Mission accomplie pour Jerome Powell : après avoir fait feu de tout bois depuis le 3 mars, les taux sont désormais à zéro, les injections de liquidités battent leur plein, le bilan de la banque centrale est en progression de près de 60% depuis deux mois et les dollars affluent dans le monde entier grâce aux accords de swaps annoncés le 20 mars avec les principales institutions monétaires mondiales.

Mission accomplie pour Jerome Powell : après avoir fait feu de tout bois depuis le 3 mars, les taux sont désormais à zéro, les injections de liquidités battent leur plein, le bilan de la banque centrale est en progression de près de 60% depuis deux mois et les dollars affluent dans le monde entier grâce aux accords de swaps annoncés le 20 mars avec les principales institutions monétaires mondiales.

Au-delà de ces mesures presque classiques à l’ère des politiques monétaires « non conventionnelles », La Fed est allée encore plus loin début avril dans sa volonté de stabiliser « quoiqu’il en coûte » le système financier américain : achat de titres de dettes étudiantes, de crédit à la consommation, et même de titres de dettes à haut rendement via un ETF « High Yield » !

Trump peut être satisfait : son poulain a – finalement – été à la hauteur de ses attentes. Mieux même, le président de la Fed a prévenu, jeudi 9 avril au cours d’un Webinar – confinement oblige – qu’il n’en avait peut-être pas fini avec les innovations : « la Fed n’hésitera pas à intervenir sur d’autres territoires si nécessaire » a-t-il affirmé avec force. Quelles surprises peut-il encore nous réserver lors du Comité de Politique Monétaire du 28 et 29 avril ? Trois pistes s’offrent spontanément à lui.

La plus évidente, car déjà à l’œuvre depuis juin 2014 en Europe, est celle des taux négatifs. La BCE a, sur ce dispositif, un discours bien rôdé : plus les taux sont négatifs, et plus les banques sont incitées à remettre immédiatement dans le circuit leurs liquidités en accordant des crédits, ce qui accélère le rythme de l’activité. Las, les effets pervers sont nombreux : financement d’entreprises « zombies », création de bulles sur les actifs obligataires et déstabilisation des assureurs. Sans compter que le financement du colossal déficit budgétaire américain nécessite que la dette – et le dollar ! – reste attractive.  Et puis, après 100 points de base de diminution de taux depuis le 3 mars, rien ne presse.

Autre possibilité, plus technique celle-là : contrôler l’ensemble de la courbe des taux et non plus seulement les échéances les plus courtes, via des achats de dettes « ciblées » par maturité. Le Japon y a recours depuis septembre 2016. Là aussi, l’obstacle majeur reste le financement des 3800 milliards de dollars de déficit budgétaire probable pour 2020 (soit quand même plus de 18% du PIB !) et le refinancement futur des 20 000 milliards de dollars de dette fédérale. Peu probable donc.

Reste enfin les actions, via des achats d’ETF directement sur les marchés. La Banque centrale du Japon, encore elle, y procède depuis plus de 4 ans, pour tenter – sans succès jusqu’à présent – de relancer l’inflation et, plus généralement, de soutenir le prix des actifs nationaux. Reste qu’avec un Nasdaq au plus haut historique malgré la crise du CoVid-19, se lancer dans un programme de soutien aussi direct à Wall Street à quelques mois des élections Présidentielles parait bien hasardeux.

Powell et la Fed pourraient donc temporiser cette semaine, en précisant simplement les modalités des actions déjà annoncées. Reste évidemment une inconnue majeure : Trump s’en satisfera-t-il alors que sa cote décroche dans les sondages face à Joe Biden ?

Par Wilfrid Galand, Directeur Stratégique 

Montpensier Finance

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