Le choc économique mondial, apparu dans le sillage de la crise du coronavirus a bien du mal à être géré de façon coordonnée. Chaque pays, ou plutôt chaque « grande zone », agit d’abord dans son coin et à sa façon. Pourtant les lignes paraissent bouger en Europe, avec une distribution des rôles entre pays-membres et institutions de l’Union qui pourrait permettre une réponse de politique économique plus efficace.

Être dans la réaction paraît bien être la signature du moment des responsables de politique économique. La crise sanitaire s’intensifie, les chiffres économiques « piquent du nez » ou les marchés de capitaux « partent en vrille » (les trois pouvant naviguer de conserve) et une nouvelle initiative est proposée.

Bien sûr, la critique est sévère. Être en mode adaptatif face à une situation qui tient de l’incertitude et pas du risque (on en a déjà parlé) est consubstantiel à la gestion de la pandémie et de ses conséquences économiques et financières. Il n’empêche que toute mesure nouvelle devrait pouvoir s’inscrire dans un cadre préétabli :

  • L’articulation entre initiatives en provenance des pouvoirs exécutif et législatif avec celles prises par la banque centrale
  • L’articulation et le séquençage entre mesures répondant au choc d’offre et celles rendues nécessaires par l’élargissement de celui-ci vers un choc de demande et en autre de marché
  • La coordination entre les pays face à évènement mondial qui les touchent tous, même si ce n’est ni avec la même force, ni avec le même calendrier.

Disons que pour le moment les gouvernements ajoutent des décisions nouvelles à d’autres à peine prises, que les banques centrales semblent claquemurées dans leur autonomie et que la coopération internationale est « réduite aux acquêts ».  Le tout n’envoie un message ni de lisibilité, ni de maitrise un tant soit peu prospective de la situation. Redonner confiance est alors une tâche compliquée.

Passons de la théorie à la pratique. Qui a noté le communiqué du G7, réuni lundi dernier au niveau des Chefs d’Etat et de gouvernement ? Très peu de monde sans doute, tant le communiqué publié restait au niveau des bonnes intentions. Les leaders des sept pays s’engagent « à faire tout ce qui est nécessaire pour apporter une réponse forte à la crise du coronavirus ». « Des mesures coordonnées, mobilisant tous les outils de politique économique disponibles seront prises ». Dans le sillage de ces « sages paroles », on aurait été en droit de s’attendre à une initiative commune des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales. Que nenni ; la journée d’hier a été utilisée à une série d’annonces pays par pays.

Et le marché, semble-t-il, de réagir aux « gros chiffres ». Et les Etats-Unis de faire la course en tête, avec une Maison Blanche proposant au Congrès un plan de relance de 1200 milliards de dollars. Cela représente tout de même 5 points de PIB, dont, si on comprend bien, 300 milliards sous la forme d’une distribution dans les quinze jours, de 1000 dollars par Américain ! La Chambre des représentants suivra-t-elle et l’administration fédérale est-elle capable d’agir aussi vite ? Dans les deux cas, on a envie de répondre non. Il n’empêche que la communauté financière a au moins un temps été un peu impressionné. L’indice S&P 500 a clôturé la séance d’hier sur une hausse de 6%. Mais ce matin le future sur ce même indice est en baisse. Comme quoi un « coup de chapeau » ne fait pas une tendance.

Toujours dans domaine de la politique économique américaine, notons les nouvelles initiatives de la Fed : à côté d’une présence plus forte sur le marché du repo, la banque centrale a décidé de rouvrir un programme d’achat de papier commercial. Celui-ci ciblera les émetteurs pas très bien noté et sera assuré à hauteur de 10 milliards de dollars par le département du Trésor. On l’aura compris ; assurer dans les meilleures conditions possibles le refinancement des entreprises industrielles et commerciales et des institutions financières est juste essentiel.

Passons à l’Europe. Disons que les décisions annoncées an niveau de chaque pays (même du Royaume-Uni ! Tout au moins peut-on en avoir l’impression) paraissent suivre un schéma similaire : un « gros paquet » pour les garanties de maintien à l’accès au crédit des entreprises et un autre, plus petit, mêlant report du paiement de charges fiscales et sociales et mesures de relance. Selon les pays et en se focalisant uniquement sur les plus peuplés, le premier volet « pèserait » entre 100 milliards et 500 milliards d’euros et le second entre 20 milliards et 50 milliards. En sachant que de son côté l’Union européenne mobilise des fonds. Plus de 35 milliards d’euros seraient rendus disponibles.

A côté de cette collection, certes organisée a minima, un débat peut-être décisif, sur l’articulation entre initiative au niveau des Etats-Membres et accompagnement par les institutions de l’Union, se met en place. Le principe serait le suivant : aux pays de prendre les mesures de soutien à l’économie et à l’UE de s’assurer que le financement de celles-ci s’effectue dans des conditions de marché normales. En la matière le Mécanisme Européen de Stabilité (ESM en anglais) et les Opération Monétaires sur Titres (OMT) de la BCE seraient sollicités. L’idée est que, de façon provisoire (le temps de la crise et de sa sortie) et sans demande en contrepartie de prise de mesures de consolidation des comptes publics, l’ESM assure l’accès au marché des pays les plus fragiles et l’OMT fait en sorte que les spreads de taux souverains (relativement à l’Allemagne) ne « flambent » pas. Puissent des décisions dans ce sens être prises ! A ce titre, la crise en cours aurait créé les conditions d’un vrai progrès en termes de pilotage de la politique économique européenne. Tout le monde va-t-il être d’accord ?



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