unis reste robuste, l’indicateur ISM pour les services, soit le secteur le plus important de l’économie est ressorti extrêmement fort en décembre. En fait, il a de nouveau atteint un plus haut historique (il date de 1997). Le rebond anticipé, après le trou d’air de l’été, semble bien se confirmer.

Etats-Unis : le rebond de l'activité, notamment des services se confirme en novembre

En fait même avant le chiffre de l’emploi et de l’ISM des services, la projection du PIB pour le 4T21 par le modèle de la Fed d’Atlanta qui essaie d’intégrer toutes les données conjoncturelles qui sortent, se situe à plus de 9% pour le trimestre en rythme annualisé.

Certes, il faut rester prudent sur la situation sanitaire, mais il est tout de même très difficile de considérer à ce stade que la croissance de l’économie américaine est en danger.

C’’est pourtant bien ce que semble penser le marché. À moins que nous soyons confrontés à quelque chose de plus profond associé à ce contexte inédit d’abondance extraordinaire de liquidité.

Ainsi, au cours des derniers jours, nous avons eu des segments que la liquidité a nourris à la hausse fortement au cours de la dernière année, souffrir fortement, à la simple annonce de la possible accélération de la réduction des achats d’actifs de la Fed et aux anticipations de hausse des taux directeurs dès la mi-2022. Par exemple, les petites capitalisations américaines ont vu leur prix en bourse fortement chuter alors que les prix des crypto-monnaies, dont le bitcoin, connaissent une chute sévère dont elles ont le secret.

Cette forte sensibilité à la liquidité ne doit pas être prise à la légère, tellement l’expérimentation des banques centrales que nous connaissons depuis des années est considérable.

Devant les incertitudes liées au développements sanitaires, du moins à très court terme, et l’impact que pourrait représenter le changement de régime de liquidité, il nous semble que la prudence doit l’emporter. Néanmoins, nous restons confiants à plus moyen terme sur les perspectives de croissance qui devraient bénéficier aux actifs de qualité. Être sélectif et bien diversifié est primordial aujourd’hui.

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