Mandarine Gestion vient de lancer un fonds d’actions internationales axé sur la contribution à la transition énergétique et écologique (TEE). Adrien Dumas, Gérant de ce fonds baptisé Mandarine Global Transition, nous fait part de ses convictions d’investissements, porteuses à la fois de sens et de croissance.

FundsWatch : Un point liminaire sur le nom du fonds : « Global Transition ». On y lit d’entrée de jeu la philosophie du fonds, son orientation…

Adrien Dumas: Clairement ! Ce nom nous est venu naturellement. L’idée du fonds est d’accompagner le défi de la transition écologique et énergétique (TEE), sans se restreindre au seul sujet climat, qui n’englobe pas les problématiques de biodiversité, de pollution des fonds marins, etc.

Dans la notion de transition, il y a la notion de dynamique : avec le fonds, l’idée est d’accompagner les entreprises qui se projettent à moyen et long terme, pas seulement les groupes déjà fortement engagés sur ces sujets. Voilà pour l’aspect « Transition ». Pour le qualificatif, « Global », il correspond à notre répartition géographique d’investissement, c’est-à-dire internationale, justement.

FW: Vous présentez le fonds avec le slogan suivant : « La transition énergétique et écologique comme vecteur de croissance et de gestion des risques ». Il y a naturellement une visée marketing derrière ces termes. Mais également une conviction ?

AD: Complètement. Les plans de relance qui sont en construction, surtout en Union Européenne, mais également en Chine et aux Etats-Unis, montrent bien que la TEE va nous imposer des choix par rapport à la croissance économique. Le débat que nous posons n’est pas de savoir si cette indispensable transition écologique aura un impact à la hausse ou à la baisse sur la croissance mondiale. Mais je suis persuadé que certaines entreprises, qui apportent des solutions et des services sur les sujets environnementaux, bénéficieront d’une forte croissance.

FW : Après Mandarine Entrepreneurs en 2017, Mandarine Gestion a obtenu une salve de labellisation ISR en quelques mois (Mandarine Active, Mandarine Europe Microcap , Mandarine Opportunités). En lançant le fonds Mandarine Global Transition, labellisé Greenfin, vous vous inscrivez pleinement dans ce qu’on pourrait appeler une finance « utile ». Ce terme vous convient-il ? Est-ce au fond ça, l’ADN de Mandarine ?

AD: Mandarine a très tôt été active dans le financement de projets à impact, dans l’économie sociale et solidaire. Nous gérons par exemple un produit pour la Caisse des Dépôts qui investit directement dans des projets de l’économie sociale et solidaire. Nous avions un fonds Mandarine Engagement (lancé en 2014, et aujourd’hui absorbé par Mandarine Active), qui était labellisé Novethic, l’ancêtre du label ISR.

Depuis sa création, Mandarine a une équipe dédiée aux sujets extra-financiers. Pour revenir à votre question, oui, clairement, cela fait partie de l’ADN de notre maison. Et nous précisons que nous ne construisons pas nos fonds en vue de telle ou telle labellisation, mais de nos convictions. Les labellisations, viennent par la suite reconnaître, avec validation d’un cahier des charges strict et transparent, un « process » de gestion. 

FW : Mandarine Global Transition est un fonds climat qui « vise à soutenir et financer la transition énergétique et écologique ». Quelle est la grille de sélection de valeurs qui peuvent composer votre fonds ?

AD: La grille de sélection se compose de critères financiers, naturellement, et de critères extra-financiers, qui constituent le premier filtre de notre tamis de sélection d’investissement.

Nous regardons attentivement ce qu’on appelle la « part verte », définie par les travaux de la Commission Européenne dans le ce cadre de la « taxonomie », un système de classification pour les investissements durables. Cette nomenclature a été faite par des scientifiques et par nature, elle ne laisse que peu de place à l’interprétation.

Nous nous appuyons ensuite sur un indicateur complémentaire, qui est pour sa part plus dynamique, dans le sens où il prend en compte l’ensemble du cycle de vie du produit, là où la part verte est une vision instantanée. Il s’agit de « l’alignement 2 degrés », un indicateur davantage orienté climat. Il a l’avantage de pouvoir juger la projection de l’entreprise à l’horizon 2030 et 2050 sur sa neutralité carbone et donc son degré d’influence sur le réchauffement climatique.

Ces « 2 degrés » viennent des accords de Paris : pour limiter le réchauffement climatique à +2 degrés d’ici 2100, il faut théoriquement atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Notre travail consiste ainsi à analyser comment une entreprise se positionne par rapport à ces objectifs, comment elle s’engage pour s’y conformer. Pour ce faire, nous nous appuyons sur un organisme (le Science Based Targets) qui réunit entre autres le Carbone Discloser Project, le programme Global Compact des Nations Unies et le WWF. L’organisme reçoit les scénarios d’alignement que soumettent les entreprises. Le SBT les passe alors au crible, les analyse et juge de la crédibilité du scénario. Dans le meilleur des cas, la neutralité carbone peut être envisagée avant 2050 : on parlera alors d’alignement 1,5 degré, voire moins. Là encore, l’indicateur est scientifiquement robuste, construit en toute indépendance par des experts.

Naturellement, on ne peut pas construire intégralement un portefeuille avec uniquement des sociétés ayant soumis et fait validé leur scénario, au vu nombre de dossiers potentiellement intéressants encore en cours de validation. A nous de connaître le stade de leur avancée dans la démarche, dans un but d’anticipation.

FW : Pouvez-vous nous donner un exemple-type de dossier cochant parfaitement toutes les cases de votre grille de sélection ?

AD : L’exemple parfait selon moi est Kingspan, une société irlandaise qui fait des panneaux d’isolation.  Au sens de la taxonomie européenne, entre 75% et 80% de son chiffre d’affaires répond à une définition « part verte ». Nous avons typiquement affaire à une entreprise dont les produits contribuent particulièrement à la transition écologique et énergétique, en l’occurrence grâce à l’apport de performance énergétique des bâtiments. Ensuite, sous l’angle de l’alignement 2 degrés, c’est une entreprise qui a fait validé très tôt son scénario dès 2018, avec l’obtention d’un tampon « inférieur à 2 degrés ». Au-delà de la performance énergétique intrinsèque des panneaux d’isolation, c’est l’excellence de tout le cycle de vie du produit qui est reconnue : leur fabrication, les matières premières utilisées, l’économie circulaire sous-jacent à l’utilisation des matières premières, le recyclage du panneau. A ce titre, Kingspan est l’exemple-même de la société qui s’est engagée pleinement dans la transition écologique et énergétique.

Un deuxième exemple est, contre intuitivement, un dossier chinois. C’est vrai qu’on ne pense pas spontanément à cette région du globe pour des sociétés engagées dans la TEE ! Il s’agit de  Longi Green Technology, un fabricant de polycristallin pour l’industrie du panneau solaire. Sous l’angle de la taxonomie, c’est parfait : 100% de son activité est identifiée par la CE comme contribuant à la TEE. Sous l’angle de l’alignement 2 degrés, jusqu’à très récemment, la société n’avait pas présenté de scénario. C’est chose faite, avec dans la foulée une validation SBC à 1,5 degré. Nous l’avions en portefeuille avant la validation du scénario, ce qui nous a conforté dans notre choix.

Il existe également une frange d’entreprises dont la validation du scénario est encore en cours. Nous pouvons prendre l’exemple de SCATEC SOLAR, un groupe norvégien producteur d’énergie solaire (exploitation de champs de panneaux solaires). C’est une entreprise qui passe parfaitement le filtre de la taxonomie, par nature même de son activité. Néanmoins au sens de l’alignement 2 degrés, c’est une entreprise qui doit encore améliorer son sourcing pour les achats de matières premières. La société s’est engagée à mesurer précisément son empreinte carbone d’ici la fin de l’année, et à présenter en 2021 un scénario d’alignement 2 degrés. Nous avons un dialogue de qualité avec les représentants de SCATEC, en pleine avancée côté TEE.

FW : D’un point de vue sectoriel, quel est le poids, dans le fonds, des activités de rénovation du bâtiment ?

AD : C’est quelque chose d’important, que nous avons beaucoup renforcé ces derniers mois. Il s’agit d’un secteur qui a une dimension cyclique relativement importante, et qui a donc souffert au printemps, lors de la mise sous cloche de l’économie. Dans la baisse du marché, nous avons renforcé nos positions sur ce secteur clef dans l’efficacité énergétique du bâtiment. Côté dossiers, nous avons déjà parlé de Kingspan (panneaux d’isolation), mais je peux vous citer également Schneider et Legrand, pour leurs activités de contrôle énergétique du bâtiment. Au total, l’ensemble des activités de rénovation du bâtiment représente allègrement 15% du portefeuille.

Retrouvez la fiche de synthèse du fonds sur le Euronext Funds360

Propos recueillis par Alexandre TIXIER

Mandarine Gestion

Mandarine Gestion

Mandarine Gestion est une société de gestion française indépendante, spécialisée dans la gestion d’actions.

Mandarine Gestion offre une gamme concentrée de fonds actions aux styles typés, enrichie de services d’analyse ESG et de solutions sur-mesure en allocation d’actifs et en gestion du risque. La société est également engagée dans une démarche active de financement de projets de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Mandarine Gestion déploie son offre auprès d’une clientèle diversifiée (institutionnels, distributeurs, multigestion), dans un nombre croissant de pays européens.
Elle gère aujourd’hui près de 4 milliards d’euros d’actifs, dont 35% hors de France.

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