Depuis le début de l’année, nous avons régulièrement fait état d’une dichotomie au sein des marchés. D’un côté, les grands indices sont en net rebond sur fond de revirement accommodant des banques centrales et de correction de quelques excès de sous-valorisation.

Depuis le début de l’année, nous avons régulièrement fait état d’une dichotomie au sein des marchés. D’un côté, les grands indices sont en net rebond sur fond de revirement accommodant des banques centrales et de correction de quelques excès de sous-valorisation. De l’autre, les chiffres macroéconomiques restent moroses voire franchement dégradés à travers le monde. Pendant plus de quatre mois, le virage pris par les banquiers centraux a suffi aux marchés pour occulter ces données en berne. Un optimisme néanmoins fragile, comme en témoigne le net écart de performance entre les styles et les secteurs, les valeurs défensives et celles de croissance visible ayant été très largement favorisées.

Un optimisme qu’une reprise des tensions commerciales initiée par les Etats-Unis a fini par battre en brèche. Désormais au fait des risques, les investisseurs se sont intéressés de plus près aux données macroéconomiques – et ont pris peur. Si l’impact est encore modéré sur les marchés actions (les grands indices sont en baisse d’environ 5 à 6% par rapport à leurs plus hauts de l’année), il est particulièrement criant sur les marchés de taux. Sur le niveau des taux longs, bien sûr. Le 10 ans américain a terminé la semaine à 2,124%, un plus bas depuis septembre 2017, tandis que le 10 ans allemand a fini à -0,213%, soit son plus faible niveau historique. La structure des courbes de taux d’intérêt n’a pas non plus été en reste : aux Etats-Unis notamment, celle-ci tend à s’inverser de plus en plus. Sur un mois, le taux à 3 mois est passé de 2,418 à 2,340%, quand le taux à 10 ans est passé lui de 2,503 à 2,124% !

Or, cet écart entre les échéances à 3 mois et 10 ans sur la courbe américaine est un indicateur suivi de très près pour anticiper les récessions à venir. A -0,38% – soit l’écart atteint au cours des étés 2006 et 2007 – celui-ci se situe à un niveau qui, au cours des 20 dernières années, fut synonyme d’une récession proche. Proche, mais néanmoins pas immédiate. Historiquement, plusieurs trimestres se sont écoulés entre l’atteinte de ces niveaux et le début d’une récession à proprement parler. La situation reste néanmoins inquiétante, d’autant que, retraité des impacts du Quantitative Easing puis du Quantitative Tighteningde la Réserve Fédérale, l’écart paraît plus important encore*.

Ce phénomène, entraperçu depuis quelques temps, s’est notoirement accéléré cette semaine.  En effet, les tensions commerciales ne faiblissent pas. La Chine serait en train de préparer un plan pour utiliser son monopole sur les terres rares comme arme contre les Etats-Unis, tandis que le vice-Président américain Mike Pence a indiqué que les droits de douane sur les produits chinois importés pourraient encore être « plus que doublés » si nécessaire. Par ailleurs, Donald Trump a annoncé la mise en place de tarifs douaniers de 5% sur l’ensemble des produits mexicains, accusant son voisin du sud de laxisme sur le dossier de l’immigration clandestine. Ces tarifs pourraient passer à 10% dès le 1er juillet, puis augmenter de 5% par mois (jusqu’à 25%) tant que le sujet n’est pas résolu.

Au-delà de ces conflits géopolitiques, les données économiques ne rassurent toujours pas. Le PMI manufacturier chinois s’est à nouveau dégradé, passant de 50,1 à 49,4. Aux Etats-Unis, l’indicateur d’activité manufacturière de la Fed de Dallas est ressorti en forte baisse, et nettement en deçà des estimations. Enfin, en Europe, la croissance du PIB italien au 1ertrimestre a déçu, à +0,1% sur le trimestre contre +0,2% attendu, et surtout en baisse de -0,1% sur un an (contre +0,1% anticipé).

Autant d’éléments qui ne peuvent qu’apporter de l’eau au moulin des marchés de taux, dont le comportement dépeint un scénario très dégradé. A ce stade, la poursuite de la contagion aux marchés d’actifs risqués semble inévitable. Seule la perspective d’une action des banques centrales, et notamment de la Fed, endigue pour l’heure une réelle capitulation. Reste à savoir qui cédera le premier : la Réserve Fédérale, ou les investisseurs.

*selon une étude Morgan Stanley de mai 2019

Telex

► Punie, l’Italie ?  Par une lettre adressée au gouvernement le 29 mai, la Commission européenne a sommé l’Italie de s’expliquer sur l’absence d’amélioration de ses finances publiques. Bruxelles procédera, le 5 juin prochain, à une nouvelle évaluation de la situation budgétaire italienne et pourra, si les explications fournies par Rome ne sont pas probantes, déclencher une procédure pour déficit excessif, ce qui reviendrait à adresser à l’Italie une amende correspondant à 0,2% de son PIB (soit environ 3,5 milliards d’euros). Une menace qui intervient dans un contexte déjà tendu, Matteo Salvini ne cessant depuis plusieurs semaines d’attaquer les règles budgétaires européennes.

► Billard à six bandes. Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne n’a pas permis de trancher sur le successeur de Jean-Claude Junker à la tête de la Commission. Si le nom de la future figure de proue de l’UE n’a pas, en soi, un intérêt déterminant pour les marchés, il reste important car le renouvellement de ces postes clés fait l’objet d’un jeu de tractations et de chaises musicales subtiles, qui pourrait avoir des conséquences sur le nom du prochain patron de la Banque centrale européenne. Un enjeu beaucoup plus crucial pour les marchés.

► Contre vents et marées. Alors que les dernières enquêtes d’opinion auprès des entreprises aux Etats-Unis ont publié des résultats très moroses, dans le secteur manufacturier comme dans celui des services, le consommateur américain semble immunisé contre toute forme d’inquiétude. C’est en tout cas ce que laisse supposer la dernière enquête du Conference Board, avec un indice de confiance ressorti en nette hausse et au-dessus des attentes, à 134,1 (contre 130,0 attendu et 129,2 le mois précédent).

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