L’inflation américaine surprend à la hausse…les taux d’intérêt baissent

Nous ne sommes pas à un paradoxe près dans cette période particulière de sortie de crise et où la politique économique exerce une influence considérable sur la formation des prix des actifs. Ainsi, aux Etats-Unis, la publication de chiffres d’inflation supérieurs aux attentes s’est traduite par une baisse des taux à moyen et long terme. Cette dynamique, quand on tente des décomposer les ressorts du recul des taux, on constate que celui-ci a été essentiellement le fait du taux réel, alors que les anticipations d’inflation remontaient.
Funds Watch

Sur les chiffres d’inflation, on a donc eu, comme attendu, une nouvelle accélération des prix en glissement annuel. Toutefois, celle-ci a été plus forte qu’anticipé à 5% contre 4,7% anticipé par le consensus. Evidemment les effets de base jouent un rôle important dans cette évolution. Néanmoins, les hausses des prix vont au-delà de ces effets de base. Les hausses les plus importantes touchent des secteurs qui subissent aujourd’hui des tensions fortes au niveau de l’offre, comme dans le secteur automobile, ce qui entraîne des hausses très conséquentes des prix des voitures neuves et d’occasion.  Un phénomène déjà constaté le moins dernier. Certaines de ces tensions devraient se dissiper avec le temps, même s’il est difficile de prévoir avec précision quand ces déséquilibres entre offre et demande vont s’atténuer. Ainsi, certaines de ces hausses peuvent surement être qualifiées de transitoires.

En même temps, nous voyons que même en excluant les évolutions extrêmes des prix, les hausses de prix se généralisent. Que ce soit en glissement mensuel ou annuel, les hausses des prix, en excluant les cas extrêmes, sont les plus élevées depuis 2008-2009, qui faisaient suite à la forte montée du prix du pétrole et sa diffusion dans la chaine de valeur. Evidemment, à l’époque, la forte récession qui a suivi a calmé très vite ces hausses des prix.

Etats-Unis : la hausse de l'inflation va-t-elle au-delà des effets de base ?

Néanmoins, aujourd’hui, la narration qui domine dans le marché et qui est soutenue par la Fed est que ces évolutions de prix ne sont que transitoires.  Beaucoup d’entre elles le sont. Les goulots d’étranglement sur les chaines de production devraient se résorber graduellement. Le timing est toutefois assez incertain.

Mais la vraie question est sur la stratégie de politique économique suivie en ce moment et les conséquences qu’elle peut avoir sur l’économie réelle et sur les équilibres financiers. En effet, la Fed revendique une nouvelle stratégie qui consiste à compenser la baisse de l’inflation passée, crée par la perte d’activité, par le maintien d’une inflation plus élevée dans la phase de reprise de l’économie. C’est l’idée de base de la « high pressure economy » (économie sous pression) qui vise à laisser l’économie atteindre une phase de surchauffe pendant une certaine période, provoquant donc une accélération de l’inflation, puis de freiner celle-ci graduellement en ajustant la politique monétaire, alors que les anticipation d’inflation seraient bien ancrées autour des objectif poursuivis par la banque centrale.  Cette approche n’a rien à avoir avec des tendances structurelles lourdes de l’économie, mais bien aux conséquences du pilotage du cycle économique, dont la politique monétaire en a la charge.

Ainsi, on peut soit être confiant et se dire qu’en grande partie la dynamique des prix actuelle n’est qu’un phénomène transitoire dû à des phénomènes qui n’ont rien à voir avec la politique économique.  Celle-ci peut donc se consacrer à rétablir au plus vite la situation du marché de l’emploi, en conservant une stimulation forte, sans trop s’inquiéter de l’évolution des prix.

De manière alternative, on peut tout de même s’interroger si le caractère extrême de cette stimulation peut se traduire par une accélération de l’inflation plus pérenne et bien au-dessus des objectifs de la banque centrale et qui exigera un ajustement bien plus fort de la politique monétaire dans l’avenir.

Aujourd’hui, il est évident que l’inquiétude n’est pas là. Les anticipations d’inflation, mesurées sur le marché obligataire restent relativement bien ancrées. En revanche, ces anticipations pourraient bien évoluer rapidement avec la poursuite des hausses des prix que nous constatons aujourd’hui qui pourraient bien se poursuivre sur plusieurs mois. Par ailleurs, nous verrons dans les mois à venir comment les anticipations des ménages sur l’inflation évoluent. Pour l’instant, les anticipations de ceux-ci à moyen terme restent plutôt contenues, même si elles sont en hausse.

Une rupture dans les anticipations d’inflation serait évidemment un danger. La Fed va continuer à surveiller avec acuité les anticipations.  Mais on peut imaginer que les banquiers centraux sont conscients que leur politique actuelle d’accommodation extrême comporte des risques.

Tout changement de « régime » dans les anticipations d’inflation, qui sont restées si contenues depuis si longtemps, ne se fera pas rapidement. Ce sont des phénomènes lents. Mais ce risque existe. A chacun d’en mettre la probabilité qu’il veut. Considérer que ce risque est nul paraît néanmoins erroné.

Outre les conséquences sur l’économie réelle, évidemment la situation actuelle a des conséquences sur les marchés financiers qui à leur tour peuvent venir amplifier les dynamiques en cours dans l’économie.

Ainsi, l’évolution des taux hier semble nous en donner la parfaite illustration. Les taux d’intérêt à long terme ont donc baissé alors que les anticipation d’inflation remontaient légèrement.  La raison, l’orientation de la politique monétaire. La baisse des taux réels a été remarquable.

Cette baisse ajoute davantage à la stimulation de l’activité économique et alimente la possible surchauffe de l’économie américaine.

Etats-Unis : la Fed contribue à la baisse du taux réel

En termes de stratégie d’investissement, il est évident que ceci vient alimenter la prise de risque et devrait donner un nouvel élan aux valeurs de croissance en poussant les valorisations encore plus haut. Ainsi, la prise de risque devrait s’en voir stimulée davantage.  L’ensemble des prix des actifs s’en trouve corrélée et rend difficile la diversification, ce qui requiert une plus grande sélectivité.

A terme, cette tendance peut s’avérer très déstabilisante pour l’économie en stimulant les excès par une sur abondance de liquidités dans une phase de rebond économique extrêmement fort, d’autant plus que le soutien de la politique budgétaire est toujours là même s’il se tarit graduellement outre-Atlantique.

Pour l’instant, la Fed tient la clé pour guider le marché. La semaine prochaine elle devra tenter d’expliquer son analyse des mouvements récents des taux et orienter le marché de ses intentions. Le maintien de son discours rassurant actuel, pourrait alimenter encore la prise de risque et la surchauffe de l’économie américaine.

Total
0
Shares