Mise en place d’un “protectionnisme à l’européenne” : une opportunité pour les PME françaises ?

Funds Watch
L’Europe est un vieux continent qui fait du neuf avec du vieux, comme le démontre le succès fulgurant du secteur du luxe. Mais c’est aussi la première zone exportatrice mondiale en matière de produits manufacturés et de services et premier pôle touristique mondial.

Certes, les indices ne regorgent pas de valeurs technologiques – comme aux Etats-Unis et en Chine – mais sont composés de beaucoup de secteurs traditionnels et cycliques. Les plans de relances européens profiteront donc aux infrastructures, aux secteurs manufacturés et aux nouvelles énergies largement représentés dans les indices.

Les relocalisations de secteurs dit stratégiques, la volonté affichée de privilégier les entreprises européennes ainsi que les différentes aides financières et subventions ne peuvent qu’être bénéfiques aux PME françaises et européennes que nous sélectionnons.

VERS UN CHANGEMENT DE MENTALITE ET UNE CERTAINE FORME DE PROTECTIONISME…

Cette malheureuse crise du COVID a probablement favorisé un « réveil de la Nation européenne ». En effet, l’Union Européenne a trop longtemps entretenu une certaine forme de « perméabilité » de ses frontières économiques, cette zone se voulant depuis toujours « l’exemple » du libre-échange et de la mondialisation néolibérale.

Avant cette crise, Donald Trump a mis en évidence la politique sournoise de la Chine et sa volonté cachée de régner sur le commerce mondial.

La mise en place de nouvelles taxes à l’importation par l’administration Trump envers l’Empire du milieu – mais aussi l’Europe – a mis en lumière des décennies de protectionnisme des Etats-Unis et de la Chine au détriment, notamment, de l’Europe du sud qui a perdu des parts de marché.

En 2017, Emanuel Macron avait tenu les propos suivants : « Le protectionnisme, c’est la guerre !». Depuis, le président français semble avoir évolué sur cette question, allant jusqu’à publier – en 2019 – une tribune intitulée « L’Europe qui protège ».

Aujourd’hui, le débat opposant tenants du protectionnisme et du libre-échange est plus que jamais au cœur de l’actualité. Dans cette concurrence commerciale qui fait rage entre la Chine et les États-Unis, l’Europe doit savoir tirer son épingle du jeu.

Les mentalités sont d’ailleurs en train d’évoluer sur le sujet puisque – selon l’INSEE – 60 % des Français est aujourd’hui favorable au protectionnisme, contre 50 % en mars 2020.

A ce titre, on assiste depuis octobre 2020 à une politique de « filtrage » des investissements directs étrangers (IDE). Basé sur l’échange d’informations entre les Etats membres, ce mécanisme doit permettre de mieux protéger les intérêts stratégiques de l’Union en évitant, notamment, le rachat de fleurons européens par des entreprises publiques étrangères (l’acquisition de l’aéroport de Toulouse par des investisseurs chinois constituant un exemple parlant en la matière).

Protéger le marché européen et ses 400 millions de consommateurs – en accentuant le commerce entre Etats membres – et développer une politique industrielle continentale profiterait indéniablement aux PME locales.

L’EUROPE SOUHAITE MIEUX PROTEGER SON INDUSTRIE ET SE RENFORCE DANS LES SECTEURS STRATEGIQUES.

En 1 an, le vieux continent a s’est métamorphosée sur beaucoup de sujets. Il s’est notamment libéré de tabous qui l’empêchaient de grandir, grâce une nouvelle politique industrielle européenne qui est désormais une réalité.

L’Europe s’est rassemblée pour investir dans l’innovation et privilégier les entreprises européennes comme le font les américains et les chinois.

Ce choix a permis de créer de nouvelles filières dans les batteries électriques pour les voitures, dans l’hydrogène, dans l’intelligence artificielle, dans le cloud, les industries à faible émissions carbone et les matières premières.

RELOCALISATION DES ACTIVITES STRATEGIQUES EN FRANCE ET EUROPE ET PLANS DE RELANCES INDUSTRIELS.

La crise sanitaire a aussi mis en lumière la vulnérabilité de nos chaînes d’approvisionnement et l’importance de construire une résilience pour l’économie française et européenne.

Nous sommes arrivés aux limites de cette mondialisation exacerbée. Les pays du monde entier ont pris conscience de cette dépendance économique (ressources à la fois clefs, vitales et stratégiques) et de l’importance d’être auto-suffisants. On le voit encore aujourd’hui avec les pénuries de puces électroniques ou le blocage du canal du Suez.

Les producteurs ont d’ailleurs tendance à privilégier leurs marchés intérieurs et à réduire les ventes vers l’extérieur. On assiste ainsi à une nouvelle forme de protectionnisme : au lieu de bloquer les importations pour éviter la concurrence, on bloque les exportations.

Par ailleurs, l’Etat français a mis en place en septembre 2020 un plan de relance massif de 100 milliards d’euros, dont 35 milliards dédiés à l’industrie.

Son ambition est claire : relocaliser les maillons manquants des chaînes de production stratégiques et prendre un temps d’avance pour favoriser la localisation des activités d’avenir en France.

Il ne s’agit pas de tout relocaliser en France, ou en Europe, mais d’agir dans les secteurs d’avenir stratégiques et à forte valeur ajoutée.

Concrètement, « France Relance » soutient les projets d’implantation d’activités industrielles stratégiques, grâce à une enveloppe totale d’un milliard d’euros. Un premier appel à projets pour soutenir l’investissement dans cinq secteurs stratégiques : santé, agroalimentaire, électronique, intrants essentiels de l’industrie (chimie, matériaux, matières premières, etc.) et applications industrielles de la 5G.

Ces mesures profitent directement aux entreprises françaises, grâce aux subventions, mais aussi à des contrats directs d’organismes européens.

Dans la filière cloud et électronique, de nombreuses sociétés de notre univers telles que 2CRSIKalray et Soitec profitent de ces aides.

L’exemple de 2CRSI – société conceptrice et constructrice de serveurs informatiques Haute performance – nous paraît à la fois révélateur et éclairant :

  1. La société a remporté plusieurs contrats dans le cadre d’appels d’offres organisés par le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) pour plus de 15 millions €.
  2. Elle a été intégrée au consortium sélectionné par la Commission Européenne pour concevoir et fabriquer des systèmes pilotes 100 % européens, basés sur des accélérateurs haute performance de calcul (HPC) et d’analyse de données (HPDA1), entièrement conçus, mis en œuvre et détenus par l’Europe.
  3. Enfin, elle a été sélectionnée par l’Etat dans le cadre du « plan de relance pour l’industrie – secteurs stratégiques » et profite d’une première subvention de 800 000 euros qui se révèle bienvenue pour sa structure bilantielle.

Ainsi, 2CRSI – comme d’autres sociétés tirant parti de ce nouvel environnement européen – nous paraît bien positionnée pour s’établir comme l’un des leaders d’un marché en devenir.

Ce point est d’ailleurs assez révélateur de la nouvelle orientation prise par l’Europe. En effet, les dirigeants européens ont pris acte que la bataille était probablement perdue sur un certain nombre de filières (santé, …).

Leur attention se porte ainsi sur des secteurs ou des activités en devenir, sur lesquels des parts de marché sont à prendre.

Ainsi, l’Europe a-t-elle décidé d’investir très significativement sur le secteur de la batterie électrique qui devrait – à terme – représenter jusqu’à 50 % de la valeur de la voiture électrique.

Face à la Chine – qui domine le marché de la batterie – l’Europe ne représente que 3 % de la production mondiale. Son ambition : arriver à 25 % à la fin de la décennie.

Fin 2019, Bruxelles avait déjà approuvé le versement par les Etats-membres de 3,2 milliards d’euros pour aider à l’établissement d’usines de production de batteries en Europe. Pour aller plus loin, la Commission va autoriser une nouvelle aide publique de 2,9 milliards d’euros supplémentaires pour soutenir la recherche sur les batteries, mais aussi la réglementation, la sécurisation des approvisionnements en matières premières, le recyclage et la formation.

Pour soutenir cette production, PSA et Total annoncent la création d’une co-entreprise, avec l’ambition de devenir un acteur majeur du marché d’ici 2023, avec près de 10 à 15 % du marché.

Pour cela, Total et PSA avancent un budget à la hauteur avec 5 milliards € d’investissements, une partie étant probablement issue de subventions des autorités françaises, allemandes et européennes pour un montant total de près d’1,3 milliard €.

Ainsi, de notre point de vue, les nouveaux fondements de la politique économique européenne – nationalisme économique européen, relocalisations et focalisations sur les activités de demain – visent à créer les fondements d’un « new deal » européen.

Une Europe plus solidaire – d’un point de vue économique et politique – profitera, à n’en pas douter, aux entreprises locales (et notamment aux petites et moyennes capitalisations) lesquelles disposent d’un marché plus dynamique, de plans de relances industriels massifs et de financements importants, grâce aux plans d’aide mis en place par les Etats et les banques.

Achevé de rédiger le 3 mai 2021

Meir BENAMRAN
Responsable de la gestion actions

Sunny Asset Management

Sunny Asset Management

Sunny Asset Management est une société de gestion indépendante fondée en 2008, détenue par ses collaborateurs, professionnels des marchés. Sunny AM a développé une double expertise à travers des gestions obligataires d'une part, et une gestion actions françaises d'autre part.

Sunny AM gère plus de 600 millions d'euros, à travers notamment 4 fonds ouverts pour accéder à ces expertises :

- Sunny Euro Strategic et Sunny Euro Strategic Plus qui ont pour objectif de reconstituer les moteurs de performances qui ont fait le succès des fonds en Euros avant les nouvelles règles « Solvency 2 ». Une stratégie de portage obligataire pragmatique à envisager dans une optique de rendement dans l'assurance-vie ou pour les trésoreries stables d'entreprises.

- Sunny Multi Strategic Bonds est un fonds obligataire absolute return, offrant une réelle alternative obligataire décorrélée. Le fonds cherche à capter tous les gisements de performance de l’univers obligataire. Il combine un large éventail de stratégies obligataires (directionnel, portage, arbitrage), sans biais à priori. Il est capable d’intervenir sur tous les marchés de taux, en euro ou en devises locales, via l’achat d’obligations ou par le biais de produits dérivés ; afin de tirer parti des deux configurations de marché (à la hausse
comme à la baisse).

- Sunny Managers qui est investi sur les petites et moyennes capitalisations françaises et vous permet de vous reconnecter à l'économie réelle. Le fonds s'appuie sur la connaissance approfondie de cette catégorie de sociétés par l'équipe de gestion et sa proximité avec les managements des entreprises.

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