Après un Hebdo Crédit sur la stratégie « macro » le 23 septembre, puis un le 30 septembre, sur l’exemple « micro » typique des risques des marchés obligataires corporates pour les mois et années à venir, cette semaine nous a offert de dernier épisode de la trilogie pour aborder la fin 2019 : le driver « marché », qui reste évidemment, et malgré toutes les extrapolations stratégiques possibles, l’arbitre final des performances…

Lorsque les autres drivers sont suffisamment puissants, c’est-à-dire par exemple lors d’une action politique ou monétaire majeure ou lors de publications de résultats mirifiques, le marché n’est qu’un effet subordonné et consécutif. Mais lorsque les forces macro et micro perdent de leur vigueur, c’est le marché qui domine et il ne devient plus une conséquence mais une cause, ballottant les opérateurs deci-delà au gré des flux sans aucune raison fondamentale ni aucune constance mais avec une grande volatilité.

C’est ce qui s’était produit fin 2018 et qui pourrait bien se produire encore pour cette fin 2019, pour le malheur des investisseurs et le bonheur des banques d’investissement et autres intermédiaires… Si cela ne signifie pas pour autant qu’il faille déjà capituler et couper toutes ses positions en regrettant ses performances à fin septembre, cela mérite tout de même d’y porter attention pour gérer au mieux l’accès de volatilité qui pourrait se produire et en tirer parti pour les mois suivants, comme ce fut le cas entre la fin 2018 et le début 2019, charnière qu’il ne fallait pas manquer pour capter des performances significatives.
Quatre points nous font converger vers cette conclusion :

1. Les drivers macros sont en fin de course
Sur ce sujet, nous renverrons à notre Hebdo Crédit du 23 septembre qui détaillait les actions récentes des banques centrales, notamment celles de la BCE, et leur probable inefficacité dans un système où les besoins ne sont plus les liquidités mais la confiance et les vecteurs de transformation économique et sociale.

2. Les primes de crédit sont sur un point bas
Sur ce sujet, un simple graphique (voir ci-dessous) remplacera avantageusement une longue prose et nous choisirons pour ce faire l’indice iTraxx Crossover représentant un univers relativement diversifié d’émetteurs haut rendement en Euro. Le niveau de 250 points de base de prime de crédit pour le segment haut rendement semble clairement être une limite que les investisseurs ne souhaitent pas franchir et on soulignera en plus que les taux absolus actuels très bas ne sont clairement pas un facteur arrangeant…

Source : Bloomberg

3. La psychologie des marchés a basculé
Comme fin 2018, il semblerait que les investisseurs se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins et attendent de trouver de nouveaux catalyseurs ou de voir certains écueils se résoudre avant de reprendre leurs investissements. Malheureusement d’une part les catalyseurs macro et micro semblent pour le moment épuisés (paragraphes 1 et 2) et d’autre part les écueils peinent à se résoudre, voire même à se résorber : le Hard Brexit, qui n’était qu’une mauvaise fiction il y a deux ans, est devenu le scenario central; la guerre commerciale de Monsieur Trump se poursuit et devrait bien durer jusqu’aux prochaines élections américaines voire même s’étendre à l’Europe pour le moment plutôt épargnée, la confiance semble moins écrasante outre-Atlantique comme en témoignait la publication de l’ISM jeudi dernier (ISM qui était à l’origine de la douche froide sur les marchés financiers cette semaine) ; le système bancaire est à la peine sous l’effet ciseau de la réglementation et des taux négatifs ainsi que le fameux shadow banking qui était à l’origine de la crise de 2008 reprend une place inquiétante, notamment au travers des gérants d’actifs mastodontes tels que BlackRock avec ces 6000 milliards de dollars d’actifs (voir documentaire Arte: https://www.arte.tv/fr/videos/082807-000-A/ces-financiers-qui-dirigent-le-monde-blackrock/) majoritairement placés sur quelques pans du marché indiciel, notamment obligataire…

Certes, toutes ces nouvelles ne sont pas vraiment nouvelles mais la fin 2018 avait vu tellement d’excès de dévalorisation d’actifs, notamment sur le segment des actions ou du high yield, que le driver micro et le driver marché étaient suffisamment puissants pour les effacer temporairement. Aujourd’hui les valorisations des actions sont revenues sur des niveaux cohérents avec la croissance des économies, les primes de crédit reflètent largement le taux de défaut voire sans doute un peu moins du fait des taux absolus extrêmement bas, alors les écueils ré-affleurent à la surface de l’eau et reprennent de l’importance aux yeux des investisseurs qui, actuellement, recherchent pour la plupart des solutions d’attente pour parquer leur trésorerie sans avoir à subir la taxe des taux négatifs : livrets rémunérés pour de petites sommes ou pour encore quelques établissements paritaires, comptes à terme ou fonds court terme pour les autres.

4. L’inquiétude est d’autant plus palpable que les corrélations convergent à nouveau.
Le meilleur signe des périodes de crise de marché est la convergence de tous les actifs à la baisse, l’investisseur étant totalement coincé par son portefeuille et ne parvenant pas à trouver un seul actif qui puisse contrecarrer les autres. C’est exactement ce qui s’est produit sur les deux ou trois journées difficiles de cette semaine, avec des chutes significatives sur les actions, les obligations corporates et même les obligations souveraines qui, du fait de leur taux maintenant très négatif, sont maintenant capées à la hausse et ne peuvent plus jouer leur rôle d’amortisseur, car un amortisseur ne fonctionne que s’il a toute sa latitude, pas s’il a déjà été fortement compressé, auquel cas il n’amortit plus rien du tout. Alors certes, on ne peut pas tirer une règle issue de seulement deux ou trois jours et il n’est pas écrit que ce indicateurs qu’ils sont les prémices d’une fin 2019 à l’image de 2018, mais le problème est que les baisses sont si violentes, la volatilité si forte, l’illiquidité si prégnante, que quelques jours suffisent à faire fondre les performances et basculer les marchés dans une anxiété propre à créer un phénomène autoréalisateur dont on peut difficilement sortir.

Ainsi, après une année plutôt porteuse sur toutes les classes d’actifs, il serait peu opportun et difficile à justifier de se laisser embarquer par le marché alors même que les espérances de gain se sont fortement émoussées au vu des valorisations, que certains signes avant-coureurs du marché ne peuvent laisser indifférent et que 2019 n’était, souvent, qu’une récupération à bon compte de performances significativement négatives en 2018… Prenons donc un peu de distance et restons avec des poches de trésorerie significatives pour encore quelques semaines, tout en conservant les actifs les plus décotés, très micros, dont la grande volatilité probable sera bien rémunérée. On pourra également constituer, pour couvrir ces actifs, une poche d’obligations souveraines américaines, qui conservent encore, par leur rendement largement supérieur à leurs homologues européennes, et par la marge de manœuvre de la FED par rapport à la BCE, une faculté d’amortissement efficace.

Octo AM

Octo AM

Octo Asset Management est une société de gestion agréée par l'Autorité des Marchés Financiers en 2011 spécialiste du marché obligataire et de la dette corporate.

Créée en 2011 et intégrée au groupe Amplegest, Octo Asset Management propose des solutions de gestion obligataire à valeur ajoutée et des outils innovants à ses investisseurs, s'appuyant sur les trois piliers de l'entreprise depuis sa création : flexibilité, indépendance et spécialisation.

Voir toutes les publications

Newsletter

En renseignant votre adresse mail, vous acceptez de recevoir nos newsletters quotidiennes. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment en cliquant sur le lien de nos mails ou à l’adresse contact@fundswatch.fr

Le fonds du jour

L’agenda de l’AM

octobre

08oct8 h 15 min20 h 00 minAM TECH DAY 2019Palais Brongniart L'organisateur: AGEFI Actifs

10octToute la journée1118e Global Invest Forum de l’AGEFIHôtel InterContinental L'organisateur: AGEFI Actifs

11octToute la journée13Salon de l’Immobilier et de l’InvestissementCarrousel du Louvre

novembre

21novToute la journée22Actionaria 2019Palais des Congrès L'organisateur: Infopro Digital

décembre

05decToute la journéeSommet BFM PatrimoineCESE - PALAIS DE IENA L'organisateur: BFM Business

X