Le monde, en ce début 2020, semblait bien réglé et plutôt rassurant, du moins vu de nos économies occidentales.

Le monde, en ce début 2020, semblait bien réglé et plutôt rassurant, du moins vu de nos économies occidentales.

Malgré le ralentissement du commerce international et des gains de productivité en berne, la croissance mondiale tenait bon et le chômage diminuait, soutenant ainsi la consommation, qui, à son tour, alimentait l’activité. Certes, l’agitation sociale montait un peu partout, du Chili au Liban et de la France à l’Afrique du Sud en passant par l’Algérie et l’Irak. La tentation nationaliste progressait sur tous les continents. Mais la machine tournait.

Les Etats, appuyés sur des banques centrales vigilantes qui se faisaient fort de rendre indolore le colossal stock de dettes accumulé depuis plus de dix ans, ne prêtaient qu’une oreille distraite aux avertissements des sceptiques. Et les marchés n’arrêtaient pas de monter, certains leur prédisant même une hausse perpétuelle.

Le CoVid-19, depuis son berceau de Wuhan, est venu fracasser cette trajectoire. Le premier trimestre 2020 marque une profonde rupture. La peur de la pandémie mondiale a conduit, pour la première fois de l’histoire, les autorités de tous les continents à stopper volontairement la vie économique de leurs pays.

Le 23 janvier, Wuhan était coupé du monde. Le 10 mars, l’Italie, devant l’avancée de l’épidémie, décidait de se confiner à son tour, suivie quelques jours plus tard de l’Espagne, de la France, et de New York. Le pays le plus peuplé du monde, l’Inde, prenait le 24 mars, une mesure similaire.

L’événement « CoVid 2019 » pourrait faire écho, dans sa symbolique et ses suites, au tremblement de terre qui ravagea Lisbonne en 1755. Le 1er novembre au matin, trois secousses d’une intensité exceptionnelle, suivies d’un tsunami et d’un incendie,  ravagèrent la ville et firent plus de vingt mille morts.

A l’époque, le retentissement de l’événement, survenu dans un pays très catholique et le jour d’une fête chrétienne majeure, fut considérable. Voltaire en tira quelques semaines plus tard ses « Poèmes sur le désastre de Lisbonne ». Les Lumières, à sa suite, en firent le symbole  de la nécessité de faire davantage confiance à la science qu’à Dieu. La primauté de la Raison sur la Religion allait connaître un nouvel élan.

A l’image de ce séisme, le Coronavirus pourrait bien renforcer les tendances lourdes au repli sur soi. Déjà le Kazakhstan – pour le maïs – et le Vietnam – pour le riz – ont annoncé un embargo des exportations. Les frontières, partout, se ferment.

Pourtant, la prospérité du monde d’après nécessitera des coopérations renforcées dans un cadre réglementaire renouvelé et multilatéral. Les banques centrales ont déjà montré aux gouvernements la voie de la détermination, de la créativité et de la coordination. A eux désormais de prendre résolument le relais.

Par Wilfrid Galand, Directeur Stratégiste

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