En baisse de 6% à la même époque l'année dernière, l'EuroStoxx50 a, a contrario, franchi un nouveau pic annuel. La chute de l'indice en 2018 annonçait-elle le ralentissement de 2019, comme la remontée de 2019 annonce la #croissance de 2020 ? Décryptage.

Cette semaine, le FMI a publié son rapport économique d’automne ; il revoit en baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2019 et 2020 à 3,0% et 3,4% respectivement. Le FMI cite les tensions commerciales comme un des facteurs pesant sur l’économie et dresse un panorama plutôt sombre des risques qui pèsent sur l’économie mondiale. Mais comme justement un accord se profile à la fois entre les États-Unis et la Chine, ainsi qu’entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni, les investisseurs ont délaissé le pessimisme du FMI pour renouer avec un optimisme prudent.

Cette semaine aussi, l’EuroStoxx 50 a franchi un nouveau pic annuel ; il est en hausse de 20% depuis le début de l’année (24% dividendes réinvestis). Quel contraste avec l’année dernière où à la même époque, l’indice affichait une baisse de 6% en deux semaines, baisse qui allait s’accélérer dans les semaines suivantes. La chute de l’indice en 2018 annonçait-elle le ralentissement de 2019, comme la remontée de 2019 annonce la croissance de 2020 ? Nous laisserons nos lecteurs répondre à cette question. Tout cela prouve surtout que la volatilité de la finance est nettement supérieure à celle de l’économie. « La bourse a prévu 10 des 4 dernières récessions » comme aimait à dire le Prix Nobel Paul Samuelson.

A propos de prix Nobel, celui d’économie a été attribué cette semaine, plus exactement « le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », comme le font souvent remarquer ses détracteurs. En effet, il y a toujours des réticences à accorder à l’économie le statut de science. Ce n’est pas une science exacte, c’est vrai. Mais qu’est-ce que qu’une science exacte ? La physique est souvent citée en modèle. Mais Einstein fut le premier à reconnaître que la Relativité et la Mécanique Quantique étaient incompatibles ; or toute la science physique moderne repose sur ces deux paradigmes visiblement inexacts.

Toute théorie n’est qu’une représentation, une simplification de la réalité d’un monde autrement complexe, que peut-être la finitude de nos sens ne permet pas d’appréhender dans sa totalité. De toute façon, l’économie ne prétend pas au statut de science exacte, de science dure, mais à celui de science humaine. Les économistes parlent souvent de « dismal science », la science décevante. En tant que science humaine, l’économie, tout comme la sociologie sa cousine avec qui elle entretient une détestation réciproque, a tendance à traiter les faits sociaux comme des choses, qu’elle peut modéliser et expliquer. Or, il est peut être excessif de vouloir chercher partout des causes, de la rationalité quantifiable, aux comportements humains.

En revanche, nous pouvons nous interroger sur « le sens que les individus donnent à leurs actes, sur leur rapport aux valeurs, pour interpréter – plus qu’expliquer – les phénomènes sociaux », nous dit le philosophe Charles Pépin en se référant au grand sociologue allemand Max Weber. Et c’est là toute la problématique, toute l’ambiguïté de l’économie. Plus elle se veut science, plus elle se formalise et se barde d’attributs mathématiques, plus l’économie se dessèche et s’éloigne du réel. Gary Becker, prix Nobel d’économie 1992, est célèbre pour avoir appliqué les outils économiques à l’étude de faits sociaux comme les décisions de se marier, de voler, etc. Ce faisant, en voyant le monde à travers le prisme des théories de Becker, on passe à côté de tout ce monde de pulsions, de croyances, d’émotions qui font le sel de la vie, qu’il s’agisse de l’amour pour le mariage, ou du sentiment de toute puissance des mafieux, que montrent si bien les films de Coppola ou de Scorcese. On passe aussi à côté de l’économie réelle. Les modèles néo-classiques, où les anticipations sont rationnelles, composées d’individus identiques qui maximisent sur les n prochaines années leur utilité intertemporelle, dans un monde sans monnaie, où les fluctuations économiques sont dues à des chocs d’offre stochastiques, ces modèles se sont fracassés devant la montée des inégalités et la crise financière de 2008.

L’économie ne sera jamais comme la physique. Et c’est une course vaine, voire nocive pour elle que de vouloir se mathématiser à tout prix. En revanche, c’est peut-être du côté de la médecine et de la biologie que l’économie doit se pencher. Personne ne dénie à la médecine le statut de science. Pourtant elle ne dispose pas de modèles mathématiques ultra-formalisés, mais une approche statistique robuste. Et surtout la médecine observe, expérimente, tâtonne et livre des conclusions qui apportent un bien-être supplémentaire aux individus.

Eh bien ça tombe bien puisque le prix Nobel 2019 récompense les travaux de trois chercheurs, Abhijit Banerjee, Esther Duflo et Michael Kremer, pour leur approche expérimentale dans la lutte contre la pauvreté. Ces chercheurs ont appliqué une démarche bien connue des épidémiologistes pour étudier les effets de politiques ciblées : ils ont expérimenté et conduit des essais aléatoires (« randomised trials »). Le Financial Times raconte comment il y a une vingtaine d’années, dans une étude sobrement intitulée « Worms » (Vers), Michael Kremer, associé à Edward Miguel, révolutionna le champ de l’économie appliquée. Les deux économistes mirent en place des essais pour traiter les écoliers kenyans, souffrant en grand nombre de parasites intestinaux. Ces essais étaient aléatoires et groupés. C’est-à-dire que certaines écoles étaient tirées au sort parmi toutes les écoles du Kenya et que toute la population de l’école se voyait vermifugée. Ce type de démarche, qui compare les résultats d’une population témoin face à une population générale, est caractéristique de la médecine.

Les conclusions de cette étude furent sans appel. Non seulement le traitement avait amélioré la santé des écoliers, mais il apportait un triple bénéfice. Comme l’écrit le journaliste du Financial Times « tout d’abord, les traitements vermifuges ont produit non seulement des bienfaits pour la santé, mais aussi des bienfaits éducatifs, parce que les enfants en meilleure santé étaient en mesure d’aller à l’école et de s’épanouir en classe. Deuxièmement, le rapport qualité / prix de ces traitements est sans égal. Troisièmement, il y a eu des retombées utiles : lorsqu’une école remplie d’enfants était traitée pour des vers, les parasites devenaient moins répandus, de sorte que les taux d’infection dans les écoles voisines ont également diminué ». Banerjee et Duflo ont systématisé et étendu l’approche de Kremer.

Ces trois économistes ont ouvert le champ de l’expérimentation économique. On peut espérer que ce champ s’étendra en dehors de l’économie du développement, notamment aux politiques publiques. Si le gouvernement français avait procédé à des expérimentations judicieuses sur la mise en œuvre des 35h, peut-être que les choses auraient été faites autrement.


Hugues de Montvalon
Gérant de portefeuille
ODDO BHF Banque Privée
Rédigé le 18 octobre 2019

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ODDO BHF est un groupe financier franco-allemand fort d'une histoire de plus de 160 ans. ODDO BHF exerce trois grands métiers, basés sur un fort investissement dans les expertises de marché : banque privée, gestion d'actifs, banque de financement et d'investissement. Le Groupe est doté d’une structure actionnariale unique puisque son capital est détenu à 60 % par la famille Oddo et à 30 % par les équipes. Cette logique de partnership est le gage de l’implication des équipes sur le long terme.

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