De son côté l’indice S&P 500 a progressé de 87 % dont 11 % en 2021. Alors que de nombreux observateurs s’émeuvent de la prétendue cherté des indices et par conséquent du manque de potentiel résiduel, l’optimisme demeure raisonnable pour les prochains mois, car le flux de nouvelles devrait être positif : forte reprise économique grâce à un consommateur omniprésent, banques centrales très actives, plan de relance nationaux qui se mettront sans doute en place, inflation passagère et contenue ainsi qu’un important rebond des résultats des entreprises.

Ce scénario, non fantasmé, mais devenu plutôt consensuel, est-il déjà totalement pris en compte par les marchés ?

Les valorisations sont-elles trop élevées ?

Prenons l’exemple du CAC 40.

En 2014, l’indice parisien affichait un multiple (PER) de 14 fois les bénéfices (donc 14 années de bénéfices) anticipés pour les douze mois suivants, contre 17 fois actuellement. Le niveau moyen historique observé sur longue période est de 13,5 fois.

Aujourd’hui, un investisseur paie donc 3 années de bénéfices supplémentaires par rapport à 2014, ce qui peut paraître élevé. Sans même mentionner le caractère exceptionnel de la période actuelle (soutien des banques centrales, taux d’intérêts bas, liquidités abondantes, résultats des entreprises momentanément déprimés), quid de la composition de l’indice dominé par les valeurs du luxe (LVMH, L’Oréal, Hermès, Kering) qui représentent respectivement 15 %, 10 %, 5 % et 4 % du CAC 40 ?

Entre 2014 et aujourd’hui les PER respectifs de LVMH et L’Oréal sont passés de 15 à 38 fois et de 21 fois à 39 fois leurs bénéfices.

Compte tenu de leurs poids, ces deux titres expliquent 65 % de la revalorisation du CAC 40… en ajoutant Hermès, ce niveau atteint 85 %. Le reste de l’indice demeure donc à un niveau proche de sa moyenne historique. Le CAC 40 est ainsi très déséquilibré et une large partie des actions qui le composent restent délaissées par les investisseurs et évoluent à des niveaux très réduits (que dire de Bouygues, société familiale, patrimoniale, en croissance, évaluée à peine à 13 années de bénéfices ?).

La dynamique des résultats d’entreprises : moteur des prochains mouvements de marchés

Ces dernières années, la valorisation a rarement été un critère permettant d’anticiper les mouvements des marchés. Celui qui a le mieux fonctionné est la dynamique des entreprises.

Les sociétés capables de croître de manière régulière ont atteint des prix jamais observés. Ce moteur restera sans doute à court et moyen terme la donnée la plus analysée par les investisseurs. Il explique notamment pourquoi depuis quelques mois, les valeurs cycliques ont retrouvé une dynamique perdue depuis plusieurs années : la (très forte) reprise attendue ces prochains mois (années ?) améliore la visibilité sur la croissance des acteurs les plus dépendants des cycles macro-économiques.

Les marchés valorisent déjà une exceptionnelle progression des bénéfices des entreprises des deux côtés de l’Atlantique en 2021 : +29 % aux Etats-Unis et +39 % en Europe, mais des révisions à la hausse demeurent possibles.

Croissance des bénéfices attendue en Europe et aux Etats-Unis

Les quelques publications du premier trimestre, tous secteurs confondus, ont déjà souvent montré des hausses de chiffres d’affaires très nettement supérieures aux attentes alors que les niveaux d’activité en Europe restent handicapants, les économies étant fermées. Quand le Vieux Continent ouvrira de nouveau, de bonnes surprises sont possibles, les déconfinements de mai-juin et décembre 2020 ayant montré à quel point le consommateur était au rendez-vous alors même que la visibilité sur la vaccination était nulle (mai-juin) ou limitée (décembre).

Et potentiellement à ces bonnes surprises sur l’activité pourraient s’ajouter des niveaux de marges insoupçonnés dans bon nombre de secteurs. Depuis douze mois, en l’absence de perspectives, la principale préoccupation des dirigeants d’entreprises a été d’améliorer la productivité (en optimisant les coûts ou en digitalisant par exemple). Une envolée de leurs ventes pourrait montrer un effet de levier inattendu pendant quelques mois, en attendant que dans un second temps les coûts augmentent avec de nécessaires investissements ou avec l’arrivée dans les comptes des hausses de prix des matières premières.

A l’horizon de quelques mois, si ce scénario se réalise, entre les titres encore peu chers et les potentielles révisions à la hausse des attentes de bénéfices des entreprises, une réserve de hausse existe encore pour les indices actions, même si une respiration dans les prochaines semaines serait logique. La question suivante sera de déterminer si la croissance attendue de manière consensuelle ces six prochains mois retombera rapidement ou gardera une certaine vigueur en 2022. Par les temps qui courent, il est toujours plus difficile de défendre une vision optimiste qu’un scénario catastrophe, mais compte tenu des éléments mentionnés plus haut et de l’ampleur des plans de relance en préparation dans de nombreux pays, nous ne sommes pas à l’abri de bonnes surprises !

Consulter le site Meeschaert Gestion Privée.