Depuis le début de l’année, les indices européens sous-performent leurs homologues américains. Comme en 2018, comme en 2019 et en 2020. Alors, les actions européennes sont-elles condamnées à pâtir ad vitam de la comparaison avec leurs homologues Outre-Atlantique ? Pas forcément. Dans le contexte du retour à meilleure fortune après la pandémie et d’une rivalité exacerbée entre la Chine et les Etats-Unis, l’Europe a sa carte à jouer.

C’est à faire enrager les gérants les plus motivés : depuis dix ans, année après année, en Europe, les marchés actions peinent à suivre le rythme d’Outre-Atlantique. Portés par les géants de la technologie les indices des marchés actions américains creusent l’écart : 9% de hausse annuelle depuis janvier 2008 pour le S&P500 alors que l’Eurostoxx50 n’a toujours pas retrouvé son niveau de début juin 2008 !

Pourtant avant 2008, l’Europe tenait son rang : entre janvier 2004 et décembre 2007, l’Eurostoxx50 avait progressé de près de 50% contre à peine plus de 20% pour le S&P500. Pour l’Europe, il n’y a donc rien d’inéluctable à se voir distancer. Et la configuration planétaire « post Covid » pourrait bien l’aider à renverser la situation.

Tout d’abord parce que le Vieux Continent est très bien placé en cas d’accélération cyclique à partir du deuxième semestre 2021, ce qui est notre scénario central si les campagnes de vaccination gagnent en intensité à partir du deuxième trimestre et surtout si les vaccins demeurent efficaces face aux différentes mutations du virus.

Déjà, le commerce international est vivement reparti. L’indice du prix des conteneurs sur le marché de Shanghai a plus que triplé depuis mai 2020 et quelques importateurs européens font mention d’une multiplication par cinq ou six sur certaines marchandises comme les fruits secs. Cette intensification des échanges place l’Europe, continent le plus ouvert sur l’extérieur, en position idéale.

En outre, le cycle possède du carburant en réserve : les multiples plans de relance ont regonflé de manière spectaculaire l’épargne des ménages. Aux États-Unis, ce sont quelques 1600 milliards de dollars d’épargne excédentaire depuis avril 2020 qui attendent d’être injectés dans l’économie lorsque celle-ci sera totalement ré-ouverte. Les grands gagnants seront alors les délaissés de 2020 – industrie automobile, tourisme-loisirs, banques, aéronautique – qui ont plombé les marchés actions européens.

Enfin, l’Europe a un rôle majeur à jouer pour se positionner comme un partenaire incontournable dans le cadre de la rivalité Chine – États-Unis qui va structurer la vie économique et politique des prochaines années.

Car l’élection de Joe Biden ne change pas la donne : deux plaques tectoniques s’affrontent pour la place de première puissance mondiale, la plaque américaine et la plaque chinoise. Loin du retour au « doux commerce » des années Clinton, la nouvelle administration a pris acte de la volonté de Pékin de retrouver sa place au premier rang mondial et ne baissera pas la garde. Ni économiquement – les premières déclarations de Janet Yellen, la nouvelle Secrétaire du Trésor le confirment – ni géostratégiquement.

Mais dans ce grand jeu, les deux protagonistes ont besoin d’alliés. La Chine doit consolider ses circuits de financement extérieur, elle dont la balance des paiements devient négative, et se renforcer technologiquement pour préserver son indépendance. Les Etats-Unis souhaitent revenir au centre de la régulation mondiale pour retrouver leur pouvoir d’influence et rester le premier garant des nouvelles règles économiques et financières.

L’Europe reste dans ce contexte un partenaire pivot incontournable, par son poids économique (identique voire supérieur aux Etats-Unis et à la Chine) et sa stabilité juridique. En outre, elle commence à se penser et à agir comme une puissance financière après l’adoption du plan de relance « Macron -Merkel » fin 2020 qui verra les émissions de dette au nom de l’Union prendre un élan significatif.

En ce début 2021, le jeu est donc ouvert et les atouts sont bien là pour que cette année soit, enfin, celle de l’Europe, y compris sur les marchés actions !

Par Wilfrid Galand, Directeur Stratégiste pour l’Agefi Actifs

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