Politique(s) et inflation

Funds Watch
La livraison de février des prix à la consommation en Zone Euro est rassurante. Cela n’empêche pas le marché de maintenir une vigilance concernant le thème de l’inflation. Dans un environnement caractérisé par à la fois la perspective d’une amélioration à venir vite de la conjoncture et par l’affirmation de la poursuite d’un réglage volontariste de la politique économique, le marché se met à craindre des pressions haussières plus fortes sur les prix. Le point d’attention concerne les initiatives politiques de l’Administration Biden. Il ne faut toutefois pas confondre stratégie et communication politiques, comme il ne faut pas mélanger soutien et relance. La politique budgétaire américaine ne sera pas « irresponsable ». L’inflation resterait sous contrôle et dans ce cas la corrélation tendancielle positive entre taux longs et actions serait maintenue.

Penchons-nous une fois encore sur la question des prix. N’est-elle pas considérée comme clé par les marchés financiers à l’heure actuelle ? La livraison de février des prix à la consommation en Zone Euro, faite hier, envoie un message, certes sans surprise, mais rassurant. Le glissement de l’indice d’ensemble reste stable à +0,9% et celui de l’indice cœur se replie de +1,4% à +1,1%. Le prix de l’énergie continue de « faire des siennes » ; mais pour le reste, tout est assez sage. Remarquons aussi que l’inflation observée est revenue au niveau des anticipations exprimées par le marché. Ces dernières vont-elles se stabiliser où faut-il parier sur une poursuite de la hausse ?

Inflation en Zone Euro début 2021

Zone Euro ! quand la tendance des prix observés "rejoint" les anticipations inflationnistes de marché

La question est compliquée. Pour tenter d’y répondre, partons de ce constat. Dans un environnement caractérisé par à la fois la perspective d’une amélioration à venir vite de la conjoncture et par l’affirmation de la poursuite d’un réglage volontariste de la politique économique, le marché se met à craindre une accélération des prix. Ne serait-ce pas inévitable ? Pourquoi dynamiser davantage une économie, qui entame son processus de rattrapage du manque de croissance accumulée pendant l’épidémie de COVID ? Ne va-ton pas ainsi créer un déséquilibre dommageable entre une demande sur-sollicitée et une offre qui aurait alors du mal à s’adapter assez vite ?

Le « vers dans le fruit », si on ose utiliser une expression peut-être excessivement critique, est américain. Un plan de soutien de 900 milliards de dollars, voté en décembre dernier, suivi d’un autre, dont l’ambition affichée est qu’il atteigne 1900 milliards, à faire passer définitivement au Congrès dans les prochaines semaines ; tout ceci ne va-t-il pas « chauffer à blanc » l’économie et créer les conditions d’une plus forte dynamique des prix ?

C’est à ce niveau de l’analyse qu’il faut introduire la/le politique. Commençons par la politique, celle à destination du grand public et qui est pour beaucoup affaire de communication. Deux dimensions sont présentes chez Joe Biden : le « quoi qu’il en coute », en quelque sorte repris d’Emmanuel Macron et écho dans un autre champ de l’intervention publique du « whatever it takes »de Mario Draghi en 2012, et le « faire ce qu’on dit », comme marqueur de crédibilité. Migrons vers le politique, qui est toujours une quête de compromis à l’intérieur d’un environnement contraint et contradictoire. Fort de ce double rappel méthodologique, quel fil tirer ?

Pour ce faire, introduisons une distinction entre plan de soutien et plan de relance. L’économie américaine va continuer d’« être soutenue ». Le stock de munitions, on l’aura compris, est en passe d’être reconstitué.  Mais quid de son utilisation ? Cela dépendra de la force du rebond de la croissance ? Rien en dit que tout l’argent mobilisé sera dépensé de suite ou très vite. Au cours des tout prochains mois, la politique économique va se déplacer du soutien à la relance, avec un plan d’infrastructures. Et c’est à ce moment qu’on va parler de hausse de la fiscalité !

En quelque sorte, le soutien est financé par la dette ; en sachant que celui-ci va progressivement refluer. La relance, qui a pour vocation de rediriger l’économie vers les secteurs « porteurs d’avenir » et de renforcer le potentiel de croissance », devrait être, au moins pour une partie significative, « sourcée » par l’impôt. En sachant, ou en espérant, qu’un plus fort momentum de l’activité crée les moyens de faire face à la charge et au remboursement de la dette publique accumulée.

Ce schéma de politique budgétaire, si tant est qu’il s’avère, est-il inflationniste ? Pas forcément pour dire le moins. Cela veut-il dire que les taux longs devraient s’arrêter de remonter ? Pas forcément non plus ; ceux-ci ne sont pas faits que d’anticipations inflationnistes ! Remarquons d’ailleurs que sur les derniers jours, la composante « anticipations inflationnistes » n’a pas contribué au mouvement de hausse. Celui-ci a été le fait de la prime de terme (donc en grande partie l’idée que la Fed entamera plus vite qu’elle ne le dit le processus de remontée de son taux directeur). En remarquant aussi que les anticipations de croissance (à long terme) se stabilisent. Pourraient-elles remonter ?

Taux longs américains : variation par rapport au 4 août 2020

Passons des taux longs aux actions. Pour signaler que dans un contexte d’inflation contrôlée la corrélation « tendancielle » entre ceux-là et les actions est positive : hausse et baisse en tandem. En revanche, l’attention prononcée au risque inflationniste participe d’une corrélation négative. Dans le sillage de l’analyse proposée, il n’y aurait pas de raison de privilégier cette deuxième hypothèse.

Corrélation Taux longs - Actions et Inflation Etats-Unis : d'une période, l'autre



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