Le grand chelem paraît aujourd’hui à porter de main des Démocrates aux Etats-Unis. Avec quelle politique économique à la clé ? Un remake de l’ère Obama ou quelque chose de plus ambitieux ? Ambition qui serait alors reçue de façon contrastée par les marchés : favorable pour ce qui est de la relance, plus défavorable côté initiatives fiscales. C’a y est ; les Etats-Unis sont condamnés à l’OMC pour soutien illégal à Boeing ! Aux Européens d’utiliser intelligemment ce levier par rapport à une probable Administration Biden en train de s’installer. Poursuivre une « course folle » à l’augmentation des droits de douane ne paraît pas approprié. Doit-on et peut-on intégrer l’enjeu climatique au sein du premier objectif de la BCE, à savoir la stabilité des prix ? Le débat est important ; raison de plus pour l’aborder sans précipitation !

Qui se souvient de l’élection présidentielle de 1980 aux Etats-Unis ? Pour mémoire, Ronald Reagan l’avait emporté sur Jimmy Carter. Quel rapport avec aujourd’hui ? Deux analogies sont à proposer. D’abord, le débat télévisé du 28 octobre 1980 permit à Reagan de creuser un avantage décisif vis-à-vis de Carter ; tour comme aujourd’hui Biden par rapport à Trump, suite au dialogue cathodique du 29 septembre. Ensuite, et dans le sillage de la belle victoire de son Champion dans la course à la Maison Blanche, le Parti républicain s’empare de la majorité au Sénat. En ira-t-il de même aujourd’hui ? Disons que pour la première fois depuis le lancement de l’observation (au début mai), l’avantage, mais uniquement sur les sièges pour lesquels il y a une certaine visibilité, est légèrement passé en faveur des Démocrates. Donner une nouvelle fois du sens à la règle, qui veut que pour un parti une nette victoire à l’élection présidentielle facilite le contrôle du Sénat, paraît crédible.

De 1980 à 2020 : l'effet débat-télé-dans-le-résultat-de-l'élection-présidentielle-américaine

Si Washington, dans un peu plus de deux semaines, devait être « submergé » par une vague bleue (la couleur du Parti démocrate), le marché devra se poser de façon un peu plus nette la question des changements de politique économique qui seront apportés. Faut-il parier sur un remake de l’ère Obama (2009 – 2017), avec ses changements à petites touches, ou doit-on s’attendre à des mesures davantage marquées du sceau de la social-démocratie ? Bien sûr, on ne sait pas ; mais il ne faut pas accorder une probabilité trop faible à la deuxième hypothèse. Pour mémoire, le tableau ci-dessous reprend les niveaux respectifs des recettes et des dépenses des administrations publiques (en points de PIB) aux Etats-Unis et en Europe. Le contraste est fort, surtout du côté des premières ! Va-t-il commencer à se combler ?

Recettes et dépenses publiques

Le moment est à l’invitation à faire redémarrer l’investissement public. Le FMI, dans la dernière livraison de son Fiscal Monitor, verse son écot « analytique ». Il tient en deux points et un rappel. Le stock de capital a beaucoup baissé sur les 25 dernières années ; l’effet d’entrainement sur l’investissement privé et l’emploi, et donc sur la croissance, peut être puissant si la sélection des projets est bien faite ; Pour que tout se passe bien, encore faut-il que l’action publique soit efficace et les comptes publics, pas trop déséquilibrés ex anteComment ne pas comprendre que dans le cas américain, tout plan de relance sur moyen terme, qui plus est d’une certaine ampleur, devra passer par une réduction de cet écart important entre niveaux des recettes et des dépenses budgétaires ? L’enjeu est encore plus marqué, si on le mixe à la question de la réduction des inégalités. On a envie de conclure qu’une politique volontariste d’une Administration Biden, soutenue par un Congrès militant, profiterait peut-être plus aux bourses étrangères qu’à l’américaine. Avec la question ouverte, et combien important, de l’orientation de celle-ci.

Stock de capital public (en point de PIB)

Effet d'entraînement de l'investissement public sur l'investissement privé

Continuons de nous intéresser aux Etats-Unis, mais dans sa relation avec l’Europe. On s’y attendait ; c’est fait : l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) a condamné, suite à une plainte de l’UE, les Etats-Unis pour subventions illégales à Boeing. Bruxelles se trouve en droit d’augmenter les droits de douane sur des produits importés de là-bas, à hauteur de 3,99 milliards de dollars. Rappelons qu’il-y-a quelques temps cette même UE avait reçu un traitement similaire pour le même type d’excès de soutien à Airbus, avec à la clé un potentiel d’augmentation de taxes, à la discrétion de Washington, de 7,5 milliards.

Surtout dans le moment particulier actuel (un probable changement d’Administration aux Etats-Unis), l’Europe a sans doute intérêt à « jouer la montre » et ne pas essayer de poursuivre de suite dans la voie de la recherche du rapport de force ouverte par les Etats-Unis. Bien au contraire, il faut inscrire l’inévitable négociation à l’intérieur de ce qu’on comprend être les « lignes rouges » et les ambitions du « nouveau pouvoir » américain. La doctrine de l’America First ne va pas disparaître ; elle va se décliner sous la forme de Buy American and Make it in America. La défense de la base industrielle américaine et son renforcement en sont une composante. Il y va du bien-être de la classe moyenne. Etre frontal en la matière vis-à-vis de Washington ne servira pas la cause des Européens. Il vaudrait mieux commencer par forger une « grammaire » commune sur les sujets du climat, de la démocratie dans le monde et de la lutte contre les inégalités. Aborder les thèmes chers au « vieux continent » du commerce et de l’aide américaine en matière de défense ne devrait venir que dans un deuxième temps.

Peut-être vous souvenez-vous que nous discutions en début de mois (Eco du Matin du 2 octobre) des initiatives nouvelles que les banques centrales pourraient être amenées à prendre ? On suggérait d’utiliser la grille analytique proposée par Musgrave (un distinguo entre les fonctions de stabilisation, de redistribution et d’allocation de la politique économique) ; pour conclure que cette dernière était très regardée à Francfort. De fait, Christine Lagarde s’est interrogée avant-hier sur l’opportunité de faire preuve de sélectivité dans les achats par la BCE d’obligations d’entreprises, en excluant les titres d’émetteurs qui n’inscrivent pas leurs actions dans le cadre de l’objectif de l’UE d’arriver à la neutralité carbone en 2020. Le point sera étudié dans le cadre de la revue stratégique en cours.

Est-il possible d’aller plus loin et d’intégrer les préoccupations environnementales, non pas dans le second objectif de la BCE (contribuer à la réalisation de ceux de l’UE), mais dans le premier (la stabilité des prix) ? C’est ce que suggère Hélène Rey, notre compatriote, qui plus est Professeure d’économie à la London Business School. Elle considère que « décarboner » l’économie passera inévitablement par une augmentation structurelle du prix du carbone. Pour s’adapter à ce choix collectif, la BCE devra changer de référence en matière de cible d’inflation : passer de l’indice d’ensemble des prix à la consommation au seul noyau dur de ceux-ci, c’est-à-dire hors énergie et produits alimentaires.

Un tel changement pose-t-il un problème ? L’expérience de la Réserve fédérale américaine suggère que non. Son indicateur préféré d’inflation n’est-il pas le noyau dur du déflateur des dépenses du consommateur ? Le choix ne paraît pas altérer l’efficacité de la politique monétaire. Il n’empêche que, si le but poursuivi est de maintenir la dynamique autour d’un niveau qui assure la stabilité des anticipations inflationnistes, l’approche peut être critiquée. Puisqu’on se focalise sur les prix à la consommation, on doit s’intéresser en premier lieu au comportement des ménages (en la matière notre communauté a sans doute une vue biaisée, en focalisant plus sur celles des marchés ou des économistes). Comment suivre leurs anticipations inflationnistes, si la référence retenue met de côté 30% du panier de la ménagère ? Qui plus est les produits les plus achetés et donc ceux qui vont le plus contribué au regard porté sur la dynamique des prix.



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